Foi dans la femme

Tours, le samedi 14 octobre 2017 – Certaines personnes cumulent les tares. En d’autres temps, elles auraient été des avantages majeurs. Mais le monde connaît parfois quelques revirements. C’était un homme, un gynécologue obstétricien et un catholique. Il n’en faut guère plus pour être suspecté de brutalité, maltraitance ou suffisance. Ces dernières semaines notamment ont vu une nouvelle fois dénoncer le paternalisme de certains obstétriciens et remis en cause leurs pratiques dans la prise en charge des femmes. Si des dérives existent bien sûr, pour ceux qui ont voué leur vie à l’amélioration de la santé des mères, le coup est parfois rude.

Les lois de la République

Car on peut être un homme, un gynécologue obstétricien et un catholique et avoir manifesté tout au long de sa vie sa volonté d’offrir une véritable écoute aux femmes et de ne pas laisser ses convictions personnelles s’imposer dans sa vie professionnelle. Tel était Jacques Lansac.
Il y une dizaine de jours, dans l’Eglise Sainte Jeanne d’Arc de Tours, qui n’avait pas connu une telle affluence depuis longtemps, son petit-fils l’a rappelé. Jacques Lansac était un catholique pratiquant, qui se rendait à l’Eglise tous les dimanches, sauf peut-être les jours de garde. Quand ce natif de Tarbes en 1939 gagne le CHU de Tours, il aurait pu se satisfaire de l’organisation du service d’orthogénie. Résolument hostile à la loi Veil qui venait d’être adoptée, son prédécesseur à la tête de l’unité de gynécologie obstétrique avait interdit aux praticiens d’y exercer. Mais Jacques Lansac ne se satisfit nullement de cette situation. Il imposa la pratique de l’IVG à Tours, puis quelques temps plus tard, il introduit l’activé de procréation médicalement assistée. « Tu as mis tes convictions personnelles en retrait et tu t’es rappelé que tu travaillais dans un hôpital public où tu as défendu les lois de la République » a lancé son petit-fils cité sur son blog par le docteur Jean-Daniel Flaysakier.

Porter la bonne nouvelle gynécologique

Pourtant, la foi de Jacques Lansac l’a toujours animé et guidé dans ses choix. Sa vision humaniste de la chrétienté l’a ainsi conduit pendant des années sur les routes des pays les plus pauvres de la planète. Administrateur depuis 2014 de l’association Gynécologie sans frontières (alors qu’il avait déjà atteint le bel âge de 75 ans), il s’était par exemple rendu à plusieurs reprises au Tchad, pour assurer des formations à des sages-femmes dans l’objectif de réduire la morbi-mortalité des mères.

Hommages

Il venait de rentrer d’une de ses missions ce jour de septembre 2017, quand descendant de son TGV à la gare Montparnasse  pour rejoindre le Conseil national des gynécologues obstétriciens français (CNGOF) où il dirigeait le Fonds pour la santé des femmes (qu’il a contribué à créer), il a été victime d’un infarctus foudroyant. Sa famille et notamment l’épouse qui l’a accompagné pendant 52 ans, ses amis proches, mais aussi une foule attentive et respectueuse lui ont rendu un bel hommage le 3 octobre dernier. Ils ont rappelé son affabilité et ses colères mémorables, son engagement pour des causes majeures (comme l’accueil des migrants) et sa participation récente (plus éclectique) à une conférence donnée par le Centre d’études supérieures de la Renaissance intitulé Pets Divers, son dévouement pour la santé des femmes et ses quelques passes d’armes avec les médecins de la Conférence médicale d’établissement (CME). Puis, quand le soir est tombé sur l’Eglise Sainte Jeanne-d’Arc, beaucoup de femmes du pays se sont simplement souvenues que c’était le docteur Jacques Lansac qui un matin ou un soir, des années auparavant, les avait aidées à donner naissance à leur enfant.

Jacques Lansac avait eu la gentillesse de publier sur le JIM une tribune sur les dangers de l’échographie spectacle que vous pouvez relire ici : Echographies fœtales commerciales : comment faire (enfin) bouger les autorités ?
https://www.jim.fr/infirmier/jimplus/tribune/e-docs/echographies_ftales_commerciales_comment_faire_enfin_bouger_les_autorites__134022/document_edito.phtml

Aurélie Haroche

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Vos réactions (2)

  • Hommage

    Le 14 octobre 2017

    Humanisme médical:
    pourquoi ces deux mots ne sont-ils pas toujours accolés comme ils devraient l'être, ainsi que notre illustre précurseur Hippocrate le pratiquait naturellement?

    Ce médecin en est un parfait exemple, comme beaucoup d'autres dont personne ne parle.
    Mettre son amour de l'humanité avant ses convictions religieuses et agir sans se préoccuper des critiques, c'est ce qu'il a su mettre en pratique durant toute sa vie.

    Il a reçu la plus belle fin de vie que l'on puisse souhaiter,il l'a bien méritée.

    Dr Xavier Baizeau

  • Une précision

    Le 16 octobre 2017

    Et pourtant je crois me souvenir que le premier chef de service de l'IVG à Tours n'était pas gynécologue !

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