Idéal pour donner confiance

Paris, le samedi 5 décembre 2020 – Sera-t-il là ? Tous les ans, ou presque, il est présent. Le rendez-vous est important. Non seulement pour soutenir une association sans laquelle ses recherches n’auraient sans doute pas bénéficié du même soutien, mais aussi pour témoigner encore et encore de l’utilité des millions d’euros donnés chaque année par les Français. Aussi, chaque début du mois de décembre, souvent en compagnie de Marina Cavazzana-Calvo, il passe quelques heures sur le plateau du Téléthon. Ces moments sont souvent l’occasion de recroiser un de ses petits patients et de mesurer le chemin parcouru. « Je l’ai vu grandir, guérir, vivre une vie normale », s’enthousiasmait-il en 2018 avec fierté et émotion auprès d’Armand, âgé de 18 ans, né avec un déficit immunitaire combiné sévère (Dics) lié au chromosome X et qui a pu être sauvé grâce à la thérapie génique mise au point par le professeur Alain Fisher. Sept enfants, qui n’avaient d’autre horizon que la mort ou devoir vivre dans une bulle stérile, avaient fait partie en 2001 du premier essai, consistant à l’insertion d’une copie normale du gène altéré. Si le décès d’un des jeunes patients ayant développé une leucémie en lien direct avec la thérapie avait interrompu les recherches et si un second essai avec un protocole modifié (reposant sur d’autres vecteurs rétroviraux) n’a pas permis d’éviter toutes complications, quinze enfants (sur les 16 traités) ont été guéris dans le monde grâce à cette méthode.

Conviction et concertation

Si ces travaux ont valu au professeur Alain Fischer une renommée internationale et une reconnaissance majeure en France (le professeur d’immunologie qui a fait toute sa carrière en France est membre de l’Académie des sciences depuis 2002 et de l’Académie de médecine depuis 2011), c’est son expérience en tant que président de la consultation citoyenne sur les vaccins qui aurait retenu l’attention du gouvernement. En 2016, alors que beaucoup s’inquiètent de la progression des discours hostiles aux vaccins et alors que certaines couvertures vaccinales sont insatisfaisantes, Marisol Touraine confie à l’immunologiste Alain Fischer, qui a toujours été proche de la gauche, le soin de mener une concertation sur le sujet. Alain Fischer est ainsi chargé de sonder en profondeur l’opinion française pour déterminer l’acceptabilité d’une extension des obligations vaccinales concernant les jeunes enfants. Si celui qui a fait ses armes avec le professeur Claude Griscelli à l’hôpital Necker-Enfants malades, qu’il n’a jamais quitté ne, cache pas qu’il est personnellement favorable à cette obligation, persuadé du bénéfice certain des vaccinations recommandées pour les nourrissons, il écoute avec attention de nombreux représentants associatifs et entend de multiples spécialistes de psychologie et de sociologie. Claude Rambaud, vice-présidente de France Assos Santé, qui avait participé à ces travaux se souvient dans Le Parisien : « On a interrogé pendant des heures des sociologues, des anthropologues, des citoyens pour comprendre d'où venaient les verrous. Cela lui sera utile dans l'immense tâche à venir ».

Des inquiétudes légitimes

Cette alliance entre une connaissance unique des mécanismes immunitaires et une expérience fine des enjeux de la réticence ou hésitation vaccinale n’a pu que séduire le gouvernement, qui l’a rapidement préféré à l’énarque préalablement pressenti dont les conflits d’intérêt commençaient en outre, avant même sa possible nomination, à susciter la controverse. L’unique « conflit » du professeur Alain Fischer sera celui d’être profondément favorable au principe de la vaccination, mais sans jamais pourtant mépriser les inquiétudes, dont il reconnaît la légitimité dans le contexte actuel. C’est ainsi que lors de sa première intervention comme président du conseil d’orientation de la vaccination contre la Covid-19, il a insisté : « Nous ne disposons que de communiqués de presse des industriels et nous attendons avec impatience des publications scientifiques ». Outre d’indispensables meilleures garanties scientifiques, Alain Fischer considère que la clé de la réussite de la campagne et de l’adhésion des Français sera la position des professionnels de santé « qui doivent être eux-mêmes convaincus par une communication transparente et complète sur l'analyse bénéfice-risque de ces vaccins ». Alain Fischer met également en garde contre tout autoritarisme… ce qui rassurera ceux qui auraient pu redouter que ce partisan de l’obligation vaccinale pour les enfants ne puisse recommander aux autorités une politique plus contraignante.

Reste à savoir si les nouvelles fonctions de ce Monsieur Vaccin qui devrait être très fortement sollicité dans les heures et les jours à venir lui laisseront le loisir de se présenter, comme tous les ans, sur le plateau du Téléthon ce week-end.

Aurélie Haroche

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