Inaccessible au fatalisme

Glasgow, le samedi 6 novembre 2021 – Il y a longtemps que les grandes déclarations des agences internationales ne sont plus perçues comme des promesses tangibles. Ainsi, quand les Nations Unies prônent l’inclusion des personnes présentant un handicap, rares sont ceux qui sont prêts à y voir une réalité concrète. L’actualité récente a confirmé que cette défiance est parfaitement raisonnable.

Vide et creux

Cette semaine, les Nations Unies organisaient à Glasgow la COP26, présentée comme un sommet d’importance sur le sujet majeur des conséquences du réchauffement climatique ; même si beaucoup d’observateurs redoutaient une manifestation creuse. Elle l’aura été d’une façon probablement inattendue même pour ses détracteurs, en rappelant le vide qui existe derrière les belles déclarations d’intention.

Drôle de climat

Parmi les nombreux représentants officiels ayant fait le déplacement jusqu’à Glasgow, il est tout naturel que les ministres de l’énergie figurent en bonne place. Pourtant, le ministre israélien n’a pas pu assister aux débats du premier jour, le lundi 1er novembre. Karin Elharar était bien présente à Glasgow, mais l’accès à la salle de conférence lui a été refusé par la sécurité. En cause : son fauteuil roulant qui a semblé contrevenir au protocole. Malgré deux heures d’explications, elle n’a pas réussi à convaincre les responsables de la laisser rentrer. « Je suis venue à la COP26 pour rencontrer mes homologues dans le monde et faire avancer notre lutte commune contre la crise climatique. Il est triste que les Nations unies, qui promeuvent l’accessibilité pour les personnes en situation de handicap, ne se préoccupent pas en 2021 de l’accessibilité à leurs propres événements » a-t-elle commenté. Bien sûr, l’incident a soulevé une certaine indignation tant au sein de la délégation israélienne que de la part de plusieurs autres responsables politiques. Le ministre des affaires étrangères israélien, Yaïr Lapid, a ainsi remarqué sur Twitter : « Il est impossible de se préoccuper de l’avenir, du climat et de la durabilité si nous ne nous occupons pas d’abord des gens, de l’accessibilité et des personnes handicapées ». Et alors que le premier ministre israélien, Naftali Bennet avait menacé de ne pas participer au reste des réunions si une solution n’était pas trouvée, une discussion avec son homologue Boris Johnson a permis d’assurer que Karin Elharar pourrait être accueillie dans les salles de conférence en étant intégrée dans l’équipe même de ce dernier.

Service militaire

Karin Elharar, qui a appris à l’âge de 9 ans qu’elle était atteinte d’une dystrophie musculaire, qui peu à peu l’a privée de l’usage de ses jambes, l’empêchant depuis près de vingt ans de se déplacer aisément sans fauteuil roulant (elle a 44 ans) a toujours refusé que son handicap représente un obstacle à ses ambitions. Après avoir passé son baccalauréat sur ses deux jambes, elle s’est très jeune engagée en politique (au sein notamment du parti Yesh Atid, classé au centre) parallèlement à ses études de droit. Après avoir constamment œuvré et milité au sein d’associations de défense des personnes handicapés, elle a été élue député en janvier 2013. Son rôle comment présidente de la commission du contrôle de l’État l’a beaucoup marqué. Elle a en effet renforcé sa conviction de l’importance de veiller constamment à ce que les lois ne demeurent pas des coquilles vides et qu’un véritable engagement politique permette leur application. Elle lui a également enseigné la nécessité d’une circulation fluide de l’information, notamment entre le ministère de la Défense et le Conseil de sécurité nationale, afin de contribuer à un véritable partage de la décision sur des sujets cruciaux. En tant que présidente de cette commission, dans un pays où l’armée a une importance majeure, son handicap qui l’a exempté du service militaire a parfois pu faire sourciller. Comme l’a illustré de manière anecdotique sa ténacité devant les représentants de la Cop26, elle n’a jamais voulu renoncer : « La première fois que des officiers parmi les plus hauts gradés de l’armée se sont retrouvés face à moi, je pense qu’ils ont été surpris de trouver une femme en fauteuil roulant, qui n’avait même pas fait l’armée. Il y avait des choses que je ne savais pas et qu’eux savaient, mais avec le temps, tout le monde s’adapte… » expliquait-elle, il y a quelques années au Jérusalem Post. Son engagement en tant que député a également concerné l’amélioration des conditions de vie des personnes handicapées, avec deux orientations majeures : la lutte contre la bureaucratie entrave majeure à l’accès aux droits et l’augmentation des allocations.

Étoile montante de Yesh Atid, dont elle loue le pragmatisme (et notamment son absence de critique systématique du Likoud quand le mouvement était dans l’opposition), Karin Elharar a été nommée ministre de l’Energie le 13 juin dernier.

Aurélie Haroche

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