Inattendu

Paris, le samedi 7 novembre 2020 – Il a beaucoup été dit qu’en dépit des obstacles liés à l’épidémie qui sont similaires dans tous les pays touchés et au-delà de l’état préalable des systèmes de santé qui constitue a contrario une différence majeure, une des clés de la qualité de la gestion de la crise sanitaire était la confiance des populations dans leurs dirigeants. Or, on le sait, en France ce niveau est bas, tandis que l’apparente moins bonne acceptation des mesures récemment édictées un peu partout en Europe pourrait être liée dans de nombreux états à une érosion de la confiance des populations.

Défiance généralisée

Le Liban est sans doute l’un des états où la rupture entre dirigeants politiques et population est la plus profonde. Des années de corruption, d’instabilités, de revirements interdisent aujourd’hui l’établissement d’un quelconque lien de confiance entre les Libanais et le pouvoir. Aussi, dans ce contexte, l’épidémie de Covid-19 aurait pu renforcer la suspicion chronique, aiguiser la défiance. Bien sûr, la situation difficile des hôpitaux libanais et la possible corruption qui y sévit (comme dans d’autres secteurs de la société), qui ne sont pas facilement reconnus par les gouvernements, ont forcément activé les réflexes de mise à distance de la parole politique. Cependant, l’inattendu s’est cristallisé autour de la figure du docteur Firass Abiad. Le directeur de l’hôpital Rafic Hariri s’est ainsi imposé par sa parole toujours franche, faisant de son établissement, dont la réputation était jusqu’alors d’être la proie récurrente de mouvements sociaux, une référence en matière de prise en charge de la Covid.

Anthony Fauci libanais

Son engagement face à la maladie et auprès des Libanais lui valent aujourd’hui d’être comparé au très célèbre spécialiste de maladies infectieuses Anthony Fauci, directeur du NIAID. De la même manière que le médecin américain, Firass Abiad a su faire dominer sa voix au-dessus de la confusion des instances officielles. Par ailleurs, Firas Abiad a pris l’habitude de s’adresser directement aux Libanais en proposant chaque jour des conseils pour limiter la propagation du virus. Cette notoriété tranquille et cette confiance lui ont même valu d’être repéré par les autorités, qui peu à peu l’ont transformé en porte-parole officiel de la lutte contre l’épidémie.

Singularité

Rien pourtant ne prédestinait ce chirurgien gastro-entérologue de 52 ans à jouer un tel rôle mais son pragmatisme et son langage de vérité vis-à-vis de la situation des hôpitaux du pays lui ont permis de s’imposer. « Soyons honnêtes, les capacités du Liban ne sont pas très élevées. C'est pourquoi il faut nous concentrer sur la protection. Si les cas augmentent, les hôpitaux se rempliront rapidement » a-t-il ainsi défendu tout l’été. Firass Abiad est également apprécié pour sa présence incontournable sur le terrain, qu’il s’agisse de vérifier lui-même les stocks de matériel ou de faire respecter la distance physique aux abords de l’établissement pris d’assaut en juillet par des habitants souhaitant se faire dépister. Cette détermination lui a valu d’être salué par les organisations humanitaires présentes au Liban. « Il est l'un des très rares citoyens libanais dans le domaine public à travailler véritablement et honnêtement dans l'intérêt général » a par exemple commenté, cité par l’AFP, le directeur de la délégation de la Croix-Rouge internationale au Liban, Christophe Martin.

Une épidémie capricieuse

Pourtant, sa popularité pourrait être malmenée par la récente évolution brutale de l’épidémie. En effet, après avoir le 27 octobre annoncé une possible amélioration, en se basant sur une stabilisation du nombre de cas, il déplorait trois jours plus tard à peine une détérioration massive. Voilà qui pourrait remettre en question sa réputation de ne jamais céder à la tentation d’embellir les choses. Mais Firass Abiad demeure cependant largement apprécié et chacun reconnaît sa capacité à savoir tout autant présenter les nouvelles encourageantes que les informations inquiétantes.

MP

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