L'homme de la semaine : s’est levé et a marché

Paris, le samedi 16 février 2013 – Aujourd’hui, lorsqu’on suggère que des tétraplégiques pourraient retrouver la possibilité de manipuler des objets, se déplacer et qui sait, faire quelques pas, il n’en est plus beaucoup pour traiter ces prédictions avec ironie. Le développement d’interface « cerveau/ordinateur » et la miniaturisation des implants de stimulation cérébrale ouvrent en effet la voie à un nouvel avenir pour tous ceux qui vivent aujourd’hui cloués dans un fauteuil.

« On vit très bien en fauteuil »

Sur ce chemin, il y eut et il y aura encore beaucoup de pionniers. Marc Merger fut de ceux là. Pour cet homme d’une cinquantaine d’années qui porte beau, qui s’est récemment lancé en politique dans sa ville de Strasbourg et qui sourie avec affabilité à ceux qui l’interroge, le 29 décembre 1990 a été une rupture nette et profonde. Un accident de voiture le prive à jamais de l’usage de ses membres inferieurs. Marc a alors entendu les messages compassionnels des équipes médicales qui affirmaient : « Vous verrez, on vit très bien en fauteuil ». Mais non, Marc refuse d’accepter cette vie « très bien », cette vie à demi. Quelques années après son accident, il rencontre à Montpellier le professeur Pierre Rabischong. Ce dernier mène alors des travaux expérimentaux sur l’efficacité d’une « puce électronique » insérée dans l’abdomen qui en stimulant les muscles du patient lui permettrait de se lever et de marcher. Pour passer de la théorie à la pratique, le professeur Rabischong a besoin d’un patient qui accepte de jouer les « cobayes ». Marc sera celui-là.

Quelques pas et puis s’en va

L’intervention est longue et la première expérience n’est pas la bonne. Le premier implant ne fonctionne pas. Mais en 2000, après quelques temps de « rééducation », Marc parvient à faire plusieurs pas à l’aide d’un déambulateur. Devant les caméras du monde entier, il laisse deviner sa joie. Pouvoir embrasser sa femme debout, saisir un verre dans un placard haut situé à la demande de sa fille, marcher quelques pas tout simplement. De cette expérience hors du commun, Marc Merger va tirer un livre au titre sans ambages « Lève toi et marche ». Mais plus de dix ans plus tard, Marc ne peut plus marcher grâce à l’implant reçu en 2000. Il l’explique aux journalistes de France 3 sans se départir de son sourire : « C’est comme ci je vous demandais de reprendre votre ordinateur d’il y a dix ans, vous auriez sans doute du mal à le faire fonctionner ».

Implant de troisième génération

Pourtant, comme il l’a exprimé il y a quelques jours à l’occasion du Forum européen de bioéthique qui s’est tenu à Strasbourg, Marc ne regrette rien. Au contraire, il fonde l’espoir de pouvoir de nouveau prêter son corps à la science. Le professeur Rabischong ne l’exclue pas non plus. Aujourd’hui à la retraite, le patricien continue cependant à participer activement au programme européen SUAW (Stand up and walk) « Lève-toi et marche », financé par la commission de Bruxelles. Il explique ainsi qu’aujourd’hui une jeune femme en Belgique, expérimente une deuxième génération d’implant, plus petit, et relié aux nerfs et non plus aux muscles. Pour Marc, il considère que pourrait lui être proposé une puce de troisième génération qui « vraisemblablement » en stimulant ses muscles devrait pouvoir fonctionner. La science est en marche.

Aurélie Haroche

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