L'homme de la semaine : Trois millions d’enfants viennent de perdre leur père biologique

Londres, le samedi 13 avril 2013 – Il s’agit probablement d’un évènement rarissime tant cet honneur représente pour les scientifiques la récompense de toute une vie. Déjà trop faible pour assister à une telle cérémonie, il n’était pas venu à Stockholm, ce jour de décembre 2010 pour recevoir son Prix Nobel. Celui qui avait présidé à la naissance de trois millions d’enfants dans le monde avait alors quitté depuis longtemps ces temps de l’enfance. Agé de 87 ans, Robert G. Edwards vient de s’éteindre « paisiblement » à Londres, « après une longue maladie », trois ans après avoir été salué par le Prix Nobel de médecine.

Colère « divine »

A l’époque, le choix de l’Académie Nobel n’était pas passé inaperçu. Le Vatican avait en effet critiqué sévèrement les travaux récompensés qui ont de fait révolutionné la prise en charge de la stérilité. « Ce Prix Nobel ne respecte pas les problématiques éthiques liées à la fécondation artificielle » assénait ainsi en octobre 2010 l’Académie pontificale pour la vie. Voilà qui n’a dû guère émouvoir Robert G. Edwards depuis longtemps habitué à être l’objet de controverses.

Des souris et des hommes

Pour mener à bien les travaux qui devaient aboutirent le 25 juillet 1978 à la naissance de Louise Brown, Robert G. Edwards dut ainsi accepter d’être « traité de fou », d’affronter les défilés aux portes de son laboratoire ou encore de rechercher des fonds privés pour faire financer ses recherches. Tous, cependant, ne lui ont pas fermé la porte. La rencontre décisive de sa vie fut celle de Patrick Steptoe, gynécologue et l’un des pionniers de la laparoscopie qui écouta avec attention au début des années 70 les propositions d'Edwards. Ce dernier, né le 27 septembre 1925 à Leeds a alors un peu plus d’une quarantaine d’années, mais la fécondation in vitro est depuis les années 50 son principal sujet de réflexions scientifiques. A cette époque, travaillant encore seul, Robert Edwards, qui vient de rédiger une thèse sur le développement embryonnaire de la souris, observe avec grand intérêt les travaux d’autres chercheurs étant parvenus chez l’animal à des fécondations in vitro. Il est dores et déjà convaincu que de tels exploits sont réalisables chez l’homme. Il mettra plusieurs années avant de le prouver et le premier miracle se produit en 1969 quand il obtient la première fécondation in vitro à partir de gamètes humains. Il sait cependant, que pour que de cet œuf (qui ne dépasse pas le stade d’une division cellulaire) naisse un enfant, de très nombreux obstacles doivent être franchis. Aussi, va-t-il faire appel au docteur Steptoe : la détermination des deux pionniers sera alors sans faille, même à l’heure où le Medical Research Center décidera de suspendre leurs subventions en raison des controverses que suscitent leurs travaux. C’est grâce à des fonds privés, qu’ils vont pouvoir mener à bien les dernières étapes fondamentales de leurs recherches et notamment la détermination du meilleur moment pour la fécondation. Enfin, en 1978, alors qu’ils parviennent à obtenir huit divisions cellulaires, ils implantent l’œuf fécondé dans l’utérus de Lesley Brown, qui donnera naissance neuf mois plus tard à une petite fille en parfaite santé, Louise Brown.

« Un blastocyte qui me regardait »

« Jamais je n’oublierai le jour où j’ai regardé dans le microscope et j’ai vu quelque chose d’étrange dans les cultures. J’ai encore regardé et j’ai vu un blastocyte humain qui me regardait. J’ai pensé : on y est arrivé » se souviendra des années plus tard le scientifique. Voilà une récompense (plus grande encore que le Prix Nobel ?) qui sans doute le consolait des divers affronts essuyés.
Des critiques dont Robert G. Edwards qui indiquait dans un entretien au Monde en 2007 « ne plus croire en Dieu depuis l’âge de 9 ans » ne se souciait d’ailleurs probablement guère. Aux yeux de ce père de cinq filles et grand-père de plusieurs petits-enfants : « Le plus important dans la vie est de pouvoir avoir des enfants ».

Aurélie Haroche

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