La femme de la semaine : Mourir en gazouillant

Londres, le samedi 8 juin 2013 – La mort et Twitter. Difficile de trouver plus antinomique (au-delà des hommages publiés sur ce réseau qui suivent aujourd’hui systématiquement l’annonce de la disparition d’un homme célèbre). Pour Jenny Mc Cartney, éditorialiste pour le journal britannique The Telegraph la combinaison entre le réseau de micro-blogging et la « plus lourde expérience de notre vie » semble similaire à la préparation d’un « cupcake au milieu des bombes ou une vente de cravates sous la mitraille ». Twetter sur son lit de mort est pourtant aujourd’hui le grand projet du docteur Kate Granger. Pas même âgée de trente ans, cette jeune femme semblait promise à un avenir brillant. Médecin, elle venait de se marier, lorsqu’elle apprend qu’elle souffre d’une forme rare de sarcome, une tumeur desmoplastique à petites cellules. Le pronostic est sombre et Kate s’engage dans une longue série de traitements. Las, lorsqu’elle comprend que les métastases sont trop importantes, elle décide de renoncer à toute prise en charge. Désormais, Kate va préparer sa mort.

« Ne soyez pas stupide ! »

Au fil des semaines, le docteur Granger est devenu une véritable égérie sur Twitter derrière le hashtag #deathbedlive Kate et son blog (drkategranger.wordpress.com). Sans exhibitionnisme, mais avec une bonne dose d’humour noir, le docteur Granger a en effet entrepris, puisqu’elle ne peut plus espérer soigner de patients, d’apprendre aux autres à « soigner » leur mort. Elle a d’abord raconté, alors qu’elle pouvait encore travailler, comment son contact avec les équipes médicales l’a guidée afin d’être un « meilleur médecin » auprès de ses malades. Elle a notamment compris l’importance de mesurer chaque mot lors de l’annonce d’un diagnostic grave ou de ne pas minimiser les inquiétudes des patients, à la lueur de cette réflexion maladroite d’une assistante qui l’avait brusquée : « Voyons, ne soyez pas stupide, vous êtes jeune, vous ne pouvez pas avoir un cancer » alors que Kate se désespérait, avant les résultats définitifs, d’en être probablement atteinte. Puis, Kate s’est attelée à décrire ses souhaits précis quant à ses derniers instants, ses funérailles, affirmant vouloir continuer à poster des messages sur Twitter jusqu’à ses dernières heures. Outre Manche, pour de nombreux observateurs, ce projet de Kate permet de lever le voile sur ce qui est devenu le plus fort des tabous dans nos sociétés modernes : la mort. Plusieurs prix se faisant fort de récompenser le courage et la détermination ont déjà retenu Kate dans leurs listes de lauréats potentiels. « J’en suis très flattée, mais je ne comprends pas pourquoi je suis nominée » sourit la jeune femme.

Léa Crébat

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