La femme de la semaine : On ne naît pas héroïne, on le devient*

Paris, le samedi 12 janvier 2013 – La terreur perpétrée par les Talibans au Pakistan ne semble connaître aucune limite. Nous avons déjà évoqué dans ces colonnes l’assassinat de plusieurs humanitaires bénévoles froidement abattus par des Talibans pour avoir participé à des campagnes de vaccination contre la poliomyélite. Certains ont insisté sur le fait que parmi les victimes, beaucoup étaient des femmes, souvent très jeunes. Les jeunes femmes : il semble que depuis quelques mois au Pakistan, les Talibans se soient fait un devoir de les réduire au silence.

Devenir médecin

Ils espéraient sans doute être parvenus à leurs fins le 9 octobre dernier. Il faut dire que leur méthode paraissait imparable : entrer dans un bus scolaire et tirer à bout portant dans la tête de Malala Yousafzai, 15 ans. Depuis 2011, les Talibans avaient placé Malala sur leur liste des « personnalités à abattre ». Il faut dire que Malala a tout pour déplaire aux extrémistes : cette jeune fille parle, écrit et dénonce. Depuis 2009, elle témoigne sur un blog hébergé par la BBC des entraves constantes à l’instruction des filles dans la vallée de Swat où s’affrontent depuis plusieurs années l’armée pakistanaise et les Talibans. Incendies dans les écoles pour jeunes filles, brimades et violences à l’encontre des écolières, restrictions des cours : Malala raconte tout et clame à chaque page son désir d’étudier. Elle poste par exemple une vidéo où elle fait part de son souhait ardent de devenir médecin. Le combat de Malala est bientôt remarqué par les autorités pakistanaises qui saluent son engagement. Des honneurs qui font d’elle une cible.

Une guérison miraculeuse

Le 9 octobre, Malala est immédiatement transférée à l’hôpital de Saidu Sharif, puis à l’hôpital militaire de Peshawar. C’est dans cet établissement que le lendemain de l’attentat, la balle a pu être extraite avec succès après une longue intervention. Des informations contradictoires circulent cependant sur l’état de la jeune fille, toujours inconsciente. Malala va être transférée dans un second établissement militaire avant d’être accueillie par l’hôpital de Birmingham où elle est transportée à bord d’un avion médicalisé fourni par les Emirats arabes unis. Fort de son expérience auprès des blessés de guerre en Afghanistan, le centre de Birmingham espère pouvoir offrir à Malala les meilleures chances de guérison. De fait, trois mois après son arrivée à Londres, Malala a pu sortir de l’hôpital le 3 janvier dernier. Si elle devra dans l’avenir subir de nouvelles interventions de chirurgies réparatrices, elle semble avoir récupéré une grande partie de ces capacités motrices et intellectuelles.

Un combat essentiel

Malala a cependant été jugée trop fragile pour effectuer cette semaine le voyage jusqu’à Paris. C’est donc son père qui a reçu des mains de Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et Najat Vallaud-Belkacem, ministre des droits des femmes, le prix Simone de Beauvoir qui est remis chaque année à une personnalité ayant œuvré dans le monde pour améliorer la liberté des femmes.
Cette distinction permet de rappeler que l’instruction des jeunes filles est un moteur indispensable du développement. On le sait notamment, le niveau d’éducation des femmes a une influence décisive sur de nombreux indicateurs de santé, qu’il s’agisse de la prévention du VIH mais également et plus encore de la diminution drastique de la mortalité infantile et périnatale. Des travaux publiés en 2010 dans le Lancet ont ainsi "calculé" que l’allongement de la scolarité féminine expliquerait la moitié de la baisse de la mortalité infantile.

 

* Pour Simone de Beauvoir, on ne nait pas femme, on le devient. 

Aurélie Haroche

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