La femme de la semaine : un exploit qui a de la gueule

Boston, le samedi 9 mars 2013 – « Je pense qu’elle est superbe, mais je ne suis pas tout à fait objectif » sourit Bodhan Pomahac. Celui qui parle n’est pas un amoureux transi évoquant sa fiancée. C’est un chirurgien plasticien du Brigham & Women’s Hospital de Boston. Et la patiente qu’il décrit ainsi est très loin d’être une malade ordinaire. Au cours de sa déjà longue carrière, Bodhan Pomahac, dont l’équipe a pourtant réalisé cinq greffes de visage, affirme en effet n’avoir été que très rarement confrontée à des blessures aussi marquées et aussi importantes.

Brûlée, aveuglée…

« Défigurée » est de fait un mot bien impropre, bien trop mesuré pour décrire l’état dans lequel Carmen Blandin Tarleton fut laissée il y a six ans, dans sa maison du Vermont. Ce jour là, cette infirmière, qui exerça entre autres dans un service de transplantation, est très violemment agressée par son mari Herbert Rodgers. Dans un accès de fureur, celui-ci la tabasse à coup de batte de baseball et l’asperge de lessive industrielle. Quand la police arrive sur les lieux, les dommages sont considérables : Carmen est brûlée à plus de 80 % et elle n’a plus de visage. D’autres séquelles vont bientôt être mises en évidence : la femme de 44 ans est quasiment aveugle, elle bave constamment en raison de la présence de tissu cicatriciel à l’intérieur de sa bouche et elle ne peut tourner la tête de gauche à droite ou soulever le menton.

Jusqu’à la peau du cou

Au cours des six dernières années, chacune de ces différentes séquelles va être l’objet d’une titanesque reconstruction qui aura nécessité cinquante interventions dont la dernière d’entre elle fut une greffe de visage complète réalisée par l’équipe de Bodhan Pomahac. Le mois dernier, à l’issue d’une intervention qui aura duré quinze heures et nécessité la présence de trente professionnels de santé, un nouveau visage a en effet été donné à Carmen. Rarement aussi importante transplantation de la face aura été réalisée : la peau du cou, les lèvres et le nez ont en effet été inclus dans cette greffe.

Carmen reste pour l’heure une femme sans visage aux yeux du monde...

Le résultat n’est pour l’heure pas visible. Lors de la conférence donnée il y a une dizaine de jours par les praticiens du Brigham & Women’s Hospital, Carmen n’était pas là, elle en suivait la retransmission dans sa chambre d’hôpital. L’établissement a par ailleurs indiqué qu’elle ne délivrerait pas de photos de Carmen pour le moment. Mais le témoignage des praticiens et de la sœur de la patiente laissent deviner une grande satisfaction. Le docteur Pomahac a ainsi indiqué que Carmen était heureuse lorsqu’elle a découvert son nouveau visage pour la première fois. Il a également affirmé que son apparence n’était pas particulièrement proche de celle du donneur. Les mots de Kesstan Blandin, la sœur de Carmen ont également évoqué cette donneuse, afin de remercier sa famille. Elle a également assuré que sa sœur se sentait « vraiment bien et heureuse ».

… et blessée entre toutes les femmes

La tragique histoire de Carmen, qui a évoqué son triste destin dans un livre intitulé « Surmonter : brûlée, aveuglée et bénie » permet de rappeler au lendemain de la journée mondiale de la femme que selon le National Intimate Partner and Sexual Violence Survey 2010 Summary Report, plus d'un tiers des femmes aux États-Unis auraient été victimes de viol, de violence physique ou de harcèlement par leur partenaire à un moment donné de leur vie.

Aurélie Haroche

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