La fille de la semaine : Globule blanc pour jeune tête blanche

Philipsburg, le samedi 15 décembre 2012 – Rares sont les parents ne s’étant pas déjà laissés aller à observer leurs enfants à la dérobée, courant, jouant, sautant et admirer ces exploits comment autant de miracles. Pour Kari et Tom Whitehead (tête blanche en anglais), cette impression n’est pas seulement la manifestation d’une fierté parentale. A bien des égards, la vie d’Emma, leur fille aujourd’hui âgée de 7 ans est un miracle. La vie de cette famille a basculé il y a deux ans, quand elle apprend qu’Emma, alors âgée de cinq ans est atteinte d’une leucémie lymphoblastique aiguë. Malheureusement les traitements habituellement mis en œuvre ne permettent pas de soigner l’enfant : malgré la chimiothérapie, la petite fille rechute à deux reprises. C’est alors que le Children’s Hospital de Philadelphia propose aux parents d’Emma un traitement qui n’avait alors jamais été initié chez un enfant, ni chez personne d’autre souffrant du même type de leucémie qu’Emma.

Une armée de cellules T efficaces contre les cellules cancéreuses

Ce traitement consiste en une modification des cellules T, afin d’élargir leur champ d’action et de leur permettre d’identifier les cellules cancéreuses… et de les éliminer. Pour ce faire, des millions des cellules T du patient sont d’abord prélevées. Par le biais d’un VIH inactivé, qui sert de vecteur, du matériel génétique permettant aux cellules T de cibler les cellules cancéreuses est inséré dans les cellules T du malade. Ces cellules modifiées, réinjectées chez le patient se révèlent impitoyables pour les cellules B (sans cependant distinguer les cellules cancéreuses des cellules saines) et permettent également de doper les autres cellules T, grâce à la libération de cytokine.

« Grâce » à l'arthrite juvénile de la fille du médecin !

La confirmation de « l’efficacité » du traitement est spectaculaire avec un syndrome de libération de cytokines qui se manifeste notamment par une fièvre très élevée, des troubles respiratoires et une hypotension artérielle. Ces « complications » ont failli tuer Emma. Sous respirateur artificiel, inconsciente, la petite fille était entourée de ses proches et semblait condamner à mourir. « On nous avait conseillé de nous préparer à lui dire au revoir » se souvient son père. Mais le docteur Carl June ne se résigne pas à cette issue. Constant les taux très élevés d’interleukine 6 de la fillette, il a l’idée d’utiliser du tocilizumab pour traiter l’enfant ; l’idée lui étant venue du traitement pris par sa propre fille pour soigner une arthrite juvénile. L’effet est tout aussi spectaculaire. En quelques heures, Emma est stabilisée. Elle se lève rapidement et le 2 mai, elle peut fêter son anniversaire.

Dix autres patients traités à ce jour

Aujourd’hui le tocilizumab est systématiquement utilisé pour stabiliser les autres patients qui depuis Emma ont bénéficié d’un protocole similaire. Selon des résultats présentés à Atlanta à l’occasion du congrès de l’American Society of Hematology, neuf adultes et un autre enfant souffrant de leucémie chronique ont suivi un traitement semblable. Trois adultes sont en rémission complète, dont deux depuis plus de deux ans. Chez quatre autres, le traitement semble avoir été partiellement efficace sans toutefois de rémission complète et chez un dernier malade, la thérapie a été réalisée trop récemment pour qu’une évaluation soit possible. Chez un autre enfant traité à l’instar d’Emma, une rechute a été déplorée.

« Un tournant majeur »

En dépit de ces résultats inconstants, les spécialistes de la leucémie se montrent très enthousiastes. « Je pense que c’est un évènement majeur » a ainsi commenté le Docteur Ivan Borrello, du Johns Hopkins University School of Medicine, cité par le New York Times qui racontait cette semaine cette histoire étonnante. Concernant Emma, il est encore trop tôt pour parler de guérison. Mais pour l’heure, ses parents se réjouissent de voir leur petite fille dévorer la vie, lire et jouer dans leur jardin.

« Il est temps qu’elle retourne en enfance » espère sa mère.

Aurélie Haroche

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