Le chercheur français est un scientifique américain comme les autres

Paris, le samedi 6 avril 2013 – Même si ce discours positif est aujourd’hui moins audible face au marasme ambiant et aux scandales en tous genres, ces derniers mois ont été marqués par la volonté d’exalter la compétitivité française. Non nos entreprises ne sont pas vouées à être avalées par le grand marché mondial, non nos jeunes chercheurs ne manquent pas d’idées et peuvent même faire figure de champions de l’innovation. Quoi de mieux pour s’en assurer que de soumettre ces jeunes chercheurs à un concours typiquement américain ?

Des travaux « fascinants »

Pour nombre de génies en herbe du monde entier, le Massachussetts Institute of Technology (MIT) est un centre de recherche mythique, un eldorado, un rêve inaccessible. Etre distingué par le prix décerné par la MIT Technology Review à des chercheurs prometteurs de moins de 35 ans semble également un objectif presque indépassable. Pourtant, par le passé, le TR35 qui a récompensé entre autres un certain Mark Zuckerberg en 2007 a salué la pertinence de travaux français. Et en 2012, pour la première fois, un concours spécifique à notre pays a été organisé. Pour participer au MIT Technology Review Innovators under 35 spécial France, il « suffisait » d’avoir moins de 35 ans, d’être de nationalité française ou de résider en France et d’être à l’origine de « nouveaux travaux, innovants et fascinants, capables de révolutionner le monde de la technologie et des affaires dans un futur proche ».

Fattal et les images fractales

Les dix lauréats viennent d’être désignés à l’occasion d’une cérémonie qui s’est déroulée en présence du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Geneviève Fioraso. Parmi les dix gagnants, deux vainqueurs ont bénéficié de prix spécifiques : David Fattal a été désigné « innovateur de l’année » et Pierre-Emmanuel Grange « innovateur solidaire de l’année ». Le premier est à l’origine d’une technologie destinée à permettre de regarder des images et des vidéos en 3D sur des terminaux mobiles et ce sans lunettes ! Depuis 2011, le jeune homme s’est ainsi attelé à « résoudre les grands problèmes de l’holographie numérique » et est parvenu selon Christophe Delerue, directeur de recherche au CNRS à « concevoir des innovations révolutionnaires basées sur l’utilisation de l’interaction entre la lumière et les nanostructures ».

Le diagnostic médical à l’ère des nanoparticules

Si les prouesses de David Fattal ne semblent pas porteuses d’applications médicales directes (au-delà de la lecture d’imagerie médicale en 3D sur sa tablette !), plusieurs des lauréats consacrés par le TR35 semblent vouloir révolutionner la médecine. Ainsi, Abdennour Abbas, né en Algérie et formé à l’Université de Lille où il a obtenu un doctorat en sciences des matériaux et ingénierie, a développé des « biocapteurs ultrasensibles à base d’anticorps artificiels pour le diagnostic médical ». Il s’agit d’anticorps artificiels qui s’impriment sur la face de nanoparticules d’or explique le site du TR35. « Ces nanostructures sont ainsi dotées de récepteurs capables de reconnaître un virus, des bactéries et des antigènes. En présence de pathogènes, ces nanostructures s’auto-assemblent et induisent, de par leur mouvement, un changement de couleur de l’échantillon qui indique à l’utilisateur un résultat positif. L’aspect le plus impressionnant de la technologie conçue par Abbas est qu’elle est un milliard de fois plus sensible que les précédents capteurs basés sur des bandelettes de papier, permettant ainsi de détecter les pathogènes dès les premiers stades de l’infection » indique encore la page de présentation des travaux d’Abdennour Abbas.

Se liguer contre la Salmonella

On retiendra également les travaux de Thibaut Mercey à l’origine d’un système de détection rapide des bactéries pathogènes dans les aliments. « Avec les techniques actuelles, 18 heures sont nécessaires pour s’assurer que la concentration de Salmonella est suffisamment élevée pour réaliser l’analyse, et ensuite pour vérifier la présence réelle de la bactérie. Avec notre technologie optique, il n’est pas nécessaire d’attendre autant d’heures : nous détecterons les bactéries dès que la limite analytique de détection aura été atteinte, en une seule étape » explique cet ingénieur diplômé de l’Institut d’Optique en France et de la London Business School. Pour les membres du jury, le dispositif qui repose sur des « petites molécules appelées ligants, contenues dans les biopuces » est « très novateur ».
L’innovation : un enseignement venu d’outre-Atlantique

Ainsi, ces jeunes chercheurs et les autres primés démontrent-ils le dynamisme de la recherche française. Française, mais pas toujours en France : on notera en effet entre autres que David Fattal travaille depuis dix ans dans la Sillicon Valley, tandis qu’Abedennour Abbas est désormais chercheur associé à l’Université Washington à Saint Louis. D’autres lauréats ont également réalisé leur « rêve américain ». Ainsi, Emanuele Orgiu qui a développé des matériaux organiques hybrides pouvant être contrôlés électriquement et optiquement travaille aujourd’hui à l’Institut de science et d’ingénierie supramoléculaires de l’Université de Strasbourg. Cependant, il est lui aussi passé par la Sillicon Valley. Selon lui, c’est là qu’on lui a « enseigné une idée pratique de l’innovation : faire quelque chose de novateur sur le plan scientifique qui peut changer la vie quotidienne ».

 

Illustration : Abdennour Abbas

Aurélie Haroche

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