Les hommes de la semaine : ils ne s’en lavent pas les mains !

Ouagadougou, le samedi 27 avril 2013 – Finalement, le plus dur (en apparence) n’aura pas été de présenter un projet qui séduise le jury de la Global Social Venture Compétition (GSVC). Non le plus dur aura été de parler en anglais.

Quand deux ingénieurs africains détrônent les Américains !

Voici quatorze ans, des étudiants de la Haas School of Business (Université de Berkeley, Californie) créaient la GSVC. L’objectif était d’offrir un coup de pouce de quelques milliers de dollars à des étudiants ou jeunes diplômés présentant un business plan prometteur d’un fort impact social ou environnemental. Peu à peu, la GSVC s’est imposée à travers le monde entier comme une référence dans son domaine. Cependant, en fait de monde, ce sont systématiquement des équipes américaines qui jusque alors avaient été récompensées. Cela n’a pas découragé la ténacité de plusieurs africains, particulièrement séduites par le thème de la GSVC. D’années en années, des propositions soumises par des étudiants venus d’Afrique ont su retenir de plus en plus sûrement l’attention des jurys, sans pour autant que ces jeunes gens parviennent à se hisser sur la première marche du podium. Toujours le premier prix saluait des américains. Mais voilà, qu’en 2013, Moctar Dembele (22 ans) originaire du Burkina Faso et Gérard Niyondiko (35 ans) natif du Burundi ont fait tomber cette règle : leur invention a reçu le premier prix du jury (doté de 25 000 dollars) et le prix coup de cœur du public (1 500 dollars).

Tout le monde se lave !

Cette réussite, Moctar Dembele et Gérard Niyondiko, étudiants de l’Institut international d’ingénierie de l’eau et l’environnement à Ouagadougou la doivent à Faso Soap. Comme son nom l’indique, il s’agit d’un savon. Mais il est loin d’être ordinaire. Composé de karité, de citronnelle et d’autres substances naturelles tenues secrètes par les deux inventeurs, le Faso Soap aurait la particularité de repousser l’anophèle vecteur du paludisme. Les premières évaluations (restreintes) réalisées semblent confirmer son efficacité que le produit soit utilisé pour se laver ou pour nettoyer linges et vêtements. Selon leur « business plan », Moctar Dembele et Gérard Niyondiko pensent pouvoir vendre leur produit au même prix qu’un savon habituel, ce qui ferait de lui une arme facilement accessible contre le paludisme, alors que les moustiquaires imprégnées d’insecticide, très efficaces, et les diverses crèmes et sprays répulsifs demeurent souvent hors de prix pour une grande partie de la population. « Nous voulions une solution simple. Le savon est utilisé par tout le monde en Afrique, même par les communautés les plus pauvres. Le « Faso Saop » ne demande aucune modification des habitudes » résume Moctar Dembele.

Des stars résolument francophones

Accueillis comme des stars (ou des footballeurs victorieux) à leur arrivée à l’aéroport de Ouagadougou dans la nuit du lundi au mardi 16 avril, les deux jeunes hommes se sont montrés très heureux de leur succès. « C’est une grande satisfaction pour nous mais aussi pour l’Institut dans son ensemble. C’est la fierté pour la jeunesse, c’est la fierté pour l’Afrique. Ca doit encourager la jeunesse à aller de l’avant » s’est ainsi félicité Gérard Niyondiko interrogé par le site « Le Faso.net ». C’est en Français qu’il a répondu à ses interviewers, car s’exprimer en Anglais est un exercice ardu pour le jeune ingénieur : « Nous sommes d’un pays francophone, donc ce n’est pas évident de pouvoir faire passer le message dans une lange étrangère. C’était ça le grand défi qui était devant nous mais heureusement, on y est arrivé » a-t-il en effet raconté.

Vers une commercialisation

Passée l’effervescence du succès, Moctar Dembele et Gérard Niyondiko ont de nombreux projets. Avec l’argent gagné, ils souhaitent notamment « réaliser des tests beaucoup plus larges, dans des laboratoires plus appropriés, pour la validation scientifique » a ainsi expliqué Gérard Niyondiko cité par la BBC (sur son portail francophone !). Puis viendra si les résultats confirment l’efficacité du Faso Soap le temps d’une commercialisation à grande échelle.

Aurélie Haroche

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