Médecin de campagne

Genève, le samedi 23 septembre 2017 – La politique n’est pas une terre inconnue pour les médecins. La médecine est ainsi l’une des professions les plus représentées dans l’hémicycle français. Outre les facilités qu’offrent la connaissance du terrain et la proximité avec certains décideurs, le fait d’être médecin a probablement comme dénominateur commun avec la politique une même volonté d’améliorer les conditions de vie du plus grand nombre, même si le responsable public intervient au niveau collectif quand l’action du praticien est plus individuelle.

Des indices parlant

Si le parcours d’Ignazio Cassis n’est pas une parfaite ligne droite. Cette dimension permet d’éclairer son parcours. Il a ainsi été beaucoup dit que celui qui vient d’accéder, ce 20 septembre, au Conseil fédéral suisse, devenant donc l’un des hommes clés du pays, n’était entré en politique que sur le tard. Pourtant, à travers notamment ses engagements en tant que praticien, ses proches avaient déjà perçu la probabilité d’un tel choix. « Cela ne m’a pas vraiment étonnée qu’il se lance en politique » témoigne ainsi sa sœur Manuela dans la Tribune de Genève. Plusieurs indices permettaient de deviner une telle orientation dont l’ouverture de la première consultation Sida à Lugano à la fin des années quatre-vingt ou encore son investissement en faveur de la dépénalisation du cannabis.

Krankencassis

Ses positions en faveur de la légalisation de la consommation des drogues (il est également favorable à une distribution contrôlée de la cocaïne à l’instar de ce qui existe pour l’héroïne) ont souvent détonné au sein du Parti Libéral Radical auquel il appartient. Mais ce ne sont finalement pas ses positions concernant la lutte contre la toxicomanie qui lui ont attiré le plus de critiques, mais sa défense des assurances maladies. Ignazio Cassis a en effet été à la tête de l’association des "assureurs maladies" Curafutura, de la "faîtière" des EMS Curaviva, de la fondation Equam active dans les soins ambulatoires, et de Radix, centre national pour le développement et la mise en œuvre de mesures de santé publique. Ces différentes casquettes lui ont valu le surnom peu affectueux de « Krankencassis » (Cassis le malade), tandis qu’il a été longtemps suspecté d’être un lobbyiste des assurances maladie. Une accusation dont il se rit en se rappelant qu’enfant il était traité de "binoclard" et en soulignant que les assurances maladies ne sont pas l’équivalent d’organisations terroristes.

De "viennent ensuite" à la fonction suprême

D’une manière générale, Ignazio Cassis a acquis la réputation d’un homme imperméable aux critiques et aux blessures infligées par la vie publique. Une fermeté et une résistance dont il faisait déjà preuve enfant : plutôt que de pleurer la perte de son auriculaire alors qu’il était petit garçon, il a troqué son amour du piano pour la trompette et celui du lancer de poids pour la course à pied. Ces glissements ne l’ont pas empêché d’exceller dans ses domaines, de la même manière que son entrée en politique a été fulgurante. Alors qu’en 2003  le PLR recherche un médecin pour sa liste en vue des élections fédérales, il se tourne vers ce médecin cantonal, qui finit premier des "viennent ensuite". Il parvient quatre ans plus tard au Conseil national et vient d’accéder aujourd’hui à la fonction suprême.

L’ami de la gauche

Sans surprise, l’élection de ce grand favori laisse cependant quelques interrogations sur ses orientations. Longtemps considéré comme l’homme de droite ami de la gauche, Ignazio Cassis a durci certaines de ses positions, allant jusqu’à effrayer plusieurs de ses anciens alliés, à l’exception de différents sujets sociétaux, tel toujours la dépénalisation des drogues. Cependant, aujourd’hui, beaucoup font confiance à son intelligence et son sens du dialogue, mais aussi à son passé de médecin, pour savoir guider la politique du pays dans un esprit de consensus, indispensable en Suisse.

Aurélie Haroche

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