Meilleur ami

Paris, le samedi 15 juillet 2017 - Pour faire un destin, les méthodes ne manquent pas. Les techniques les plus simples sont connues : naître sous une bonne étoile, bénéficier de solides atouts familiaux et génétiques et pouvoir compter sur la chance pour se hisser au-delà de la normalité. Mais d’autres chemins moins évidents peuvent être suivis : l’adversité, les combats et un caractère hors du commun peuvent permettre de dessiner des vies extraordinaires. Et les destinées se forgent également souvent grâce à des rencontres déterminantes.

Des médiateurs au poil !

Sa voie paraissait toute tracée. Issue d’une longue lignée remontant à l’Antiquité (comme en atteste Aristote lui-même), il devait consacrer sa vie, après une enfance heureuse à gambader, à ravir petits et grands dans les salons et les jardins. Sa douceur, son intelligence, son humeur toujours égale lui offraient la promesse d’une existence harmonieuse. Mais le sort en décida autrement. Sur sa route, un homme, José Sarica. Le Français, né dans les Ardennes, va non seulement modifier le cours de son existence, mais également transformer en profondeur sa perception de l’être humain. José Sarica est professeur de biologie marine et d’écotoxicologie et travaille au Québec. Il ne cesse d’évoquer les capacités étonnantes des animaux, trop souvent ignorées. Son projet paraît quelque peu utopiste : proposer, notamment aux patients atteints de troubles mentaux, une médiation par l’animal. José Sarica n’a pas inventé la zoothérapie.Les bénéfices de la présence d’un chien auprès de patients atteints de troubles mentaux ont été mis en évidence dès les années cinquante. Aux Etats-Unis, le psychiatre Boris Levinson avait ainsi oublié de faire sortir son chien Jingles, comme il en avait pourtant toujours l’habitude, un jour de consultation où il recevait un jeune patient autiste et sa famille. Le rendez-vous a pris une tournure inattendue quand l’enfant, dont les interactions sociales étaient quasiment inexistantes, s’est spontanément dirigé vers le chien pour lui parler et le cajoler. La « Pet Facilitated Psychotherapy » était née. Depuis, l’idée a fait son chemin et plusieurs instituts spécialisés, accueillant des enfants atteints de troubles mentaux ou des patients âgés, ne se privent pas de la compagnie des chiens, chats et chevaux, qui selon la très grande majorité des professionnels apportent un véritable apaisement aux patients. Différentes études ont également pu confirmer les bienfaits de la présence des animaux, notamment sur la réduction de l’anxiété. Cependant, les difficultés liées à la gestion de nos amis les bêtes restreignent ce type d’expérimentation et le développement de la zoothérapie.

Des thérapies qui ont du chien

Bien que d’abord réticent, notre héros accepte de suivre José Sarica dans cette aventure et de commencer une formation scrupuleuse. «  Il faut suivre des études rigoureuses en biologie et dans le domaine de la santé ou du social, et éduquer très strictement son animal » explique José Sarica. Ils seront vite récompensés de leurs efforts. Ils constatent en effet rapidement comment la présence d’un chien contribue à faciliter le dialogue entre le patient et le thérapeute. Un petit garçon, Jérémy, atteint d’un trouble de déficit de l’attention, a ainsi pu retrouver un équilibre en se consacrant aux soins et à l’éducation d’un chien. Mélissa qui, à quatre ans, n’avait jamais prononcé un mot, a surpris ses parents, quand après quelques séances en présence d’un fidèle ami à quatre pattes, elle s’est adressée à ce dernier. Une petite fille de sept ans a de son côté brisé le silence en confiant au chien, en présence du thérapeute, les violences sexuelles dont elle était régulièrement la victime. « La médiation par l’animal est excellente pour les enfants autistes, qui sont 100 000 en France. Cela aide les personnes anxieuses, dépressives ou encore malades d’Alzheimer, qui se souviennent du chien alors qu’elles oublient tout le reste » remarque José Sarica.

Eviter d’avoir une vie de chien !

Pour celui qui a accepté de faire équipe avec José, Chico, un bichon maltais, qui ne regrette jamais le paradis perdu des heures à somnoler dans un jardin ombragé, la zoothérapie n’est pas de tout repos. D’abord, contrairement à ses congénères non rompus à l’exercice, il faut être capable de rester assis sans bouger pendant de nombreuses heures. Mais il peut également être nécessaire de savoir aboyer sur commande. Il ne faut enfin pas s’effrayer de certaines réactions déconcertantes. Pour protéger Chico et son talent de thérapeute, José limite le nombre de consultations et évite le contact avec certains patients.

Des idées pas si bêtes

Ni Chico, ni José, qui raconte les exploits de son compagnon dans un livre qui vient de paraître, ne veulent présenter la zoothérapie comme une méthode miracle (il n’en existe d’ailleurs aucune face à certaines maladies mentales), fonctionnant systématiquement et pour tous et permettant de se passer totalement des médicaments. Ils souhaitent cependant mettre en avant le facilitateur extraordinaire que peut être l’animal. « Nous formons un binôme. Il apporte une aide incroyable. Il est beau, doux, joyeux et tout petit. Les gens ont envie de le protéger. Le lien ne se créerait pas si facilement s’il n’y avait que le patient et moi » assure José Sarica. Dans la lignée de l’aventure partagée par ces deux compères, quelques rares établissements dans le monde s’intéressent à la zoothérapie, comme le centre pour patients atteints de troubles mentaux Philippe Pinel à Amiens. Et, en Grande-Bretagne, le Royal College of Nursing a récemment fait part de sa volonté de mettre en place un protocole qui permettrait de préciser les conditions dans lesquelles les chiens pourraient être acceptés dans les hôpitaux. Alors que ces derniers sont quasiment systématiquement interdits, ils pourraient cependant représenter un atout important pour la guérison ou la stabilisation de certains patients, estiment les infirmières du RCN qui considèrent par ailleurs que leur éviction des centres de soins n’est pas toujours justifiée. Voilà une promesse de nouvelle destinée pour de nombreux proches de Chico !

Aurélie Haroche

Référence
José Sarica, en collaboration avec Nassera Zaïd, « Zoothérapie – Le pouvoir thérapeutique des animaux », éditions Arthaud, 19,90 euros, 208 pages.

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