N’est pas resté en périphérie de l’action

Paris, le samedi 23 octobre 2021 – Il est rare qu’un entrepreneur souhaite la disparition de ce qu’il a fondé (sauf si c’est dans le cadre d’une fusion rémunératrice au sein d’un autre groupe !). Pourtant, Abdelaali El Badaoui annonce tranquillement « si demain l'organisation n'existe plus, c'est que j'ai fait mon boulot ». En attendant cette fin utopique, l’infirmier fourmille d’idées, porté par la visibilité dont jouit Banlieues Santé depuis le début de l’épidémie de Covid.

Babel

Aux premières heures du confinement, la fédération de professionnels de santé et d’acteurs sociaux s’est en effet illustrée en diffusant de courtes vidéos dans une cinquantaine de langues rappelant de façon simple les gestes « barrière ». Alors que le contrôle de l’épidémie a été le plus difficile au sein des communautés les plus pauvres, marquées par une grande diversité d’origines, ces outils ont été salutaires. Banlieues Santé a également multiplié les interventions pour d’une part contribuer à assurer la continuité des soins et d’autre part offrir aux plus précaires le minimum nécessaire. Il s’agissait non seulement d’éviter des situations sociales très dégradées, mais également de limiter les déplacements.

Prendre la mesure de la barrière de la langue

Si les interventions de l’organisation ont été très remarquées pendant l’épidémie, Banlieues Santé n’a pas attendu 2020 pour jouer un rôle important de prévention et d’assistance médicale dans les territoires isolés et/ou défavorisés. Fondé en 2006 par Abdelaali El Badaoui et connaissant un statut officiel depuis 2018, Banlieues Santé multiplie les dispositifs concrets. Ainsi, à Marseille, vient d’être mis en place le programme « Les biens aînés » : il permet à 160 chibanis (travailleurs immigrés maghrébins à la retraite) issus d’un ancien foyer de Marseille d’être reçus individuellement par une infirmière.

Cette dernière détermine leurs besoins de santé et le cas échéant un médiateur ou une médiatrice accompagne les personnes qui en ont besoin à leurs rendez-vous médicaux. L’objectif d’un tel système est notamment d’éviter les difficultés liées à une mauvaise maîtrise de la langue. Il s’agit d’une préoccupation majeure pour Abdelaali El Badaoui qui a vu ses parents, bergers analphabètes venus du Maroc, être régulièrement confrontés à l’incapacité de comprendre les prescriptions et recommandations de leurs médecins.

La fatalité en dehors de son vocabulaire

Banlieues Santé apparaît également animé par le désir de rappeler que les fatalités n’existent pas, qu’elles soient liées à des considérations culturelles ou économiques. Le parcours d’Abdelaali El Badaoui en est lui-même une démonstration. Arrivé avec ses six frères et sœurs en Seine-et-Marne à l’âge de 7 ans après une petite enfance passée dans le nord de la France, il enchaîne les petits boulots à l’hôpital depuis l’âge de 16 ans, d’employé du ménage à ambulancier. Cette expérience fonde sa conviction de la nécessité d’une réelle prise en considération des inégalités sociales et culturelles dans la prise en charge des patients. Elle sera encore confortée quand il deviendra infirmier à l’hôpital et en ville, profession qu’il débute grâce à une validation des acquis de l’expérience, en dépit de son absence de baccalauréat.

Hors des frontières

Mais le secret de Banlieues Santé réside également dans l’application de certaines méthodes de l’entreprise à la solidarité et au monde associatif. C’est ce que remarque dans les Echos Hayatte Maazouza, responsable de l’organisation Positive Planet France. Abdelaali El Badaoui « montre qu'on peut professionnaliser cette solidarité particulière et propre aux quartiers », remarque-t-elle. Et c’est au nom de cette ambition, que le père de deux enfants, entend aujourd’hui exporter son concept aux populations défavorisées des autres pays du monde, notamment dans les états pauvres où les inégalités sont parfois encore plus marquées qu’en France.

Aurélie Haroche

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