One more time

Paris, le samedi 3 juillet 2021 – Les échos de la longue déposition le 23 juin de la chanteuse américaine Britney Spears ont été tels qu’ils ont touché un grand nombre de personnes n’ayant habituellement que peu d’intérêts pour l’adolescente star de la fin des années 90. Britney Spears, 39 ans, connue dans le monde entier pour quelques tubes restés dans les mémoires, y évoquaient les conditions de sa tutelle.

Toxic

Dans les années 2000, la célébrité heureuse s’est transformée en une période marquée par la surconsommation d’alcool, les comportements extrêmes et les manifestations d’auto destruction. Cette descente aux enfers aura connu son point le plus désastreux le jour où, prise d’une impulsion, Britney se rase le crâne en direct. Après une première hospitalisation sous contrainte en 2008, Britney Spears a connu depuis plusieurs épisodes de dépression, nécessitant parfois son transfert dans des établissements de santé, mais ne l’empêchant pas de continuer une brillante carrière. Dans ce contexte, son père est depuis plus de 10 ans son tuteur légal et de ce fait le gérant de sa prodigieuse fortune.

I’m a slave for you

Le carcan mis en place par le père de Britney semble une prison à peine dorée. Devant un tribunal de Los Angeles, la chanteuse a ainsi raconté comment il lui était impossible de consulter librement un gynécologue (afin notamment de faire retirer son stérilet, dans l’espoir d’avoir un enfant avec son nouveau compagnon), de discuter la pertinence de certains des médicaments qu’elle doit prendre ou encore de programmer des rendez-vous avec ses amis. La déposition vibrante de Britney Spears qui a rappelé que les frais d’avocat de son père étaient payés par l’argent qu’elle a gagné a ravivé parmi ses fans le mouvement « Free Britney ». Beaucoup des admirateurs de la chanteuse pop au ton sucré sont en effet convaincus que Britney est la victime de sa famille, uniquement motivée par l’appât du gain, et qu’elle adresse à ses fans sur les réseaux sociaux des messages cryptés pour appeler à l’aide. Au-delà de nombreux observateurs voient dans cette affaire une nouvelle illustration du risque de dévoiement des mesures de tutelle, voire des mauvais traitements subis par les personnes souffrant de troubles mentaux. Britney Spears a soudain fait figure d’icône pour différentes associations de défense des droits à la dignité et à la liberté.

Overprotected

Pourtant, cette semaine, la justice de Los Angeles n’a pas donné raison à la chanteuse qui demeurera sous la tutelle de son père. D’abord, parce qu’un certain nombre d’accusations proférées par la star (qui assure par exemple avoir été forcée de prendre du lithium ou de donner certains concerts malgré sa fatigue) doivent faire l’objet de vérification. Surtout, la justice a considéré que pour sa protection, Britney Spears devait continuer à être l’objet d’une tutelle. Il ne s’agit nullement de dire que les faits allégués par la chanteuse seraient justifiés par son état de santé mais de rappeler que pour certaines personnes atteintes de troubles mentaux, ce type de mesure est d’abord destiné à les protéger contre eux-mêmes.

Crazy

Sans doute, cette décision de la justice de Los Angeles invite à reconsidérer notre perception de la situation et à nous émanciper de certains clichés trop vite véhiculés par les médias. Elle est également l’occasion encore une fois de s’intéresser aux représentations tronquées de la maladie malade. Britney Spears n’est peut-être pas d’abord la victime de sa famille, avide, mais plutôt celle de sa maladie.

C’est ce que suggère dans une analyse publiée sur le site The Conversation le psychiatre Jean-Victor Blanc. D’abord, il remarque « Britney Spears était bien dans une démarche de soins libre lorsqu’en avril 2019 elle a été hospitalisée en psychiatrie à sa propre demande.
 Les médias l’ont visiblement mal compris, la plupart parlant « d’internement » ». Concernant plus précisément la tutelle, il note : « Il serait tentant (mais inexact selon moi) de faire de la star une martyre de la psychiatrie. Ces mesures lui ont peut-être permis d’éviter le tragique destin d’Amy Winehouse ou Whitney Houston, toutes deux décédées d’overdose en 2011 et 2012. Les documentaires biographiques « Amy » et « Whitney » montrent que dans la balance entre intérêt financier et santé, cette dernière n’était pas considérée comme prioritaire par leur entourage ». Enfin, il insiste sur le fait que ce qui est en jeu dans la démarche de Britney c’est moins la dénonciation de la pertinence de sa mise sous tutelle que la contestation de la légitimité de son père à jouer ce rôle.

Le psychiatre conclut son texte en notant qu’alors que la chanteuse est suivie par des milliers de fans à travers le monde, son influence sur la perception des troubles mentaux n’est pas à négliger. Peut-être faut-il alors se prendre à espérer que Britney Spears fasse un jour le choix de donner des précisions sur le mal dont elle souffre, ce qui lui permettra de passer des pages people des magazines à celles dédiées aux enjeux sociétaux majeurs.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article