Parti rejoindre les jumeaux Herrick

Boston, le samedi 1er décembre 2012 – Il a déjà été beaucoup dit combien les deux guerres mondiales ont été d’importants vecteurs de progrès dans le domaine de la chirurgie. Au sein de l’hôpital militaire de Pennsylvanie, au cours de la seconde guerre mondiale, les équipes de praticiens tentaient de soigner des soldats grièvement brûlés avec des greffes de peau. Jeune étudiant, Joseph observait ces expériences avec une grande attention. « Le lent rejet de ces greffons de peau étrangère me fascinait » confiera-t-il bien des années plus tard. Cette extrême curiosité va s’accroître encore lorsque le chirurgien plasticien en chef, le colonel James Brown lui raconte avoir réalisé une greffe cutanée entre jumeaux, intervention qui à la différence des autres ne s’était pas soldée par un échec.

Jouer à être Dieu

Joseph Murray devait sans doute repenser à l’expérience du colonel Brown le 23 décembre 1954 alors qu’il s’apprêtait à prélever le rein de Ronald Herrick, 23 ans afin de le réimplanter chez son frère jumeau Richard Herrick. Alors que l’idée de transplantation était à l’époque fortement controversée, en opérant les jumeaux Herrick, Joseph Murray apporta la preuve de la possibilité d’une greffe rénale complète. Le praticien, animé par de fortes convictions religieuses (« Le travail est une prière » confiera-t-il par exemple) dû pourtant essuyer de violentes critiques de la part des autorités religieuses : « On nous reprochait de jouer à être Dieu » racontera-t-il.

Prix Nobel

Ces invectives ne touchent guère ce natif de Milford (Massachusetts) ayant fait ses études à l’Harvard Medical School et officiant au très prestigieux Brigham and Women’s Hospital de Boston. Après avoir permis à Richard Herrick de vivre encore huit ans (alors qu’il était condamné à mourir avant la nouvelle année), il va se pencher sur la question de l’immunosuppresion. Il participa ainsi au développement de l’Imuran (azathioprine) et réalisa en 1962 la première greffe de rein à partir d’un don prélevé sur un cadavre. Ses exploits chirurgicaux et ses travaux sur l’immunosuppression lui valurent de recevoir le Prix Nobel de médecine en 1990 qu’il partagea avec Donnal Thomas*.

« Une vie fabuleusement enrichissante »

A cette date, Joseph Murray avait quitté depuis cinq ans le Children’s Hospital de Boston où il dirigea le service de chirurgie plastique de 1972 à 1985. Il y opéra des milliers d’enfants atteints de malformations. « Ma vie de chirurgien et de scientifique, combinant humanité et science, a été fabuleusement enrichissante » se félicitera-t-il dans l’autobiographie publiée par le Prix Nobel. « Au travers de nos patients, nous sommes les témoins quotidiens de la nature humaine à l’état brut, du désespoir, du courage, de la compréhension, de l’espoir, de la résignation, de l’héroïsme » écrivait-il encore. A l’âge de 93 ans, ce père de six enfants, dix-huit fois grand-père est mort ce lundi 26 novembre après avoir été victime d’une accident vasculaire cérébral dans sa maison de la banlieue de Boston. Il fut transporté au Brigham and Women’s Hospital, établissement dans lequel cinquante huit ans plus tôt il opérait les frères Herrick.


* Hasard, cette semaine ont été publiés dans le Lancet les travaux d’une équipe française qui met en évidence, dans la transplantation rénale, l’existence d’un type de rejet jusqu’alors non décrit, le rejet humoral vasculaire.

Aurélie Haroche

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