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Paris, le samedi 30 mars 2013 – Aujourd’hui, la télémédecine n’évoque pour beaucoup d’entre nous que des initiatives locales, dont le champ est limité. A force d’entendre qu’elle est l’avenir de la médecine, sans réellement le constater concrètement, les déceptions ont été nombreuses et ils ne sont pas rares ceux qui considèrent qu’elle pourrait ne demeurer qu’un gadget, un outil à la marge. Pourtant, dans quarante-cinq ans, la télémédecine sera peut-être devenue aussi indispensable, aussi incontournable que le SAMU. Pourquoi quarante-cinq ans : parce que c’est l’âge du SAMU. C’est en effet en 1968 que ce terme de Service d’aide médicale urgente (SAMU) est utilisé pour la première fois dans un compte rendu de commission administrative des hôpitaux de Toulouse où il commence à être mis en place. Pourquoi ce rapprochement avec le SAMU ? A cause de Louis Lareng.

Au pied de l’arbre

Le SAMU, Louis Lareng, premier professeur d’anesthésie-réanimation nommé en France, en a rêvé dès 1955. « Ce sont les accidents de la route qui m’ont amené à créer ce service car ils devenaient de plus en plus nombreux » a-t-il raconté à la Dépêche du Midi qui a consacré plusieurs articles ces dernières années à l’enfant du pays. L’idée vient plus précisément « dans les années soixante, il y avait la menace d’une épidémie de poliomyélite venant des pays nordiques. Il y a eu une mobilisation pour former des médecins sur la réanimation respiratoire. L’épidémie n’a pas eu lieu… Mais cela m’a donné une idée par rapport aux victimes d’accidents de la route qui mourraient d’insuffisance respiratoire », raconte-t-il. Cette idée c’est de transporter l’hôpital « au pied de l’arbre » selon l’expression qu’il emploie fréquemment et qui sert de titre au reportage que lui consacre France 3 Midi Pyrénées, qui sera diffusé samedi 30 mars à 15h20. Le professeur Louis Lareng constate en effet que si autour d’un accident se déplaçait alors la police et les pompiers, l’hôpital, lui figurait aux abonnés absents. D’abord, ces équipes « volantes » ne fonctionnent que quelques heures par jour, à la sortie des usines, au moment où les accidents sont les plus nombreux. Puis il est élargi à la journée entière à Toulouse. Parallèlement est également mise en place une véritable régulation. La généralisation du système à toute la France attendra cependant 1986 après l’adoption d’une loi portée par un député socialiste… un certain Louis Lareng.

De l'hôpital hors les murs à l'hôpital sans les murs

Après une telle carrière médicale, de beaux faits d’armes politiques, ce natif d’Ayzac-Ost (Hautes-Pyrénées) qui fêtera dans quelques jours ses 90 ans aurait pu, comme bien d’autres à sa place, décider de se reposer. Il aurait inauguré quelques pavillons hospitaliers portant son nom, remis des prix, profité de ses montagnes. Mais Louis Lareng a entamé une deuxième vie après l’aventure du Samu : il s’est consacré à la télémédecine. C’est ainsi que la semaine dernière, le président de la Société européenne de télémédecine animait les rencontres « e-nitiatives » santé Midi-Pyrénées. Le cheminement qui a conduit l’inventeur du SAMU à se passionner pour les promesses de la télémédecine est le même que celui qui l’a poussé à déplacer l’hôpital « au pied de l’arbre » il y a plus de 40 ans. Avec le SAMU, explique-t-il dans le documentaire proposé par France 3, il s’agissait de créer un « hôpital hors les murs », aujourd’hui nous sommes à l’aube d’un « hôpital sans les murs ». « J’ai toujours été très intéressé par les urgences, et tout ce qui est connexe. Il s’agit d’apporter le plus près possible du malade le soin dont il relève » confiait-il également à la Dépêche. Ainsi, sous l’égide de Louis Lareng a-t-il été question du développement de la messagerie électronique régionale sécurisée entre les hôpitaux et les médecins de ville, de télé-radiologie ou encore de l’amélioration de la prise en charge des personnes âgées grâce à la télémédecine. Comme il y a quarante-cinq ans, le professeur Louis Lareng, travailleur infatigable, semble vouloir faire de sa région, un moteur de l’innovation, un espace pionnier. Les nombreux succès sont ainsi vantés : l’hôpital de Castres envoie 90 % des courriers de sortie par voie électronique aux médecins traitants. A Lavelanet, l’absence de radiologue depuis un an a été compensée par un système de télé-médecine. Et dans l’ensemble de la région, le nombre de transferts a été diminué de 40 % grâce à une communication renforcée entre les centres.

Il a fallu attendre près de vingt ans entre le lancement du Samu à Toulouse et sa généralisation dans toute la France. Rendez-vous dans 20 ans pour découvrir l’essor de la télémédecine.

Aurélie Haroche

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