Qu’est-ce que c’est que ce cirque ?

Paris, le samedi 19 décembre 2015 – Il y a des enfants qui ne partent pas en vacances. Il y a des enfants qui ne fêtent pas Noël. Il y a un sapin pourtant et peut-être même des cadeaux. Mais le sapin clignote tristement dans un couloir et les cadeaux ressemblent à s’y méprendre à ceux du voisin de chambre. Il y a des enfants qui ne dégusteront pas chocolats, confiseries et autres délices : manger est un calvaire. Cependant, pour faire entrer un peu de féérie dans leurs souffrances et leurs angoisses, les hôpitaux se démènent, organisent des goûters de Noël, des chasses aux cadeaux (pour ceux qui peuvent marcher), des spectacles... Et tout le reste de l’année, il y a les clowns. Les clowns qui sont ce lien, ténu, difficile, essentiel, entre l’enfant et l’enfance. Même à l’hôpital.

Toc Toc

Aujourd’hui, le Rire médecin intervient dans 45 services pédiatriques de 15 hôpitaux différents. En 2013, 71 000 spectacles personnalisés ont été offerts aux enfants malades. L’après-midi, on frappe à la porte. Le parent répond incertain. Et plutôt qu’une infirmière, un médecin à la mine soucieuse, c’est le docteur Girafe qui fait son entrée, avec un acolyte. Leur irruption est parfois difficile à vivre, gênante. L’enfant peut avoir peur, le parent se sentir irrité de cette entrée en fanfare dans son quotidien d’angoisse. Et au bout de quelques instants, souvent grâce à la musique, aux pitreries du docteur Girafe, la magie opère. On oublie pour quelques secondes la perfusion, le traitement qui débute et qui nécessitera des semaines d’immobilisation, les nouvelles difficiles. Avant que la porte ne se referme.

Ça commence aujourd’hui

La première fois que Caroline Simonds, alias Docteur Girafe, a ouvert la porte dans un hôpital français, ayant revêtu son costume de clown, c’était à l’Institut Gustave Roussy à Villejuif en 1991. Elle n’avait jamais eu autant le trac de sa vie, elle qui avait sillonné les théâtres de rue, les cabarets, les petites salles du monde entier. Mais elle pouvait compter sur un allié de poids. Quelques mois auparavant quant elle était venue exposer son projet au professeur Jean Lemerle, chef du service d’oncologie pédiatrique de l’Institut Gustave Roussy, il lui avait lancé : « Quand commencez-vous ? ».

Des années de formation à travers le monde

Tout avait commencé à Washington en 1949 où est née Caroline Simonds. Pour son père avocat, sa mère microbiologiste et ses trois frères et sœur, elle est un clown né. Elle aime les grimaces, les pitreries, jouer de sa maladresse. Pourtant, ses premiers pas la destinent à la médecine. Une vocation qu’elle abandonne après un stage particulièrement éprouvant dans un service de grands brûlés. A 21 ans, elle sait pourtant déjà que si elle ne veut plus soigner, elle veut faire rire ceux qui souffrent. Elle s’envole alors pour la France, suit des études de théâtre et de poésie et rejoint la troupe du Palais des merveilles de Jules Cordières. Chant, danse, mime, elle élargit la palette de ses talents et sillonne les villes dans son personnage de Ratapuce. Puis, c’est le retour aux Etats-Unis, seule avec sa petite fille. Quelques années encore à créer l’illusion dans des théâtres et bientôt, le projet nourri à 20 ans ressurgit à la faveur d’un spectacle donné dans un hôpital. Elle rejoint alors le Big Apple Circus Clown Care Unit. « C’était très nouveau. Mais je n’étais pas satisfaite. Aux Etats-Unis, le monde du spectacle est tourné vers la performance. Je préférais l’improvisation, m’ajuster à l’enfant », a-t-elle raconté il y a quelques années au magazine Psychologie.

Pas d’improvisation en coulisses

Cette terre d’improvisation, ce sera la France, où elle s’installe avec son mari et sa fille. Pourtant, l’association Le Rire médecin, né en 1991, grâce à la confiance de quelques équipes médicales et à de généreuses subventions, insiste sur l’impossibilité de l’amateurisme, quand on veut tenter de faire rire un enfant malade, et ses parents. Le professionnalisme, l’étroite collaboration avec les équipes médicales et la formation des clowns sont les points d’honneur pour Caroline Simonds et l’ensemble de l’équipe du Rire médecin. C’est grâce à ce sérieux, qu’un nombre croissant d’hôpitaux font confiance à ces clowns.

Sur le fil

Caroline Simonds, prend elle-même très au sérieux, ce rôle de Dr Girafe. « Le clown n’est pas un personnage dans lequel tu te glisses. Il est ton propre héros déchu. Tu t’interprètes toi-même. Et le public rit de se reconnaître dans tes failles », observait-elle dans les colonnes de Psychologies. Cette même introspection se retrouve quand elle évoque sa mission auprès des patients. « C’est très intimidant de travailler avec des enfants malades. Tu marches sur un fil, entre les dangers de la maladie, le stress des soignants, l’inquiétude des parents, le souci d’être juste. Et tu n’as pas le droit de tomber, ni de marcher à quatre pattes sur ton fil ».

Equilibriste sous l’habit du clown.

Aurélie Haroche

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