Rain woman

Washington, le samedi 19 janvier 2013 – Bien sûr c’est un concours de beauté un tantinet ridicule, qui offre de la femme une image pas nécessairement reluisante, bien qu’affriolante. Comparer les mensurations, le maintien, le port du maillot de bain de pin-up récitant des textes bien appris, voilà qui à de quoi dégoûter la moins féministe d’entre toutes. Pourtant sont-elles toutes vraiment si « lisses » ces poupées qui sourient sur le podium de Miss America ? Sont-elles vraiment toutes semblables malgré leurs jambes pareillement ciselées et leurs poitrines à l’identique ? Depuis plusieurs années déjà, le concours de Miss America s’est ouvert à « la différence ». Pour les organisateurs de cette « compétition » il s’agit sans doute d’abord d’un coup de publicité, mais le phénomène a au moins le mérite de rappeler que le handicap, la maladie n’exclue pas la beauté, le charme… voire l’envie toute bête de parader sur des podiums !

« La réalité de l’autisme »

Ainsi, en 1994, le pays de l’Oncle Sam a décerné le prix de la plus belle américaine à une jeune femme sourde. Mais jamais autant que cette année on aura compté parmi les participantes un si grand nombre de jeunes femmes exhibant tout autant leurs superbes plastiques que leurs souffrances. La plus remarquée de toutes fut certainement Miss Montana, Mlle Alexis Wineman, âgée de 18 ans. Cette (très) jolie jeune femme rousse qui n’a pas échappé au rituel défilé en maillots de bains et autres épreuves du genre souffre d’un syndrome d’Asperger diagnostiqué à l’âge de 11 ans. Pour Alexis, sa participation au plus grand concours de beauté de l’univers était une occasion inespérée de pouvoir livrer son témoignage sur sa maladie. « En grandissant, je n’ai jamais été intéressée par les concours de beauté. C’était quelque chose que je ne m’imaginais pas faire » a-t-elle raconté au nombreux journaux qui l’ont interrogé. De fait, difficile de concevoir qu’un sujet souffrant de troubles des interactions sociales puissent se retrouver sous les sunlights, les caméras du monde entier braquées sur soi. Mais si Alexis a franchi les pas, c’est pour délivrer un message de sensibilisation et d’espoir : « Je veux que les gens comprennent que ceux qui vivent avec l’autisme peuvent être divers, il y en a qui s’en sortent bien, d’autres moins bien. Je sais ce que je veux faire de ma vie : informer le plus grand nombre à la réalité de l’autisme ».

Autistic pride day

La réalité, vraiment ? Aujourd’hui, la sur-représentation des autistes présentant un syndrome d’Asperger dans les médias pourrait tendre à fausser la véritable perception de cette maladie, effectivement très diverse. Dans un article publié sur le site Handicap.fr, Emmanuelle Dal’Secco observe cette semaine que peu à peu, les médias et le cinéma ont commencé à se passionner pour les spécificités des « autismes Asperger », mettant plus souvent l’accent sur leurs compétences géniales que sur leurs troubles du comportement social. « Evidemment, dans ces circonstances, l’autisme peut faire rêver » résume-t-elle, évoquant par ailleurs le mouvement conduit par certaines personnes qui aux Etats-Unis « se revendiquent » autistes. Ces dernières « refusent de considérer leurs particularités comme une maladie ou un handicap, juste une différence ! », décrit-elle. « Il existe même un « Autistic pride day » créé en 2005 à Londres pour célébrer la neurodiversité, qui a été organisé dans plusieurs pays » rapporte-t-elle encore. Tant cette tendance que la sur représentation des « autistes Asperger » tendent à effacer les autres réalités de l’autisme. « En se focalisant sur les Asperger, ne prend-on pas le risque de cacher ceux qui ont vraiment besoin d’aide ? », interroge Emmanuelle Dall’Secco.

Une arme infaillible

Avec Alexis Wineman, la question peut une nouvelle fois être posée, tant la belle est parvenue jusqu’à éclipser les autres concurrentes, telle Allyn Rose, Miss Washington, qui du haut de ses 24 ans exposait peut-être pour la dernière fois ses généreux attributs. Porteuse du gène BRCA1 et ayant vu mourir sa grand-mère, sa mère et sa tante d’un cancer du sein quand elle avait 16 ans, Allyn envisage aujourd’hui sérieusement de se faire retirer les deux seins, une tendance qui prend une certaine ampleur aux Etats-Unis. Miss America a également vu la participation de Mariah Cary, Miss Iowa, souffrant du syndrome Gilles de la Tourette ou encore de Molly Bouchard, Miss Maine qui a perdu 23 kilos pour pouvoir défiler sur les podiums. Aucune d’entre elles cependant n’a remporté le prestigieux titre de Miss América. Pour cela il fallait bien exhiber une différence, mais une différence politique. C’est Miss New York, Hytes Hagan qui l’a compris. La jeune femme de 23 ans a surpris les jurys en défendant que la thèse selon laquelle la violence au sein des écoles ne saurait être réglée par la présence renforcée de policiers armés. Sur ces belles paroles (et grâce à d’autres atouts) elle a remporté le titre, une bourse universitaire de 500 000 dollars et la mission de lever des fonds pendant un an pour des hôpitaux pédiatriques. Comme quoi, il ne suffit pas d’être belle.

Aurélie Haroche

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