Rebelles

Washington, le samedi 16 septembre 2017 – Difficile de ne pas voir dans cette distinction un message politique. Les affrontements entre Donald Trump et cette organisation, notamment durant la campagne du Président des Etats-Unis ont été si âpres qu’il n’est guère imprudent de penser qu’en choisissant de saluer le travail du Planning familial, les responsables du Prix Lasker aient clairement souhaité afficher leur position face à ces polémiques.

Un bon coup de pub

L’institution du Planning familial qui a célébré son centième anniversaire l’année dernière vient donc d’être récompensé par le Prix Lasker, qui salue ici le rôle majeur joué par cette organisation américaine dans l’amélioration de la santé des femmes aux Etats-Unis et dans de nombreux pays à travers le monde. Dès ses premières années, le sort du planning familial a été lié à celui des époux Lasker. En 1937, la femme du célèbre publicitaire avait en effet accordé une généreuse dotation à l’organisation, dont elle partageait l’ambition de libérer le corps de la femme. C’est par ailleurs Albert Lasker qui suggéra à la fondatrice de la ligue américaine pour le contrôle des naissances d’utiliser le nom plus fédérateur de Planning familial.

Ni dieux, ni maîtres

L’initiatrice de ce mouvement, Margaret Sanger, qui avait ouvert en 1916 la première clinique promouvant les méthodes de contraception, accepta cette évolution, témoignant, contrairement à ce que beaucoup de ses détracteurs lui avaient reproché, qu’elle n’était pas une ennemi des familles, mais une militante au service du bien-être des femmes, mais aussi des couples. Pourtant, Margaret Sanger n’hésitait pas à adopter régulièrement des positions extrêmement tranchées. Son tempérament d’Irlandaise n’était pas seul à l’origine de cette virulence : son expérience personnelle et professionnelle avait forgé en elle la conviction de l’urgence de libérer les femmes du joug, souvent mortel, de la maternité. Margaret Sanger, née en septembre 1879 fut la sixième des onze enfants d’Anne Purcell Higgins qui débuta 18 grossesses. Si elle put très tôt constater sur le corps éreinté de sa mère le poids des grossesses à répétition, Margaret Sanger vit se confirmer ce fléau tandis qu’elle exerçait la profession d’infirmière puis de sage-femme au début du nouveau siècle dans les quartiers pauvres de New-York. Si elle tente alors de délivrer des conseils en matière de contraception à ses patientes, la jeune femme n’ignore pas qu’elle enfreint la loi Comstock qui interdit de faire la promotion de toute méthode contribuant au contrôle des naissances. Mais, Margaret Sanger ne se cache pas pour autant. Elle fait paraître dans le New-York Call, un quotidien socialiste, plusieurs séries d’articles appelant les femmes à se libérer de leurs « dieux et maîtres » et à prendre possession de leur corps. Plus tard, elle étaye ses idées dans sa propre publication « The Woman Rebel », dont chaque numéro ou presque est l’objet de censure. 

Controverses

Deux ans après avoir créé la première clinique de contrôle des naissances, elle remporte une victoire judiciaire en gagnant son procès en appel : elle obtient ainsi la liberté de délivrer des informations sur le contrôle des naissances. Si la fin de sa vie sera marquée par son soutien au développement d’une pilule contraceptive, elle aura également été entachée de controverses sur certaines de ses prises de position considérées comme racistes. Margaret Sanger défendait en effet l’idée de « contrôler » l’accès à la parentalité, afin d’éviter la naissance d’enfants dans des familles trop pauvres et en proie à diverses difficultés. Or, dans l’Amérique des années 50, cette description concernait une très grande majorité de familles noires. Aussi, longtemps, Margaret Sanger a été boudée par une partie de la communauté afro-américaine qui la soupçonnait d’eugénisme, même si la militante présentait l’accès à la contraception pour les femmes noires comme la promesse d’une vie meilleure pour elles et leurs enfants déjà nés.

Héritières

De longues années après la mort de Margaret Sanger en septembre 1966, certains virent dans le choix de Barack Obama de donner le nom de la militante à un prix dédié au droit des femmes la fin de toutes les controverses ; même si, chez les militants anti-avortements, les mêmes arguments demeurent toujours répétés. Aujourd’hui, le flambeau de Margaret Sanger a été repris par Cécile Richards,  qui s’est personnellement opposée à plusieurs reprises à Donald Trump. Loin des quartiers pauvres du New-York irlandais, Cécile Richards a été formé au militantisme dans les salons feutrés de la bourgeoisie américaine. Sa mère fut ainsi gouverneur du Texas et son père un avocat reconnu, investi dans la défense des droits civiques. Son engagement pour le Planning familial remonte à ses années d’adolescence, quand elle accompagna sa mère dans sa campagne pour Sarah Weddington, une avocate ayant plaidé lors de la fameuse affaire Roe versus Wade, qui devait permettre la légalisation de l’avortement aux Etats-Unis. Aujourd’hui, Cécile Richards, âgée de 60 ans et mère de trois enfants (féministes, souligne-t-elle régulièrement) est une figure remarquée du Planning familial dont elle a une nouvelle fois défendu l’œuvre et le rôle à l’occasion de la remise du prix Lasker.

Aurélie Haroche

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