Sans faire de cinéma

Pretoria, le samedi 9 septembre 2017 – Surtout aux Etats-Unis, l’engagement des acteurs et actrices de cinéma pour des causes humanitaires et sanitaires n’est pas rare. La lutte contre le Sida a, à cet égard, souvent été retenue comme champ d’action des comédiens hollywoodiens. Aussi, la lutte que mène depuis plusieurs années Charlize Theron n’est-elle guère surprenante. Ce qui l’est davantage, c’est qu’elle n’a pas choisi de conduire cette action dans le pays où elle vit depuis de longues années et dont elle est citoyenne depuis 2008, ni de multiplier les messages d’ordre général. Son engagement est tout entier consacré à l’Afrique du Sud où elle est née le 7 août 1975.

Une enfance marquée par la violence

L’Afrique du Sud n’est pourtant pas uniquement la terre de l’enfance heureuse pour la vedette américaine. Beaucoup le savent : face aux violences qu’elle subissait quotidiennement, la mère de Charlize Theron a abattu son mari, le père de l’actrice. Aucune poursuite ne fut engagée contre elle, en raison de son état de légitime défense, mais cette adolescence continuellement marquée par les cris, les coups et l’insécurité a marqué pour toujours l’héroïne de Monster.

« Nous les laissons mourir »

En dépit de ces souvenirs douloureux et de son choix de vivre et de faire sa carrière aux Etats-Unis, Charlize Theron demeure viscéralement attachée au pays qui l’a vu naître et dont elle a toujours apprécié les contrastes. Quand à la fin des années quatre-vingt-dix, le président Thabo Mbeki fait le lit de l’épidémie de Sida en affirmant que celui-ci n’est pas une maladie virale mais est liée à la malnutrition et au manque d’hygiène, elle fait partie des voix qui s’élèvent pour dénoncer ce déni meurtrier. Elle a ainsi œuvré au sein d’associations pour que l’accès aux médicaments ne s’interrompe pas totalement. D’année en année, son engagement se renforce. En 2016, elle a marqué les esprits en affirmant à Durban : « Il y a certaines vies auxquelles nous accordons plus de valeurs qu'à d'autres. Je le sais, car le SIDA ne discrimine pas par lui-même. Il n'a aucune préférence pour le corps des Noirs, pour le corps des femmes, pour le corps des homosexuels, pour les jeunes ou pour les pauvres. Il ne cible pas les gens vulnérables ou les oppressés, ni ceux dont on abuse. Nous le faisons : nous transformons les vulnérables, les oppressés et les abusés en cibles. Nous les ignorons, nous les laissons souffrir, puis nous les laissons mourir » avait-elle lancé. Ces accusations avaient suscité un tollé en Afrique du Sud, bien que sa société demeure évidement traversée par le sexisme et l’homophobie.

19 % de la population infectée

Un an plus tard, l’actrice assure qu’elle ne changerait rien à son discours. « Je maintiens ce que j’ai dit l’an dernier » a-t-elle récemment indiqué. « Nous devons réagir et dire "ça suffit, il faut que ça s'arrête" » insiste-t-elle, considérant que l’enjeu majeur est celui de la prévention, dans un pays où 19 % de la population totale est infectée par le VIH. « On ne peut pas attendre que les gens soient infectés par le virus et penser qu'on va ensuite le stopper. Il faut investir dans la jeunesse avant qu'elle ne devienne séropositive » souligne l’actrice qui mesure néanmoins le chemin parcouru depuis que l’Afrique du Sud a renoncé aux théories fantaisistes de Thabo Mebki. Néanmoins, sans relâche, cette ambassadrice de la cause des populations les plus vulnérables d’Afrique du Sud continuera à délivrer son message. Et si certains regardent non sans une certaine ironie le parcours de celle qui se rend plus souvent sur les plateaux de cinéma et de télévision que dans les rues sud-africaines pour distiller la bonne parole, d’autres admirent qu’elle continue à prêter une attention soutenue à son pays et à ceux qui y souffrent.

Léa Crébat

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