Savant fou ou génie iconoclaste ?

Paris, le samedi 6 mars 2021 - C’est une belle réussite industrielle, dans le monde médical. Les laboratoires Euroimmun sont un des leaders mondiaux dans le domaine du diagnostic in vitro. Sans trahir sa réputation, au début de l’épidémie de Covid-19 l’entreprise a rapidement mis au point un test de détection de SARS-CoV-2 par RT-PCR puis des tests sérologiques.

Un parcours d’excellence

A l’origine de cette entreprise, l’allemand Winfried Stöcker est aussi brillant médecin qu’entrepreneur. Né en janvier 1947, il se consacre après ses études de médecine à la recherche en immunologie au sein de l’Institut universitaire de Lübeck, dont il dirige bientôt un laboratoire. Cependant, à trente ans, il choisit de délaisser la recherche publique pour fonder l’entreprise Euroimmun qui deviendra en quelques années un acteur incontournable. En 2017, la société est rachetée par le groupe américain PerkinEmer pour 1,2 milliards d’euros. Winfried Stöcker conserve cependant une influence au sein de la société mère et notamment un laboratoire de recherche.

Un habitué des scandales médiatiques

C’est en son sein qu’en mars 2020, il « imagine » un vaccin contre l’infection à SARS-CoV-2. Il dispose du matériel biologique nécessaire : l’antigène mis au point par Euroimmun pour l’élaboration de ses tests PCR et sérologique. En s’appuyant sur cet antigène, il développe une protéine recombinante et sans plus attendre se l’inocule par voie intramusculaire en utilisant de l’aluminium comme adjuvant comme le racontent les médias allemands et Sciences et Avenir. Il procédera en tout à quatre injections et fera même « profiter » de sa recette une soixantaine de personnes. Winfried Stöcker ne garde nullement pour lui sa découverte : détaillant son protocole sur son blog ou se confiant au Frankfurter Allgemeine Zeitung. L’opinion publique ne peut que s’amuser des sorties du médecin, qui fait régulièrement l’objet de l’attention des médias, soit de manière positive comme quand il a acheté l'aéroport de Lübeck (pour supporter l’économie du Land de Schleswig-Holstein) ou de façon plus polémique quand il s’en prend aux femmes ou aux étrangers. Mais du côté des autorités sanitaires l’affaire est prise avec beaucoup plus de sérieux. Quand Winfried Stöcker contacte l’organisme de régulation des médicaments et des vaccins, l’Institut Paul Ehrich, en lui exposant son expérience, il est reçu avec la plus grande froideur. Une enquête judiciaire est en effet immédiatement ouverte face à la réalisation de cet essai contrevenant à toutes les règles de sécurité habituelles. Bien sûr Winfried Stöcker se défend de toute mauvaise intention, répétant notamment qu’il n’a jamais déposé de brevet et expliquant sa précipitation par sa volonté d’éviter les entraves administratives.

Il met en outre en avant l’efficacité de son vaccin, assurant avoir développé des anticorps contre SARS-CoV-2, ce que ne contesteraient pas certains spécialistes allemands, même si pour l’heure il n’a pas encore pu être confirmé que c’est bien grâce à ce vaccin artisanal.

Mais celui qui n’hésitait pas à rêver d’immuniser « les trois quart de la population allemande ou américaine » en quelques mois grâce à son produit est aujourd’hui plus certainement menacé d’emprisonnement ou en tout cas de lourdes amendes. Il est probable que la société Euroimmun se serait bien passée de la publicité dérangeante de son fondateur et ancien dirigeant et l’accès aux laboratoires du groupe lui est aujourd’hui interdit… mais reste à savoir si au-delà de la dangerosité de son expérience et son caractère iconoclaste, le savant fou n’est pas aussi un génie précurseur.

Léa Crébat

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article