Sur la même ligne (ou presque)

Bruxelles, le samedi 1er septembre 2018 – Nous façonnons notre roman personnel. Là où le brouillon de nos vies a omis quelques lignes directrices, quelques traits d’union, nous comblons les vides pour insuffler de la cohérence. Nous sommes souvent hostiles aux lignes brisées et même aux détours. Ainsi, est-il fréquent de voir dans l’enchainement des évènements qui nous emmènent (ou nous malmènent) un mécanisme rationnel. « Pour moi, cette présidence est la suite logique » défend le docteur Ri De Ridder. L’ancien patron de l’Assurance maladie belge (Institut national d’assurance maladie invalidité, Inami) a, quelques mois après sa retraite, été désigné pour devenir patron de Médecins du monde. Changement de trajectoire ou parcours sans virage ? « La première question qu’une assurance maladie devrait se poser est : sommes-nous suffisamment inclusifs ? Faisons-nous en sorte que personne – ou en tout cas le moins de personnes possibles – ne soit exclu ? C’est la raison pour laquelle je me suis battu au sein de l’Inami (…). Médecins du Monde se bat pour que tout le monde ait accès aux soins de santé », déclare, interrogé par le Journal du médecin, le docteur Ri de Ridder.

L’enfant, la firme pharmaceutique et les finances publiques

Pourtant, pour difficiles que soient ces deux missions, la présidence de Médecins du Monde ne conduira sans doute pas le docteur Ri de Ridder (considéré comme l’un des hommes les plus influents de Belgique dans le domaine de la santé) à des choix (voire des impasses) aussi difficiles que celui lié au sort du petit Viktor. L’ancien médecin généraliste qui a exercé de 1976 à 2000 a volontiers reconnu qu’il s’était agi d’une des situations les plus difficiles qu’il eut à gérer. Face au cas de Viktor, atteint d’un syndrome hémolytique et urémique, diagnostiqué en 2013, les praticiens belges recommandaient le recours au nouveau traitement de la firme Alexion, Soliris. Mais face au coût (18 000 euros par mois), la Sécurité sociale belge que dirigeait Ri de Ridder refusa la prise en charge. La campagne de soutien organisée notamment par le laboratoire eut finalement raison du refus de l’Inami. « Ce cas montre à quel point, il peut être difficile de prendre des décisions correctes du point de vue sociétal » commente le docteur Ri de Ridder.

Liberté de parole retrouvée

Ri de Ridder a constaté combien il était d’une manière générale difficile de faire évoluer les lignes. Le patron d’ONG qu’il est aujourd’hui identifie facilement ce que l’ancien directeur de l’INAMI aurait pu modifier hier. « Le système de soin de santé belge est bon, sauf pour ceux qui ne répondent pas à la norme. Les personnes vivant dans la pauvreté, les personnes sans abri, les demandeurs d’asile, les personnes sans papier, les prisonniers : pour chacune de ces personnes, il existe un système différent avec des obstacles pour l’accès aux soins (…). Tous ces systèmes différents coûtent énormément d’argent à notre société, sont inefficaces et ne sont de surcroit pas un cadeau pour la santé publique. Et pourtant ils continuent d’exister, et il s’agit là d’un choix politique. Une simplification est un besoin urgent. J’en ferai mon combat durant la présidence que je vais assumer ces prochaines années » défend-il aujourd’hui.

Cette liberté de ton qui était nécessairement plus muselée pendant ses 13 ans à la direction générale de l’Inami lui permet également de se positionner à propos de l’immigration. « Je ne plaide pas pour des frontières ouvertes. Les frontières sont nécessaires, il faut stopper l’illégalité et je plaide pour une approche structurelle du problème. Mais une fois qu’une personne est présente sur notre territoire, elle doit être traitée humainement » observe-t-il, en une déclaration dont la teneur pourrait étonner ceux plus habitués à la neutralité politique d’associations telles que MDM.

Eternel retour

Ainsi, si le discours d’un président d’une ONG et celui d’un directeur général d’Assurance maladie diffère nécessairement, le souhait d’une protection universelle, reposant sur la solidarité collective permet d’établir un pont entre les activités de celui qui fut animé dès ses premières années d’exercice par la fibre sociale. Il fut en effet à l’origine de l’ouverture d’une des premières maisons médicales en Flandre qui à l’époque, à la fin des années 70, accueillait des immigrés Turcs et Marocains. L’immigration et le feu de l’actualité étaient déjà le décor principal du médecin père de six enfants (dont certains adoptés), comme ils le sont aujourd’hui avec l’assistance apportée par Médecins du Monde Belgique aux migrants ayant installé un campement dans le parc Maximilien de Bruxelles.

Plus qu’une ligne, la vie est un cycle infini.

Aurélie Haroche

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