Traversée du siècle

Paris, le samedi 2 octobre 2021 – La disparition de ceux qui s’éteignent aujourd’hui après près de cent années passées sur terre est un rappel des bouleversements immenses du siècle écoulé. Ainsi, Annie Lesur, dont la mort le 14 septembre, à l’âge de 95 ans, n’a suscité que peu d’échos, fut, pourtant plus qu’un témoin, une véritable actrice du XXIème siècle.

Dans les pas de son père… et de Jean Lecanuet

Quand l’Histoire fut vécue par certains comme l’heure de choisir de définitivement son camp, Annie Lesur épousa celui de la résistance, auprès de son père, médecin généraliste. Agée de 17 ans, en 1943, celle qui a grandi dans la Nièvre, côtoie notamment Jean Lecanuet que sa famille contribue à aider alors qu’il est l’objet de toutes les recherches pour ses actions de sauvetage de juifs.

Une spécialité difficile

La guerre finie, la jeune femme demeure toujours inspirée par l’exemple de son père et entame des études de médecine. Elle s’oriente vers une spécialité alors encore balbutiante : l’anesthésie-réanimation, qui plus encore que les autres disciplines compte très peu de femmes. Son cadre d’exercice ne se montrera guère plus classique : elle sera pendant dix ans, le chef du service d’anesthésie-réanimation de l’hôpital central des prisons de Fresnes.

Une expérience politique ambivalente

Bien que très attachée à sa profession, elle se laissera tenter par la politique, grâce à la force de conviction de Jean Lecanuet. Elle devient ainsi membre du parti créé par le jeune sénateur. Quelques années plus tard, alors que le nouveau président de la République Valery Giscard d’Estaing et son premier ministre, Jacques Chirac cherchent des femmes pour offrir un nouveau visage au gouvernement, Jean Lecanuet suggère le nom d’Annie Lesur. Elle devient alors secrétaire d’Etat chargé de l’Enseignement préscolaire. Le périmètre plus que flou de ce portefeuille ne manque pas de susciter quelques railleries et de conforter le sentiment qu’elle n’est qu’un alibi. Si sa prise de position ferme soutenant Simone Veil lors de son combat pour l’adoption de la loi légalisant l’IVG contribue à un regard différent sur elle (qui reste cependant empreint de critiques), elle ne parvint jamais tout à fait à se départir de son image de femme timide et peu faite pour la politique. Son projet de séparer les enfants de plus de quatre ans de ceux de moins de quatre ans et de créer sous l’autorité des institutrices des postes d’aides éducatrices (ce qui devait devenir plus tard les fameuses assistantes maternelles) sera largement critiqué par la communauté éducative et lui vaudra d’être mise au ban du gouvernement. Pourtant, dans sa nécrologie et ses propos confiés au Quotidien du médecin, son fils (également praticien) fait remarquer qu’elle a en réalité porté les fondements des actuelles écoles maternelles.

Quarante ans plus tard…

Après son éviction officielle du gouvernement en janvier 1976 (après que pendant plusieurs mois les décisions concernant son secrétariat d’Etat ont toutes été prises par le ministre), elle renonça à la politique pour finir sa carrière comme inspectrice des affaires sociales. Bien des années plus tard, en 2001, celui qui avait présidé à cet épisode politique éclair se souvint de la jeune femme un peu trop raide au pupitre de l’Assemblée nationale et lui décerna le grade de commandeur de la légion d’honneur.

A.H.

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