Un peu plus près des étoiles

Cap Canaveral, le samedi 18 septembre 2021 – La courte page que lui consacre l’encyclopédie en ligne Wikipedia précise qu’elle est une férue de voyages. Avant ses 30 ans, elle espère ainsi pouvoir se poser sur tous les continents (y compris l’Antarctique) alors que cette Américaine a déjà pour l’heure visité l’Europe et l’Amérique du Sud. La vie lui a offert une singulière façon de réaliser son rêve.

En toute autonomie

Il y a plusieurs mois, le milliardaire américain Jared Isaacman (à l’origine d’un des processeurs de paiement les plus utilisés au monde) a annoncé qu’il allait s’embarquer à bord d’une capsule Crew Dragon pour une mission inédite organisée par Space X. La célèbre entreprise d’Elon Musk, spécialisée dans les voyages spatiaux, projetait en effet d’envoyer dans l’espace un équipage de quatre personnes, sans astronaute professionnel en son sein. Jared Isaacman qui n’est en réalité pas totalement étranger au monde de l’air, puisqu’il est un ancien pilote, a relevé le défi et accepté de financer l’ensemble de cet incroyable voyage à hauteur de 55 millions de dollars par personne.

Evénement caritatif

Qui allait-il choisir pour l’accompagner ? Un frère, un ami, un astronaute à la retraite pour s’offrir un peu plus de sérénité ? L’inspiration de Jared Isaacman a été très différente. Souhaitant faire de la mission baptisée Inspiration4 un événement caritatif, il s’est tourné vers l’hôpital pour enfants malades Saint Jude à Memphis, dont il est un des donateurs les plus importants depuis plusieurs années (alors que Saint Jude utilise pour sa part le processeur Harbotouch depuis très longtemps). Il a demandé à l’établissement de sélectionner une personne en son sein qui serait susceptible de participer à cette aventure unique (tandis qu’était parallèlement organisée une loterie pour les deux derniers participants). Le nom d’Hayley Arceneaux s’est rapidement imposé.

Une épreuve marquante

La première fois qu’Hayley Arceneaux est entrée dans l’hôpital St Jude, elle n’était qu’une petite fille. Pendant plusieurs semaines auparavant, l’apparence et la fonctionnalité de son genou n’avaient cessé de se dégrader, contredisant chaque jour davantage le premier diagnostic d’entorse fait par son médecin. Quand ses parents la conduisent au St Jude Children’s Research Hospital, le diagnostic est rapidement établi : Haley souffre d’un ostéosarcome. La prise en charge est lourde, reposant sur des soins de chimiothérapie et une intervention qui consiste à remplacer une partie des os de sa jambe gauche par une prothèse métallique. Mais Hayley survit et grandit.

Une mission évidente

Si après le lycée, elle entame des études d’espagnol, Hayley n’a jamais oublié l’accompagnement dont elle a bénéficié à St Jude et son désir d’apporter à son tour aux jeunes enfants malades, le même dévouement. Aussi, après trois brillantes années d’étude, à l’issue desquelles elle a été distinguée comme la meilleure élève de sa promotion en 2014, elle postule comme assistante médicale au St Jude Hospital. Depuis, elle est celle qui répond aux questions des familles et des enfants après l’annonce du diagnostic d’un cancer. Elle écoute et oriente et surtout met en avant son expérience pour offrir de l’espoir à ces parents et ces jeunes malades dans un moment si éprouvant. C’est, confesse-t-elle, ce qui lui tient le plus à cœur dans sa mission.

Aventurière

Il n’est donc guère étonnant qu’alors que chaque participant à la mission Inspiration4 doit incarner une valeur, Haley incarne l’espoir. La jolie femme de 29 ans, qui est en outre la plus jeune américaine à s’être envolée dans l’espace dans la nuit du 15 au 16 septembre et la première porteuse de prothèse au monde, n’a quasiment pas hésité quand la proposition de Jared Isaacman lui a été faite.  « Je me considère comme une aventurière. Aussi, même si je n’avais jamais imaginé que j’irais dans l’espace, je ne pouvais renoncer à cette opportunité unique dans une vie » a-t-elle expliqué, citée par USA Today.

Rouge à lèvres

Cette absence d’appétence particulière pour l’espace la distingue de ses trois acolytes. Outre Jared Isaacman, l’équipage se compose en effet du docteur en géologie Sian Proctor, qui fut en 2009 finaliste d’une sélection de la NASA et de Chris Sembroski, ancien membre de l'armée de l'Air américaine qui aujourd’hui travaille dans l'industrie aéronautique. Mais l’entraînement de six mois (au lieu de 18 mois pour les astronautes professionnels) a été le même pour tous : trek dans le neige à 3 000 mètres d’altitude et exercices de simulation d’apesanteur, auxquels Hayley a pris beaucoup de plaisir. A la veille de vivre une expérience unique, Hayley s’est préparée avec soin indiquant aux médias : « Je prévois de manger un beignet glacé le matin du lancement, je porterai mon rouge à lèvres préféré, et je partirai en orbite avec le souvenir de tous mes amis qui n'ont pas survécu au cancer, de tous les enfants qui se battent en ce moment et de tous les autres survivants ».

Space Dragon doit amerrir ce soir 19 septembre… si tout se passe bien.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Monde schizophrène

    Le 22 septembre 2021

    J'ai, bien souvent, proposé des enfants en rémission d'un cancer pour la réalisation d'un de leur rêve ... raisonnable.
    Mais quelle est l'empreinte carbone de cette demoiselle et de ses compagnons en tourisme?
    Alors que nous nous avons commencé à percuter le mur de notre irresponsabilité écologique, est il bienvenu de relayer le "mécénat" de milliardaires à l'empreinte carbone dantesque, entre jet privés et yacht démesurés, visant à se donner bonne figure comme au bon temps des dames patronnesses?
    On touche le fond.

    Dr Yves Hatchuel

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