Une famille dépendante à l’argent ?

Washington, le samedi 13 octobre - Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, c’est un nom qui ne laissera sans doute pas indifférent les universitaires et les amateurs d’art. On peut en effet le retrouver en lettres capitales à Harvard, au Smithosnian et au Metropolitan Museum ou sur le nouveau parvis du Victoria & Albert Museum, tandis qu’il trône également entre autres à Colombia, au MIT et dans plusieurs universités britanniques. Le patronyme peut ainsi être mis en avant dans ces lieux prestigieux comme celui d’un philanthrope, à l’instar de plusieurs autres outre-Atlantique et outre-Manche. Mais ce nom pourrait bientôt connaître une notoriété moins envieuse.

Ma petite entreprise…

La prodigieuse fortune de la famille Sackler qui lui permet de jouer les généreux donateurs dans d’aussi nombreuses institutions est liée à l’entreprise Purdue Pharma. Quand trois frères de Brooklyn, Arthur, Mortimer et Raymond, tous psychiatres, acquièrent en 1952 une petite entreprise produisant des laxatifs, ils ignoraient encore, malgré leur ambition, qu’elle deviendrait un empire si rentable. L’activité de Purdue Pharma permet pourtant aujourd’hui aux vingt membres de la famille Sackler, descendants de Mortimer et Raymond de "peser" 13 milliards de dollars.

Moralement abominable

Aujourd’hui pourtant, beaucoup n’envient plus l’heureux sort des Sackler. Leur fortune a en effet un goût de souffre puisqu’elle est grande partie liée aux ventes d’OxyContin, un des médicaments au cœur de la crise des opiacés, dont seraient dépendants près de 11 millions d’Américains. Cette situation a creusé les dissensions familiales. Les enfants d’Arthur, le frère aîné, mort avant la commercialisation de l’OxyContin ne perçoivent pas les bénéfices liés à ce médicament, ce qui fait d’eux une branche moins aisée. Mais loin de se morfondre et de tenter de réclamer une part des considérables revenus, ils se montrent aujourd’hui dédaigneux avec leur famille. Elisabeth Sackler, fille d’Arthur, considère ainsi comme « moralement abominable » les 13 milliards de dollars de ses cousins et cousines.

Une réputation biaisée

Cette scission familiale explique en partie pourquoi les nombreux procès intentés aujourd’hui contre Purdue Pharma (qui a déjà reconnu en 2007 avoir sciemment caché le risque de dépendance à l’OxyContin) ne visent pas nominativement les Sackler. Pourtant, certains avocats considèrent que ceux qui ont présidé l’entreprise devraient également se retrouver sur le banc des accusés. La participation de la famille Sackler aux financements d’universités et d’institutions culturelles n’est pas étrangère à cette pusillanimité des avocats. Ils réprouvent en effet une omniprésence qui consiste selon eux à se « racheter une réputation ».

Pompier pyromane : une posture juteuse

Est-ce également dans cette perspective que Richard Sackler (fils de Raymond) ancien directeur de Purdue Pharma veut aujourd’hui au nom d’une nouvelle entreprise commercialiser un futur traitement de substitution aux opiacés, dont il vient d’acquérir le brevet avec plusieurs autres anciens employés de Purdue Pharma ? Ce traitement, une nouvelle forme de buprénorphine, a la particularité d’être dispensé sous la forme d'un comprimé qui se dissout rapidement dans la bouche et dont la galénique spécifique réduit le risque de détournement. Face à la crise que traversent aujourd’hui les Etats-Unis, sa commercialisation pourrait être un succès aussi important que l’OxyContin. Mais certains se montrent très réticents à l’idée que Richard Sackler puisse aujourd’hui prétendre à de pareils profits et une fois encore l’ensemble de la famille est dans l’œil du cyclone. « Ce que Purdue Pharma a fait à notre santé publique est répréhensible. La famille Sackler ne devrait pas être autorisée à continuer à vendre des opiacés synthétiques – y compris des substituts » a ainsi observé récemment dans le Financial Times, le directeur d’un centre anti-addiction à New York.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article