Une pas si petite première française

Paris, le samedi 10 avril 2021 - Il y a des fois où l’on ne se formalise pas de rester dans l’ombre. Pas quand le centre de l’attention a autant d’importance.

Pas de faux espoirs mais de vrais rêves

Ce qui semble la caractériser, c’est de ne pas être dupe et de ne pas en faire une maladie. Et c’est ce qui paraît caractériser également sa famille. Amandine sait parfaitement que les miracles n’existent pas. Elle n’est depuis longtemps plus la prisonnière d’illusions. « Je viens de recevoir un traitement qui va me faire un peu grandir. Pas totalement, mais de plusieurs centimètres, j’espère », explique-t-elle ainsi au journaliste du Parisien. Cette lucidité ne l’empêche pas de croire joyeusement en ses rêves de devenir danseuse ou archéologue.

Ne pas nier le pire, mais ne pas s’en faire une fatalité

Ainsi, Amandine, neuf ans, atteinte d’achondroplasie, est la première enfant française à recevoir un traitement expérimental contre cette maladie génétique Et elle est déjà immunisée contre les faux espoirs, contre les mirages. Amandine sait également que sa maladie ne se résume pas uniquement en un problème de croissance et perçoit déjà que dans quelques années son handicap devrait encore davantage l’exposer aux brimades et au rejet, alors qu’elle reste encore un peu préservée dans son école primaire. Mais elle a décidé de profiter de l’instant. « Ça c’est l’étape d’après » dit-elle à son père.

Victoire en centimètre

Ce dernier, ainsi que sa mère, ont sans doute insufflé cet état d’esprit à leur fille. Ainsi, même si elle s’inquiète des effets secondaires et aussi également des désillusions, Valérie, la mère est convaincue que le traitement expérimenté est « une chance. La seule donnée à Amandine de grandir. Elle n’est pas miraculeuse, elle n’annulera pas la maladie, mais elle l’aidera : chaque centimètre gagné est une victoire. »

Dans le sillage du grand décryptage des maladies génétiques

Ce traitement, c’est l’infigratinib, un inhibiteur de tyrosine kinase. Et, bien qu’Amandine, la première patiente française intégrée dans l’étude internationale lancée en 2000, ne soit que la treizième dans le monde à tester ce médicament, les recherches qui ont conduit à privilégier cette piste thérapeutique ont été françaises. Dans l’ombre. Tout commence en 1994, quand est identifiée la mutation génétique responsable de l’achondroplasie à l’hôpital Necker. Les équipes mettent en évidence qu’une mutation du gène FGFR3 entraîne une production excessive de la protéine FGFR3, présente dans les chondrocytes et les ostéoblastes, altérant la croissance osseuse et les tissus cartilagineux.

De l’identification des gènes à l’identification d’une molécule

Cette découverte va conduire l’équipe de Laurence Legeai-Mallet à s’intéresser à l’effet potentiel des inhibiteurs de la tyrosine kinase, la protéine FGFR3 étant l’un des quatre récepteurs de tyrosine kinase de signalisation. En 2016, elle publie les résultats de travaux ayant inclus des patients souffrant de cancer de la vessie et qui montrent que l’infigratinib (molécule alors en développement par Novartis) « réduit la phosphorylation de FGFR3, responsable de son hyperactivité, et corrige la croissance anormale dans nos modèles animaux. Nous avons montré qu’une faible dose, injectée par voie sous-cutanée, est capable de pénétrer dans la plaque de croissance de ces modèles et d’en modifier l’organisation », explique Laurence Legeai-Mallet dans un communiqué publié par le centre de recherche Imagine.

Boucle vertueuse

La suite de l’histoire s’échappe de France. BridgeBio, un investisseur américain, rachète le brevet de l’infigratinib à Novartis et celui déposé par Laurence Legeai-Mallet pour faire de la molécule un traitement de l’achondroplasie. La start-up QED Therapeutics est créée et un essai clinique est lancé en 2020… avec l’introduction d’un premier patient à Melbourne en juillet. En France, l’essai sera coordonné par les équipes de l’hôpital Necker et de l’Institut Imagine. Pour le directeur de ce dernier, Stanislas Lyonnet, « Le développement de ce médicament est un formidable exemple de recherche translationnelle telle que peut la conduire un Institut Hospitalo-Universitaire comme Imagine. Il illustre l’efficacité de notre modèle en boucle, partant du patient, passant par la recherche fondamentale et pré-clinique, l’élaboration de modèles de la maladie (lignées de cellules et modèles animaux), pour, enfin, revenir au patient. Le tout dans à un écosystème qui intègre les partenaires industriels, l’innovation et la valorisation, en vue d’une recherche appliquée, permettant l’accélération de la mise sur le marché d’une découverte scientifique, au bénéfice des enfants et des familles qui lui ont donné naissance ». Des enfants et des familles, comme Amandine et ses parents. La boucle de l’article est également bouclée.

A.H.

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Vos réactions (1)

  • Infigratinib/ achondroplasie

    Le 10 avril 2021

    Enthousiasmant : on aimerait suivre régulièrement cette aventure thérapeutique quasi magique.
    Bonne chance à Amandine: elle en a déjà en étant née au XXI ème siècle!

    Dr Xavier Baizeau

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