Virus de la politique

Paris, le samedi 17 avril 2021 - Il faut penser au spleen des éditorialistes politiques qui pendant une année ont vu leur horizon réduit à un unique sujet, éternellement ruminé. Alors, cette semaine, quelles que soient leurs convictions politiques, ils ont sans doute été nombreux à louer le gouvernement : les élections régionales ont été maintenues. Voilà qui devrait quelque peu changer l’ordinaire. Autre information encourageante à laquelle sur les plateaux de télévision beaucoup voulaient croire un peu trop vite : contrairement à ce qui pouvait apparaître dans certaines enquêtes il y a quelques semaines, la crise sanitaire ne serait pas un des enjeux prioritaires des élections présidentielles pour les Français, reléguée loin derrière les sujets classiques de l’emploi, la sécurité ou l’immigration.

Tremplin épidémique

Pourtant, tous ces commentateurs ne sont pas dupes, il sera beaucoup question lors des prochaines échéances électorales de la Covid. Et il n’est pas impossible que beaucoup de responsables politiques choisissent même d’en faire un argument de campagne, pour mettre en avant leur bilan. Car si l’épidémie a profondément bouleversé les codes habituels de la vie politique, elle a également certainement servi de tremplin médiatique à certains. C’est le cas du maire de Cannes, David Lisnard (LR). S’il n’était pas tout à fait un inconnu avant mars 2020, il a acquis avec la crise une notoriété nationale nouvelle.

Pas de leçon de morale pour les bons élèves

Il y a près de trois semaines, il était ainsi, pour son plus grand plaisir, dans le collimateur du ministre de la Santé, Olivier Véran. Quelques temps auparavant, David Lisnard avait en effet annoncé que prenant les devants sur la politique gouvernementale, il ouvrait la vaccination à tous les Cannois de plus de 50 ans, même s’ils ne souffraient pas de comorbidités. Sévère, le ministre de la Santé a critiqué : « Je ne qualifierai pas la décision du maire de Cannes, je regrette qu'il l'ait fait de manière autonome sans alerter ni la direction générale de l'ARS ni même le préfet, ni même les soignants qui sont mobilisés pour vacciner à Cannes et partout ailleurs en France. Je suis certain parce que je le sais, que l'on peut trouver à Cannes, des personnes âgées de 85, 90 ans, qui n'ont pas encore été vaccinées comme partout ailleurs en France et qui ne comprendront pas que des personnes de plus de 50 ans en très bonne santé, puissent avoir un rendez-vous. Je préfère les élus qui se battent pour aller chercher, chez eux s'il le faut les personnes à protéger, ce sont elles qu'il faut protéger en priorité ». Loin de se démonter face à cette leçon de morale, David Lisnard a argumenté, « Toutes les personnes de plus de 75 ans ayant souhaité être vaccinées ont déjà reçu au moins une première dose, soit 9000 sur les 12 000 que compte la ville (3400 ayant reçu deux injections et 5600 avec un deuxième rendez-vous programmé). C’est aussi le cas de toutes les personnes présentant des comorbidités ainsi que le personnel soignant ». Il a encore indiqué que 97 % des résidents en EHPAD publics avaient été vaccinés, tandis que « toutes les personnes de 65 à 74 ans préinscrites sur la plateforme municipale se sont vues proposer un rendez-vous. La vaccination de ce public est en cours ». Quand quelques temps plus tard, le gouvernement a annoncé qu’il projetait d’anticiper la vaccination des plus de 50 ans sans comorbidités par rapport au calendrier initial, David Lisnard n’a pu que se féliciter d’avoir eu raison avant les autres.

David contre le roi Ubu technocratique

Le maire de Cannes, amoureux de sa ville depuis toujours (s’il est né à Limoges c’est par accident, car sa famille a vécu à Cannes depuis le XVème siècle !), qui la sillonne quotidiennement à la recherche des petits comme de grands problèmes à résoudre, a gagné dans cet épisode l’image d’un élu proche de ses administrés, connaissant ses dossiers et surtout pragmatique. Alors que depuis le début de l’épidémie, la scission entre l’autorité centrale et les élus locaux n’a cessé de se creuser, David Lisnard incarne cet exercice du pouvoir adapté au terrain et qui ne se laisse pas ankyloser parce qu’il appelle « l’Etat obèse ». Telle était l’une des expressions qui a fait mouche dans sa tribune publiée en novembre dans Le Figaro et qui dénonçait : « La crise de la Covid révèle la folie bureaucratique française ». « Le roi Ubu technocratique s’en donne à cœur joie en ce moment, nous privant de liberté, donc de responsabilité, au détriment d’une lutte efficace contre l’épidémie de Covid 19 (…). On ne parvient pas, contrairement à nombre de pays plus performants face à l’épidémie, à tester, dépister, diagnostiquer de façon méthodique ? Isoler les contagieux de façon rigoureuse ? Faire un back-tracing de façon systématique sur la semaine précédant l’apparition des symptômes pour casser les chaines de contamination ? Doter l’hôpital en moyens humains et matériels suffisants ? Contrôler les gestes barrière dans les sites clos recevant du public, dont les grandes surfaces commerciales ? Sanctionner les établissements qui ne respectent pas les règles de protection (pendant tout l’été j’en ai signalé en vain un petit nombre à l’État, qui seul en France est habilité à sanctionner)? Définir des scenarii d’évolution potentielle de la maladie, qui depuis juin avaient été exposés, en plusieurs niveaux de risques, pour anticiper des règles et protocoles par métiers, gradués selon les hypothèses épidémiologiques? Alors le Léviathan étatique, aussi omnipotent qu’impuissant, prend chaque semaine mesures sur mesures, aussi générales qu’impossibles à faire rigoureusement appliquer, générant la confusion, suscitant incompréhension et injustices, restreignant libertés et paralysant la responsabilité qui ne peut être qu’individuelle » décrivait-il notamment dans un texte qui avait été beaucoup remarqué, notamment par sa famille politique.

Voilà qui lui a notamment permis de quelque peu de s’émanciper de son image de compétiteur local même si beaucoup chez ses amis (et ses ennemis) continuent à considérer que c’est son principal handicap pour envisager une carrière plus nationale. En tout cas avec lui, les commentateurs politiques ne rechigneront pas à parler encore un peu de la crise sanitaire.

A.H.

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