Elle aura tant vécu pour laver cette infamie

Le Docteur Rapoport au moment de son exclusion de la faculté de médecine d’Hambourg (à Gauche) et à la soutenance de sa thèse (à droite)

Berlin, le samedi 23 mai 2015 - En 1938, Ingeborg Rapoport (Syllm de son nom de jeune fille), était une brillante étudiante en médecine à l’université d’Hambourg et préparait une thèse sur la diphtérie. Mais, étant de "race juive" selon les lois de Nuremberg, les autorités nazies lui refuseront, comme à des milliers d’autres, la soutenance de son doctorat.

Comme beaucoup de ceux qui furent mis au ban par les législations raciales, Ingeborg quitte alors l’Europe pour les Etats-Unis pour y vivre sa vie sous de meilleurs auspices. Là, après 48 candidatures (!) elle parvient à intégrer un hôpital de Cincinnati.  Elle publiera même, conjointement avec son mari, rencontré en Amérique et également d’origine allemande, des travaux remarqués sur la conservation du sang qui lui vaudront un "certificat de mérite" de la part du président Harry Truman.

Une Américaine passe à l’est !

Mais ces satisfécits américains seront de courtes durées ; Ingeborg et son époux étant deux fervents communistes, ils décident de s’installer à Berlin Est en 1952 pour échapper aux foudres du Maccarthysme qui se déchaînent alors sur les époux Rosenberg. Ingeborg poursuivra sa carrière au "paradis socialiste" à l’ombre de la "protection anti fasciste" où elle fondera une clinique de néonatalogie.

L’histoire ne s’arrête pas là. Il y a quelques mois, son fils Tom, professeur à l’université d’Harvard, s’entretenant avec le doyen de la faculté d’Hambourg, est parvenu à convaincre celui-ci de laisser à sa mère la possibilité de soutenir sa thèse…à la condition qu’elle  actualise quelque peu ses connaissances !

 

Lettre originale de 1938  adressée au Dr. Rapoport lui annonçant qu’en dépit du caractère acceptable de sa thèse, les lois actuelles ne permettent pas de lui délivrer son doctorat. 

Devenir la diplômée la plus âgée du monde dans son salon

C’est finalement avec brio, que la centenaire a obtenu le précieux sésame...avec quelques aménagements : l’oral s’est en effet déroulé dans le salon de son appartement berlinois !
Outre ce pied de nez réjouissant à 77 ans de distance, Ingeborg pourra se satisfaire de devenir, à 102 ans, la plus vieille diplômée du monde et de rentrer ainsi dans le Guinness book des records…la patience est vraiment mère de toute les vertus !

Frédéric Haroche

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Vos réactions (1)

  • Antisémitisme européen...

    Le 27 mai 2015

    Polonaise née d'une famille juive, ma mère se vit refuser l'accès aux études de médecine à Varsovie en 1931 pour son origine. Il n'y avait en première année que "deux places pour juifs" achetables chaque année. Et ses parents n'avaient pas les moyens de gagner ces enchères. Ceci, en 1931. Les national-socialistes n'avaient pas encore envahi la Pologne et n'avaient pas encore même été élus en Allemagne. Elle émigra en Belgique où elle put réussir brillamment ses études en 1939. Mais elle ne put pas exercer car... au cours de ses études secondaires, elle n'avait entamé le latin qu'en deuxième année. Contrairement à Madame Rapoport, elle ne dut attendre "que" jusqu'en 1958 pour pouvoir présenter un examen global (anatomie, biochimie, pathologie,...) qu'elle réussit et put alors enfin exercer. Jusque-là, des confrères avaient eu la grandeur d'âme de l'utiliser comme technicienne de laboratoire...

    Dr Charles Kariger

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