Pas de bras, pas de certificat

Turin, le vendredi 17 décembre 2021 – Pour obtenir le précieux passe sanitaire sans se faire réellement vacciner, certains sont prêts à tout et redoublent d’ingéniosité.

C’est une scène particulièrement absurde dont seuls nos amis Italiens ont le secret, digne d’un film à sketchs des années 1960 avec Marcello Mastroianni ou Sophia Loren.

Ce 2 décembre, un homme de 57 ans se rend dans le centre de vaccination de Biella, ville moyenne de la région du Piémont entre Milan et Turin. Au moment d’administrer le vaccin contre la Covid-19, l’infirmière, Filippa Bua, a un pressentiment. « La couleur du bras m’a rendu suspicieuse» a-t-elle expliqué au journal italien La Repubblica. « J’ai cru que j’avais fait une bourde, que c’était un patient avec un bras artificiel et que je l’avais mis dans une situation embarrassante ».

Le bandit manchot était un dentiste

L’infirmière demande alors au patient de découvrir le reste de son bras gauche. L’homme tente une plaisanterie « vous n’arrivez pas à croire que j’ai un tel physique ? » avant de s’exécuter. C’est alors que l’on bascule dans l’absurde puisque l’infirmière découvre que le patient porte un faux bras en silicone ! Sans se démonter, l’imposteur demande à l’infirmière de faire comme si de rien n’était et de vacciner le faux bras pour qu’il puisse obtenir son passe sanitaire. Dans une comédie italienne l’infirmière aurait peut-être que accepté de rentrer dans le jeu du fraudeur. Mais dans notre réalité moins complaisante, elle l’a dénoncé sans hésiter à son supérieur. « Après ça, il a souri, a avoué qu’il avait tenté de frauder et il est parti » a-t-elle déclaré.

Depuis, cette anecdote insolite a fait le tour du monde. L’homme au faux bras en silicone est harcelé par la presse italienne et internationale et s’est barricadé chez lui. Il a été identifié comme étant Guido Russo, dentiste de 57 ans ne cachant pas ses opinions antivaccins et anti passe sanitaire. Sur la porte de son cabinet, on pouvait lire que la présentation du « green pass » (le nom du passe sanitaire en Italie) était facultative et non obligatoire. Le président de la région Piémont, Alberto Cirio, a fait savoir dans un communiqué que les faits avaient été dénoncés au procureur et que le faux manchot serait poursuivi en justice pour cette tentative de fraude. L’Ordre des médecins du Piémont a également lancé une procédure disciplinaire contre Guido Russo, qui risque d’être suspendu de ses fonctions.

Passe vaccinal dans les lieux de loisir

Depuis le 6 décembre, le passe sanitaire est désormais exigé dans toutes les entreprises italiennes. Par ailleurs, dans les restaurants, cafés et cinémas, le passe sanitaire « classique » a été remplacé par un passe vaccinal. Les personnes non-vaccinées ou non-guéries sont donc interdits d’accès, même s’ils sont testés préalablement. Par ailleurs, l’Italie fait face, comme la plupart de ses voisins européens, à une hausse importante des cas (multiplication par 8 des contaminations quotidiennes en deux mois) et à une augmentation plus modérée des décès (multiplication par trois des morts quotidiens en deux mois).

« Cette affaire pourrait faire sourire si on ne parlait pas d’un geste inacceptable et d’une gravité exceptionnelle face au sacrifice que la pandémie fait payer à toute notre communauté en termes de vies humaines » a déclaré Alberto Cirio. En ces temps difficile, on préfèrera tout de même en sourire.

Quentin Haroche

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