Affaire Gardasil : effets secondaires sur la toile

Paris, le samedi 5 avril 2014 – Il ne se passe guère une saison sans que nous soyons réveillés par la sourde menace d’un « scandale sanitaire »...réel ou supposé. Produits chimiques en embuscade dans des produits que nous utilisons (voir ingurgitons) tous les jours, médicaments se révélant inefficaces et dangereux ou encore, un grand classique, vaccins qui provoqueraient des effets secondaires terribles. La sphère médiatique s’agite, rythmée par les soubresauts de la justice, mais souvent (pas toujours), le scandale retombe comme un mauvais soufflé. Néanmoins, il ne disparaît jamais sans laisser de traces : quand bien même le vaccin serait innocenté par de multiples études scientifiques, quand bien même il n’y aurait aucune certitude sur la dangerosité de la substance chimique, quand bien même le danger du médicament serait principalement lié à sa mauvaise utilisation, demeure toujours dans l’esprit d’une partie du grand public l’idée d’une sourde menace, de tractations secrètes (voire d'un complot) faites sur le dos de leur santé. Les conséquences ne sont pas nulles et vont de la légère défiance à un refus de la médecine, tandis qu’est permis le foisonnement de nouveaux scandales, empruntant plusieurs symptômes aux précédents. Pour y faire face, l’Académie de médecine a récemment formulé plusieurs recommandations visant à faire « émerger (…) une information objective, impartiale, scientifique fondée, facilement accessible et compréhensible pour le public ».

Comment accroître l’angoisse des populations

Oui, mais comment faire quand le « scandale » apparaît soutenu, nourri, par des médecins ? Le grand public, bien sûr, ne manque pas d’y voir une caution échappant (quasiment) à tout soupçon. Dès lors, la difficulté est plus grande encore de transmettre un message « objectif » et d’éviter qu’il ne soit considéré comme entaché de conflits d’intérêt. Cette quadrature du cercle s’illustre aujourd’hui avec "l’affaire" Gardasil, qui connaît actuellement de nouveaux soubresauts. La semaine s’est en effet ouverte par la mise en ligne d’une pétition signée par plus de 500 praticiens demandant l’ouverture d’une mission d’information parlementaire sur ce vaccin et s’est achevée par l’annonce de plusieurs nouvelles plaintes de jeunes filles affirmant être victimes d’une maladie neurologique en lien avec leur vaccination. Après avoir longuement évoqué le cas du Gardasil sur son blog en novembre en se demandant « Quand s’arrêtera la liste de ces soi-disant « scandales » sanitaires dès qu’un événement indésirable et nocif est détecté puis diffusé sans preuve avérée d’un rapport direct à un acte thérapeutique ou préventif ? », le professeur Guy Vallancien s’attaque de nouveau à ce sujet en évoquant la pétition de ses confrères, qu’il qualifie tout de go de « pétition d’horreur ».

Les statistiques impuissantes face à la rumeur

L’auteur du blog « Santé 2020 » hébergé par le Monde revient tout d’abord sur les très rassurantes données statistiques. « Les données de la littérature internationale et française ne montrent pas d’augmentation de l’incidence des maladies auto-immunes ni plus particulièrement de SEP après une vaccination par le Gardasil » souligne-t-il entre autres. Face à ces chiffres et sachant, rappelle-t-il que « les maladies auto-immunes surviennent souvent à partir de l’adolescence », il considère la pétition comme « un moyen pervers de déstabiliser un progrès en angoissant la population sans preuves ». Il ajoute encore que « Ce type de procédé ne peut en aucun cas servir les jeunes femmes atteintes de maladie neurologique dans les semaines ou mois qui ont suivi la vaccination. Procédés insupportables en ce qu’ils sapent les fondements d’une approche scientifique de la pharmacologie » et finit en s’interrogeant « Existe-t-il des poursuites possibles envers ceux qui colportent ce genre d’informations gratuites ? Notre société vient d’atteindre le niveau d’alerte de la bêtise et de la peur ».

L’impossible défense d’un produit pharmaceutique

Ce billet explosif (comme souvent sous le clavier de Guy Vallancien) n’est évidemment pas passé inaperçu. L’auteur du blog Hippocrate et Pindare montre ainsi son désaccord certain avec Guy Vallancien en titrant : « Le Professeur Vallancien s’interroge sur les sanctions possibles de ceux qui ne pensent pas comme lui ». Le médecin généraliste n’a en effet nullement été convaincu par l’argumentaire du professeur Guy Vallancien dont il souligne qu’il paraît être « tout droit sorti du service marketing de Sanofi comme l’écrit un commentateur signataire » de la pétition. Ainsi, il apparaît sur les blogs que comme partout ailleurs, il est impossible de prendre la défense d’un produit pharmaceutique sans être immédiatement soupçonné de corruption !

Entre lanceur d’alerte et colporteur de fausses informations : comment faire la différence ?

Puis, faisant le lien avec la récente affaire Debré/Even, l’auteur du blog Hippocrate et Pindare observe en filigrane que le professeur Vallancien essaie d’en user avec les médecins signataires de la pétition comme l’Ordre avec les deux auteurs. « Tout ce qu’il affirme doit être retenu comme la vérité vraie. Toute pensée divergente doit être sanctionnée », note-t-il avant à son tour de s’interroger « N’est-ce pas au final le professeur Vallancien qui devrait être sanctionné ? Son billet est loin d’être confraternel, non ? », finit-il. Au-delà de cette passe d’arme, au-delà même du cas Gardasil, on peut se demander si l’auteur du blog Hippocrate et Pindare, apparemment d’abord préoccupé par la protection des lanceurs d’alerte, n’a pas laissé de côté la véritable question soulevée par Guy Vallancien qui concerne la responsabilité des médecins dans la diffusion des prétendus scandales sanitaires. Une fois encore au-delà du cas précis de ce vaccin, n’appartient-il pas aux médecins, en l’absence de suspicions scientifiques réellement fondées, d’observer un certain recul face aux affaires brandies par les médias. Non pas qu’il faille les empêcher de jouer le rôle de lanceur d’alerte, mais peut-être est-il nécessaire de les inciter à la rigueur scientifique dans leur entreprise de dénonciation, en raison du poids de leur parole auprès des patients. Et dans ce cadre ne pourrait-on envisager un rappel à l’ordre de ceux qui prêtent leurs voix à des informations infondées…

Pour redécouvrir l’affaire Gardasil à la lueur des opinions très divergentes de Guy Vallancien et de l’auteur du blog Hippocrate et Pindare, c’est ici :
http://sante2020.blog.lemonde.fr/2014/04/01/gardasil-nous-revoila/
http://hippocrate-et-pindare.fr/2014/04/02/le-pr-vallancien-sinterroge-sur-les-sanctions-possibles-de-ceux-qui-ne-pensent-pas-comme-lui/

Aurélie Haroche

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Vos réactions (16)

  • Une spécificité bien française

    Le 05 avril 2014

    Venant d'un pays voisin, et néanmoins ami, ce type de "scandale" apparait hélas comme une spécificité bien française (voir celui sur l'hépatite B, à l'époque, dont la vaccination a été généralisée sans réel motif urgent par le Ministre Douste-Blazy)(et je ne parle pas de la calamiteuse campagne contre le H1N1, où Mme la Ministre a fait tout faux dans l'approche des populations: dans mon canton on était arrivé à 28 % de couverture !). Je crois que c'est la conséquence de mauvaises relations entre le gouvernement et ses administrés, et la volonté de se démarquer par ego: pays toujours royaliste dans l'âme je pense ! Et le fait que les lanceurs de fausses alertes, toujours très peu identifiés, ne sont jamais pris à partie ensuite devant les tribunaux quand leur cause se révèle fausse.

    Virgile Woringer, Lausanne

  • Principe de précaution versus progrès

    Le 05 avril 2014

    Le problème est avec les médicaments, le même qu'avec l'industrie nucléaire: le manque d'information, le manque de volonté de faire et communiquer les études réalisées en collaboration avec les sceptiques. L’intérêt du Gardasil est mis en cause depuis le début, au lieu de répondre de manière factuelle avec des études, d'accepter que l'intérêt à long terme soit encore non complètement certain, on n'a eu que des échanges d'imprécations, des affirmations d'innocuité validées uniquement par le labo et donc sujette à caution. A croire que l'histoire du vaccin contre l'hépatite B n'a apporté aucun enseignement , c'est désespérant de bêtise ! Et en l'occurrence tout le monde a raison: ceux qui s'inquiètent parce que le rapport bénéfice risque n'est pas très évident et que des interrogations persistent sur l'évolution à long terme de l’écologie virale, et ceux qui souhaitent le promouvoir dans l'espoir de diminuer les cancers du col. Comme il est impossible de savoir à l'avance ce que ça va donner, il faut avancer, mais en ayant mis en place un système de surveillance ouvert, transparent, avec la collaboration des pro et des sceptiques. C'est la seule solution pour faire disparaitre une suspicion légitime quand un produit n'est évalué que par le fabricant (et les exemples ne manquent pas pour montrer que l'on ne peut absolument pas faire confiance aux laboratoires pharmaceutiques pour évaluer objectivement leurs produits). Par la même occasion, si l'agence du médicament pouvait devenir aussi transparente, ouverte à la contradiction ça lui rendrait une certaine légitimité. Et il faut arrêter de prendre le bon peuple pour un ramassis de crétins. La révolution internet est en marche il faut en tenir compte sinon les scientifiques resteront isolés dans leur tour d'ivoire, n'en sortant que traînés au tribunal.

    Jean-François Pion

  • Les raisons de la pétition sur le Gardasil

    Le 05 avril 2014

    Cet article occulte l'essentiel; à savoir qu'avec le dépistage et probablement l'usage du préservatif , l'incidence du cancer du col a diminué de 50% en 20 ans, malgré un dépistage anarchique et le fait que les femmes des milieux défavorisés, les plus à risque, se font moins dépister. Les pays qui ont organisé le dépistage organisé ont vu l'incidence et la mortalité de ce cancer s'effondrer en quelques années (voir en particulier la Finlande et le Royaume uni).
    En France, le haut conseil de la Santé Publique avait demandé de développer le dépistage organisé avant de commercialiser les vaccins anti-HPV. Mais l'intérêt financier de Sanofi Pasteur a primé sur la santé publique. Alors que l'étude Futur 2 (Gardasil versus vaccin Anti HVA) montrait en intention de traiter une diminution de seulement 17% d'incidence de CIN 3, ce vaccin a été lancé dans des conditions scandaleuses avec un matraquage publicitaire délirant, culpabilisant les mères, développé dans tous les média, jusque sur les abris-bus, faisant du cancer du col un véritable fléau (il tue 10 fois moins que le cancer du sein : Incidence annuelle: 3000, décès 1000 au lieu de 11 000 pour le cancer du sein). Ce vaccin vendu à un prix prohibitif à près de 400 € les 3 doses est donc remboursé par la CNAM. Les possibilités financières n'étant pas illimitée, c'est de l'argent qui n'a pas été investi dans le dépistage organisé, dont on a démontré qu'il réduit en quelques années l'incidence et la mortalité par cancer du col. Si le frottis n'a pas d'effets secondaires majeurs, ce n'est pas le cas de toute intervention par médicament ou vaccin. Il fallait peser le rapport bénéfices risques du vaccin par rapport au dépistage organisé. voilà le véritable scandale; ceux qui ne veulent pas voir ça, comme le Pr Vallancien accusant les signataires de faire une "pétition d'horreur " se font les complices d'une véritable défaite de la santé publique. Bien plus ils veulent comme le CNOM avec les Pr Even et Debré interdire toute opinion contraire au discours dominant et à l'intérêt commercial bien compris de Big Pharma. Nous réclamons une enquête sur ce vaccin, car c'est aussi de la responsabilité des pouvoirs publics. C'est une exigence professionnelle et citoyenne car c'est aussi toute la population qui est concernée. Nous savons que dans ce pays la santé de l'industrie pharmaceutique prime sur la santé publique, comme on vient de le voir avec le refus du déremboursement de l'Art 50 par le Conseil Constitutionnel, malgré la demande de l'ANSM en raison d'un rapport bénéfices-risques défavorable. Nous allons donc rester très vigilants jusqu'à ce qu'une enquête parlementaire sur les vaccins anti-HPV soit réalisée. J'ai pratiqué la Médecine Générale pendant 39 ans et je suis formateur à la SFTG.

    Dr Alain Siary

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