Covid : et si nous étions les seuls à pouvoir en finir avec ce jour sans fin ?

Paris, le vendredi 17 décembre 2021 – Certains veulent encore y croire. Et leur espoir du moment s’appelle Omicron. Si ce nouveau variant de SARS-CoV-2 pouvait grâce à sa grande contagiosité et à sa probable faible virulence transformer la Covid en un rhume sans gravité, alors l’épidémie prendrait fin et une à une toutes les mesures auxquelles nous nous sommes habitués (masques, contrôles sanitaires, isolements etc.) disparaîtraient. Mais dans le marasme de ces derniers jours, avec les alertes et les superlatifs employés par les dirigeants britanniques s’inquiétant de la déferlante Omicron, avec le retour des jauges et autres simili confinements partout dans le monde, avec les appels de toute part à recevoir une troisième dose, pour l’heure, l’espoir semble encore illusoire. Le jour sans fin ne semble pas prendre fin.

Dans Marianne, la directrice de la rédaction Natacha Polony résume : « C’était il y a deux ans, et nous voilà repartis. « Il faut sauver Noël », nous répètent à l’envie les commentateurs. Cinquième vague, variant Omicron, tout y passe. L’objectif : nous convaincre que le regain épidémique est « fulgurant » selon le mot du porte-parole du gouvernement. Mince alors, mais nous pensions avoir tout bien fait : première dose, deuxième dose, masque et gestes barrières, passe sanitaire dans chaque bistrot, pour chaque séance de cinéma… Et c’est le retour de Jean Castex sur nos écrans, pour nous dire qu’il va falloir être raisonnables et qu’il faut penser à ouvrir les fenêtres… Et le président du conseil scientifique, le Pr Delfraissy, à la sortie de la commission des Affaires sociales du Sénat, déclare benoîtement, alors que chacun cherche une troisième dose pour ne pas être privé de son passe sanitaire, qu’il « est possible que nous ayons besoin d’une quatrième dose ». À la limite du burlesque. Et sur les plateaux de chaînes d’info, le défilé des médecins, qui se demandent aussitôt s’il ne faudra pas aller plus loin, fermer les écoles, les restaurants, et qui piaffent : "À quand la vaccination des enfants ?" ». Cet éternel recommencement avec ces quelques variantes sont d’autant plus inquiétants que l’habituation que nous évoquions pourrait bientôt glisser vers la pérennité. Et ce d'autant plus comme le rappelait dans le Figaro Samuel Fitoussi (consultant dans le domaine de l’éducation) il y a quelques semaines que : « Il n'y a plus «d'étape d'après» (la troisième dose ? Mais la situation se répétera à l'identique dans quelques mois avec la quatrième). Une restriction que l'on juge légitime aujourd'hui n'aura pas moins de légitimité dans huit ans ».

Que sommes nous devenus ?

Or, les limitations que nous avons consenties sont loin d’être complètement marginales et dérogent parfois au pacte social classique qui veut qu’une société protège ceux qui acceptent de lui concéder une partie de leur liberté. « Peut-être serait-il temps de regarder avec lucidité ce que le Covid a fait de nous » estime Natacha Polony qui poursuit : « On a presque oublié la phase de panique absolue (…). Cette trouille quasi viscérale s’est amenuisée. Ou plutôt, elle s’est politisée. On a eu très peur de mourir, et l’on en veut à ceux qui pourraient nous faire replonger. Alors, les convaincre, ces récalcitrants, c’est trop long, trop compliqué. Puisqu’on est dans le vrai, la raison, la science, on ne va pas s’embarrasser. Distinguer entre les excités persuadés qu’un complot mondial expérimente des produits dangereux sur les populations et les citoyens qui font valoir que jouer sur les peurs ne devrait jamais être une politique dans une société démocratique ou qu’il n’y a aucun argument rationnel pour que le vaccin, fondamental pour les adultes, devienne quasi obligatoire, via un passe sanitaire, pour des enfants à qui le virus occasionne, dans l’immense majorité des cas, un simple rhume (sauf si l’on considère qu’ils doivent venir compenser le nombre de non-vaccinés parmi les adultes à risque) ? Hors de question ! Tous dans le même sac » observe-t-elle.

Bouc émissaire

Cette triste société qui s’applique à désigner des boucs émissaires est également décrite par l’essayiste Mathieu Slama dans le Figaro : « La figure du non-vacciné est devenue au fil des mois, à mesure que la politique vaccinale devenait de plus en plus autoritaire, une sorte de citoyen à part, réduit à son statut sérologique et diabolisés en permanence par un pouvoir qui en a fait le bouc émissaire de la crise. (…) Le bouc émissaire est à la fois celui qui concentre toute la responsabilité de la crise et celui qui garantit, par son sacrifice, le maintien de l'ordre social. (…) Les contextes changent, mais les mécanismes anthropologiques perdurent. La crise du Covid-19 n'y échappe pas. Face à une épidémie sans fin et un climat de peur savamment entretenu par les gouvernements pour favoriser l'acceptabilité de leurs mesures liberticides, les non-vaccinés sont devenus les boucs émissaires de la crise sanitaire, ceux par lesquels l'épidémie perdure et «rebondit» (selon le mot consacré). (…) . Quant au passe, il agit comme une sorte de certificat de pureté et de vertu, séparant les purs (vaccinés) des impurs (non-vaccinés), les vertueux des immoraux, les responsables des irresponsables. Il matérialise la stratégie du bouc émissaire en marginalisant socialement, de manière concrète, ceux qui sont rendus responsables du malheur. (…) Mais une telle manipulation n'est possible que s'il y a, déjà là, une société prête à accepter la désignation d'un bouc émissaire (…). Si les peuples sont majoritairement en faveur de mesures restrictives accablant les non-vaccinés, c'est qu'ils ont besoin d'entendre ce discours et de diriger leur colère vers une victime sacrificielle. Le non-vacciné est une figure indispensable à la crise, parce qu'elle répond à un besoin de désigner un coupable » écrit-il en citant le philosophe René Girard qui a remis au gout du jour la notion de bouc émissaire dans les années 70.

Le harcèlement désirable

Cette dernière est également convoquée par l’anthropologue Danièle Dehouve qui remarque : « Le problème des «logiques d'accusation» est qu'elles relèvent de mécanismes anthropologiques qui n'ont rien à voir avec la science. Depuis que la vaccination généralisée en Israël a été suivie d'une vague de contaminations, on sait que la vaccination n'empêche pas d'être positif, ni même malade. Alors comment croire que 6 millions de Français non vaccinés sont responsables de la cinquième vague ? D'autant que les vaccins «proposés» ne peuvent déjà plus répondre très efficacement aux nouveaux variants émergents… (…) Comment expliquer que ces mesures n'aient pas suscité plus de critiques ? Une seule réponse est possible : les valeurs démocratiques communes ont été balayées par un mécanisme plus profond, celui de la construction du responsable du malheur collectif. Encore plus grave, on a créé les conditions de mécanismes de harcèlement. La désignation du responsable à la vindicte populaire n'aboutit pas, comme dans un petit village africain, à l'expulsion d'un homme, mais à la construction d'un groupe de responsables. Dès lors, n'importe qui se rattachant à ce groupe peut être considéré comme coupable, même un enfant. Alors que la lutte contre le harcèlement a été reconnue (en accord avec nos valeurs démocratiques) comme un objectif prioritaire dans les écoles qui sont particulièrement touchées par ce phénomène, on pousse aujourd'hui les professeurs et les élèves, à partir du collège, à s'enquérir du statut vaccinal de chacun, à l'encontre de tout principe de secret médical et en sachant que cela ne peut que déclencher des réactions de harcèlement. Mais celles-ci deviennent alors moralement acceptables, pour ne pas dire désirables » remarque-t-elle.

Tout ça finira mal (et pas seulement à cause du virus)

Face à la gravité de leur diagnostic, diagnostic qui bien sûr pourra être discuté voire moqué par ceux qui sont d’abord préoccupés par l’urgence sanitaire, ces analystes appellent à dire stop. « Rappelons-le : on ne saurait faire durablement société dans la recherche permanente d'un coupable. La stratégie du bouc émissaire est une solution de court terme, mais qui menace notre société libérale et démocratique dans ses fondements mêmes. Comme le rappelle René Girard, «on ne manquera pas de faire remarquer qu'un bouc émissaire, aussi puissamment rejeté puis adulé soit-il, ne saurait éliminer la peste » » » conclut- ainsi Mathieu Slama tandis que Natacha Polony prédit : « Les Français, bien sûr, iront se faire vacciner pour la troisième fois. Certains, même, resteront convaincus qu’il n’y a de choix qu’entre fermer les écoles ou vacciner les enfants, et qu’on pourrait même enfermer les antivax parce qu’il n’y a pas de liberté pour les ennemis de la liberté. Ils attendront que les variants aient fait le tour de l’alphabet grec et rêveront toujours d’une éradication totale du virus. Mais quand surgiront d’autres problèmes à arbitrer collectivement, l’abandon de la démocratie aujourd’hui consenti laissera voir ses conséquences ».

De la difficulté de décider d’en finir

Il ne semble qu’il n’y ait qu’un moyen de prévenir cette catastrophe démocratique annoncée, qu’une manière de mettre fin à cet éternel recommencement, c’est de le décider. Bien plus facile à dire qu’à faire face à la violence de certaines vagues. Ainsi, on se souvient en relisant Samuel Fitoussi que le même Boris Johnson qui aujourd’hui multiplie les mesures disait en juillet « pour justifier la levée de toutes les restrictions légales, y compris l'obligation du masque dans les transports : «Si pas maintenant, quand ?» ». Difficile aussi tant nous semblons programmés pour préférer l’action : « Aujourd'hui encore, nos cerveaux nous poussent encore à considérer que face à un problème, l'action est toujours préférable à l'inaction. Ce biais (théorisé pour la première fois en 2000 par les économistes Patt et Zeckhauser) explique par exemple pourquoi l'homéopathie et la chloroquine plaisent tant, ou encore pourquoi les gardiens de but choisissent presque toujours, pour arrêter un penalty, de plonger alors que statistiquement, ils ont intérêt à rester au milieu. (…) Face à la hausse du nombre de contaminations mi-juillet, il devient évident pour la plupart des Français qu'il «faut» agir, qu'il «faut» inciter à la vaccination. Succombant au biais d'action («Mais quelle alternative y avait-il au passe sanitaire ?») nous oublions qu'il existait une alternative simple au passe sanitaire : pas de passe sanitaire » écrit-il. Il faudrait pouvoir décider de ne pas agir, renoncer à notre orgueil qui nous convainc que la disparition ou le contrôle de l’épidémie sont possibles : « Et puisque l'on peut affirmer que le port du masque à l'école ne sera pas acceptable pour l'éternité, la pandémie ne sera terminée que lorsque nous aurons décidé qu'elle l'est, lorsque nous aurons décrété que le Covid est désormais un virus au nom duquel on ne peut plus sacrifier les libertés individuelles pour promouvoir l'intérêt général », martèle Samuel Fitoussi.

La fin du passe et la liberté pour les enfants

Pour ces analystes, la première action serait d’abord d’en finir avec le passe sanitaire, ne serait-ce que parce que son efficacité pour réduire la circulation du virus semble très faible et parce qu’il conviendrait de pouvoir utiliser d’autres méthodes pour convaincre de la nécessité de se faire vacciner (et revacciner). C’est la position, outre de la plupart des contributeurs que nous avons cités, du groupe Générations Libres (qui vient de publier une analyse sur le sujet) ou du docteur Martin Blachier. Ce dernier prône également le retour à la normale dans les écoles et la vaccination obligatoire des seuls sujets à risque (quel que soit leur âge). D’une manière générale, ces observateurs convergent pour considérer que le symbole que représentent les contraintes (actuelles voire futures) qui pèsent sur les enfants (qui constituent eux aussi d’une certaine façon des boucs émissaires dans cette crise) doit être l’objet d’une prise de conscience. Prise de conscience dont le résultat pour eux est la mise en évidence que les enjeux dans ces contraintes ne sont pas nécessairement scientifiques et médicaux.

Ainsi, Martin Blachier explique dans une pétition lancée en collaboration avec la psychologue Marie-Estelle Dupont,  qui a suscité une importante controverse et un clair rejet détaille : « Au vu des données scientifiques disponibles sur la circulation virale dans les différentes classes d'âge (taux de positivité supérieur chez les plus de 40 ans par rapport au moins de 12 ans), sur l'absence de risque de formes graves de la maladie covid19 chez les enfants de moins de 12 ans non à risque, de la vaccination des enseignants qui le souhaitent avec 3 doses de vaccins ARN qui protège à plus de 98 %,de l'impact des mesures sanitaires en cours sur l'apprentissage et la qualité de développement de nos enfants (25 % des hospitalisations des enfants sont en pédopsychiatrie, 22 % de baisse de QI des enfants pendant la crise; nous demandons à ce que les conditions de vie scolaire soient ramenées à la normale à partir du 3 janvier sans aucune condition vaccinale en dehors des 5 % d'enfants à risque. C’est-à-dire la fin du port du masque en classe et lors des activités extérieures, l'absence de toute pression vaccinale sur les enfants sans comorbidités majeures ainsi que la fin des évictions scolaires pour les enfants positifs au covid ».

Bien sûr cette pétition n’a aucune chance d’aboutir et les positions exprimées dans ces colonnes on le sait suscitent toujours d’importantes crispations de la part de ceux qui épuisés voient les vagues se succéder sans répit, mais elle interroge néanmoins sur ce moment où sera décrété le retour à la normale, qui apparaît aujourd’hui de plus en plus hypothétique.

On pourra relire sans fin :

Samuel Fitoussi
Mathieu Slama
Danièle Dehouve
Martin Blachier


Aurélie Haroche

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Vos réactions (31)

  • Votre brassage d'idées pour le moins confus

    Le 18 décembre 2021

    " Omicron. Si ce nouveau variant de SARS-CoV-2 pouvait grâce à sa grande contagiosité et à sa probable faible virulence transformer la Covid en un rhume sans gravité, alors l’épidémie prendrait fin et une à une toutes les mesures auxquelles nous nous sommes habitués (masques, contrôles sanitaires, isolements etc.) disparaîtraient." Seul message intéressant à retenir de votre article.

    Pour le reste, lamentable ! Telles vos références à Natacha Polony que "l'on pourra relire sans fin" sont surprenantes! Pour qui "roulez-vous"?

    Danielle Roquier-Charles (pharmacien)

  • Ils ont raison d’avoir tort

    Le 18 décembre 2021

    Relire sans fin un texte de 30 minutes de lecture co écrit par des philosophes plus que des médecins est une solution à l’oisiveté totale et favorise une forme d’inaction qu’on appelle la réflexion.
    Ils raisonnent, c’est leur métier. Tout ce qu’ils disent nous le savons, les portes ouvertes s’enfoncent une à une l’histoire du bouc émissaire est une belle histoire juive qui remonte à l’horreur sacrificiel du fils par le père et voilà nos beaux parleurs terrorisés par les complotistes au moment de vacciner les enfants ! Quel risque y aurait il a le faire ? Puisqu on les protège d’une maladie qui a peut être un avenir qui leur sera ainsi moins néfaste. Pourquoi les vacciné t-on du tétanos alors qu’ils ne jardinent pas encore ? Parce que nous les protégeons pour l’avenir.
    Si on veut ne se vacciner que tous les 20 ans il faut commencer dans l’enfance et probablement à l’âge de 2 ans !
    On ne les vacciné pas pour mettre fin à la pandémie !
    Ça c’est une illusion parisienne comme lorsqu'on leur a parlé de Chloroquine ils ont cru que la panacée était trouvée, mais ces manichéens simplistes voyant que le résultat n’était pas total en firent du pipi de chat alors que l’hydrxychloroquine a une efficacité modeste mais intéressante compte tenu de son coût et à côté du rien qu'elle soit utilisée au début ou en prophylaxie. La démonstration en Ehpad n’a toujours pas été faite en double aveugle mais en simple aveugle c’est fait !

    Nous sommes en phase 3 du vaccin oui c’est pas simple non tout n’est pas parfait oui beaucoup reste à comprendre et l’originalité c’est que comme pour les anticancéreux l’autorisation temporaire d’utilisation fait de nous tous les cobayes ce qui gène nos élites qui auraient préféré que comme d’habitude le Bangladesh ou la plèbe de nos pays des étudiants sans ressources restent cobaye les 10 ans nécessaires en moyenne à établir une vérité un protocole qui évite aux élites de persiffler sur le nombre de dose et l’intervalle entre elles !

    Patientez enfants philosophes, la science est en marche nous y participons tous, le pass sanitaire est une ruse carotte plus que bâton pour le bien des jeunes ignares que vous démontrez être encore un peu : vaccinez vous et n’en dégoûtez pas les autres !

    Dr François Roche

  • De beaux discours très loin de la réalité

    Le 18 décembre 2021

    Tout cela est bien gentillet, des discours d'intellectuels ou de philosophes qui n'ont jamais mis les pieds dans une réanimation, ni intubé une adolescente en rémission d'une leucémie, arrivée en détresse respiratoire.

    Ils n'ont jamais été confrontés au choix dramatique de ce réanimateur qui ne peut pas prendre dans son service, faute de place, cet homme de 45 ans avec une saturation à 80, contaminé par son fils de 10 ans qui a ramené le virus de son école.

    Et quelle est la situation psychologique de ce jeune qui à transmis le virus à sa mère décédée car elle avait pas déclaré qu'elle avait en fait un faux pass sanitaire.

    C'est cela la réalité, et c'est bien loin de ces discours moralisateurs.
    Tous ces beaux parleurs, Natacha Polony, Samuel Fitouss, Mathieu Slama, Danièle Dehouve, Martin Blachier,que proposent-ils donc de radical pour arrêter cette épidémie?
    Hélas rien!

    Dr JG

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