L’épigénétique peut-elle "expliquer" l’homosexualité ?

Paris, le jeudi 13 décembre 2012 – Les études semblant mettre en évidence un « gène » de l’homosexualité ont été nombreuses par le passé. La publication de ce type de travaux suscite toujours la controverse, notamment parce que certains redoutent que cette traque d’une cause génétique de l’homosexualité ne trahisse la persistance d’un vieux fantasme selon lequel on pourrait, voire même il faudrait, la « soigner ». Au-delà de ces polémiques et inquiétudes, le sujet continue à passionner certaines équipes. Ainsi, dans le dernier numéro de la Quaterly Review of Biology, deux chercheurs américains et un scientifique suédois émettent une nouvelle hypothèse : l’épigénétique pourrait permettre de « comprendre » les mécanismes en jeu dans l’homosexualité.

Des épimarqueurs « sexuellement opposés »

La thèse de ces chercheurs est évoquée par le journaliste scientifique canadien Jean-François Cliche sur son blog « Sciences dessus dessous ». Le point de départ des trois chercheurs concerne l’exposition fœtale aux androgènes. Cette dernière, rappelle Jean-François Cliche est loin d’entraîner systématiquement les mêmes effets. « Il se trouve beaucoup de cas de fœtus-filles surexposés à la testostérone et de fœtus-garçons sous-exposés qui ne présentent aucun problème de développement » (du type cryprotchidie pour les garçons) souligne-t-il. Comment expliquer ces différences ? A cause des épimarqueurs qui permettent de protéger les foetus, quel que soit leur sexe, des effets d’une sur ou sous exposition aux androgènes. Ces épimarqueurs « apparaissent dès les premières divisions cellulaires et tous les épimarqueurs des parents sont alors effacés. Enfin tous ou presque » décrypte Jean-François Cliche. Les auteurs de ce travail signalent en effet que « des études sur la souris et sur l’homme démontrent clairement que la transmission d’épimarqueurs d’une génération à l’autre survient à des taux non négligeables ». Concernant plus précisément le sujet de l’étude, Sergey Gavrilet, directeur de recherche au sein de l'Institut américain de recherche mathématique et biologique (NIMBioS) qui a participé à l’étude explicite : « la transmission de marqueurs sexuellement opposés entre les générations est le mécanisme évolutionnaire le plus plausible pour expliquer l'homosexualité humaine ». Pour étayer leur théorie, les auteurs proposent en outre un modèle mathématique.

« Des arguments pas extravagants »

Quel regard porter sur ces résultats ? Jean-François Cliche le sait (et les nombreux commentaires que son post a entraînés le confirment), il faut sur ces sujets se montrer prudent. Il note ainsi que « cela ne reste (…) qu’une hypothèse qui vient s’ajouter à une longue liste ». Il observe cependant que « l’article a été bien accueilli par la communauté scientifique jusqu’ici ». Une appréciation semblable se lit chez la blogueuse du Huffington Post, le docteur Ariane Giacobino qui remarque : « Cela n’est qu’un modèle proposé, sur les connaissances mathématiques et biologiques, donc ils n’ont rien mesuré ou analysé épigénétiquement, mais c’est une hypothèse qui bien que compliquée et cherchant une "justification biologique" utilise des arguments qui ne sont pas extravagants ». Affaire à suivre donc.

Léa Crébat

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