Où l’on reparle des OGM

Paris, le samedi 3 juin 2017 – Les réticences liées aux plantes génétiquement modifiées sont telles en France que le sujet est presque quasiment boudé. Rares sont en effet encore ceux qui s’essayent à défendre cette technologie et à relativiser les craintes concernant sa dangerosité. Les choses sont très différentes outre-Atlantique ou les organismes génétiquement modifiés (OGM) sont très implantés, mais où les polémiques sont cependant également assez nourries.

Mutations imprévues

Ainsi, le journaliste scientifique canadien, Jean-François Cliche relaie sur son blog les commentaires suscités par de nouveaux travaux mettant en jeu l’utilisation de la technique d’édition du génome CRISPR-Cas9 publiés dans la revue Nature Methods. « L’étude en question consistait à prendre des souris génétiquement modifiées pour être aveugles dès la naissance et à les traiter avec CRISPR. Cela a très bien fonctionné, mais les auteurs ont par la suite voulu savoir si leur "ciseau génétique" avait introduit des mutations accidentelles dans d’autres gènes. Ils ont donc "lu" le génome entier de deux de leurs souris et en descendant jusqu’aux plus petites mutations possibles, ils ont trouvé littéralement "des centaines de mutations inattendues". Comme la plupart se retrouvent chez les deux souris, il est inconcevable que ces changements soient dus au hasard : CRISPR semble bien introduire des mutations à des endroits où il ne doit pas, en principe, y en avoir, ce qui indique que la technique n’est pas, pour l’instant, aussi précise qu’on l’espère » résume Jean-François Cliche. Cette information a réveillé sur les réseaux sociaux les inquiétudes des groupes opposés aux plantes génétiquement modifiées. Ces derniers, note Jean-François Cliche, dont le ton laisse peu de doutes sur ses sentiments à l’égard des opposants aux OGM  « se sont mis à relayer la nouvelle avec enthousiasme comme si l’étude confirmait toutes leurs craintes antérieures ». Mais Jean-François Cliche invite à relativiser. D’abord, il rappelle qu’en agriculture, il y a « toujours plein de mutations imprévues, même avec les méthodes naturelles ».

Rien de nouveau sous le soleil

Par ailleurs, il insiste sur le fait que les limites actuelles de CRISPR-Cas9 étaient déjà connues. « La publication (…) ne fait que (re)confirmer ce qu’on savait déjà. Tout le monde dans le domaine sait très bien qu’il reste du travail à faire pour s’assurer que CRISPR ne cible bien que le bout d’ADN qu’il faut changer, et que c’est particulièrement important pour d’éventuelles applications médicales (…). Il y a quelques mois déjà, un des leaders mondiaux de la thérapie génique, James Wilson, me disait ceci lors de son passage à Québec : "Il faut que ce soit très spécifique parce qu’il ne faut pas endommager le reste de l’ADN (…) la réponse courte, c’est qu’on doit surmonter les mêmes défis pour CRISPR que pour la thérapie génique «classique», mais qu’en plus de ça, la nature plus complexe de l’édition génétique engendre des inefficacités et possiblement des questions sur l’innocuité"» relaie-t-il.

Réactions électriques

Dans ce contexte, les commentaires multiples suscités par la publication de Nature Methods lui paraissent injustifiés et malhonnêtes quand ils présentent les résultats comme une catastrophe insoupçonnée. Plus globalement, il considère que renoncer à une méthode telle que CRISPR Cas-9, qu’il s’agisse de ses applications médicales ou agricoles, au prétexte que des améliorations sont encore nécessaires, constituerait une erreur, contraire à l’expérience scientifique séculaire. « Comme si on avait abandonné l’électricité tout de suite après son invention sous prétexte qu’on pouvait prendre des chocs, alors qu’il s’agissait simplement d’apprendre à s’en servir » conclut-il. 

Le meilleur et le pire

Cette défense de CRISPR-Cas9 et au-delà des OGM est un nouvel exemple de la façon dont certaines données scientifiques peuvent être utilisées en vue de justifier la peur de certains progrès. Il est en outre intéressant de constater comment une même méthode peut tour à tour être vantée un peu précocement pour ses aspects révolutionnaires et ses promesses médicales et devenir immédiatement après une technique à bannir et symbole des dérives les plus menaçantes de notre époque.

Les OGM bénéficient-ils seulement aux riches ?

L’argumentation pour rejeter les plantes transgéniques modifiées est également régulièrement d’ordre politico-économique : le spectre des grandes entreprises prédatrices (et elles aussi manipulatrices) est brandi pour inviter à se méfier de ces innovations. Mais ici encore, un récent article publié sur le blog Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels, invite à relativiser cette appréhension. S’intéressant à l’utilisation des OGM au Bengladesh, ce texte signé par Steven E. Cerier économiste international relève : « Beaucoup de militants anti-OGM se plaignent que la technologie des OGM est dominée par quelques agro-entreprises, créant ainsi un monopole sur la technologie. Ils soutiennent également que la technologie ne bénéficie pas directement aux consommateurs, mais est plutôt dominée par les grands agriculteurs des pays riches qui cultivent du soja, du maïs et du cotonnier. C'est un point de vue infirmé par l'application de la technologie GM par le Bangladesh. La culture du brinjal Bt fait partie d'une collaboration internationale entre le Département de l'Alliance pour la Science de l'Université Cornell et l'Institut de Recherche Agricole du Bangladesh (BARI), sans participation d'entreprises du secteur privé ; elle bénéficie directement aux petits agriculteurs pauvres, en les aidant à augmenter leurs faibles revenus » détaille l’auteur. L’économiste souligne encore que le développement des cultures transgéniques au Bengladesh est regardé avec un brin d’agacement par son géant de voisin, l’Inde. « Il est ironique que les agriculteurs du Bangladesh cultivent actuellement du brinjal BT qui a été développé à l’origine en Inde et qui n’a pas pu y être autorisé en raison de l’opposition idéologique » déplorent en effet certains éditorialistes indiens, soulignant le caractère complexe des choix concernant les OGM, choix très influencés aujourd’hui par le bruissement des réseaux sociaux autour d’études telle celle parue dans Natural Methods.

Si vous aussi vous êtes un peu nostalgique des grandes envolées autour des OGM qui aujourd’hui sont bien moins fréquentes dans notre pays et que vous estimez que le sujet mérite mieux qu’une opposition servile, vous pouvez vous rendre sur les blogs de :
Jean-François Cliche : http://blogues.lapresse.ca/sciences/2017/05/31/ogm-la-magie-du-pr-et-des-reseaux-sociaux/
Et Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels : http://seppi.over-blog.com/2017/05/l-adhesion-du-bangladesh-a-la-technologie-des-ogm-peut-favoriser-l-innovation-dans-les-pays-en-developpement.html

Aurélie Haroche

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