Parfois, tout va bien

Paris, le samedi 15 septembre 2018 – Les blogs ne sont pas que des espaces où l’on s’interroge sur les bonnes ou les mauvaises raisons qui font le succès des médecines alternatives, les évolutions du métier de médecin, les enjeux idéologiques associés aux soins. Ce sont également des lieux de confidence sur la relation médecin/malade. Ici, il est bien sûr fréquemment question du difficile équilibre entre accompagnement et écoute, recommandation et invitation, entre la volonté de guider et la crainte d’être jugé trop intrusif. Les nouvelles exigences et les influences d’internet sont discutées à l’infini dans ces posts. Mais parfois, il s’agit simplement de savourer la douceur d’accueillir des personnes confiantes dans son cabinet, de découvrir des tranches de vie et parfois de les sauver. Ces billets ne sont pas toujours considérés comme les plus incisifs et ne sont pas les plus lus ou les plus commenéts. Ils ne sont pas nécessairement ceux qui alimentent les réflexions les plus complexes. Cependant, les soirs où l’exaspération grimpe face à la tracasseries des caisses où l’on se sent plus ulcéré que jamais par les tâches administratives et les outrecuidances de certains patients, se souvenir de ces instants délicats permet de rassurer et de conforter le praticien dans son désir de continuer.

Empathie, bienveillance, disponibilité

Ce peut-être le simple mais inhabituel fait pour les patients de dire "merci". Ainsi, le CHU de Toulouse publie sur son site la lettre des deux filles d’une patiente hospitalisée en cardiologie. Si la missive n’est pas détaillée, certains éléments permettent de deviner une situation très préoccupante . « Merci d’avoir su vous mettre à notre portée pour nous expliquer des choses complexes et pas facile à entendre » écrivent ainsi les deux filles. Pourtant, en dépit de cette lourde charge émotionnelle, la lettre égrène les remerciements, et tous font écho à des doléances souvent exprimées par les professionnels de santé ou d’autres observateurs. Quand les premiers évoquent régulièrement leur manque de temps qui les empêche d’accompagner les proches, les deux femmes saluent : « merci de respecter si bien les patients et les familles » ou encore « merci de votre disponibilité ». Quand certains ont voulu dessiner une communauté médicale brutale, la lettre énumère : « Merci de votre empathie (…) merci de votre communication bienveillante ». Un tel courrier offre une lumière très différente du tableau régulièrement dépeint de la dispensation des soins dans les hôpitaux publics.

Famille

Parfois, plutôt qu’une lettre, un mail ou un message sur les réseaux sociaux, les patients choisissent de se déplacer eux-mêmes. Ainsi, il y a quelques jours, le service de pneumologie pédiatrique du CHU de Montpellier a reçu une jeune anglaise prise en charge deux ans plus tôt lors d’un voyage scolaire. Présentant une grave infection pulmonaire, l’adolescente avait été prise en charge en urgence par les équipes du CHU de Montpellier et avait pu être sauvée. Deux ans plus tard, elle est venue faire une visite surprise à ses anciens médecins et infirmières pour leur adresser un message touchant : « Vous êtres notre famille française, vous êtes dans notre cœur pour toujours » a témoigné Nell.

Naissance

Mais ce n’est pas toujours l’exceptionnel qui fait naître ce type de message et ce sont parfois les soignants qui font eux-mêmes la liste des instants à remercier. Ainsi, la sage-femme auteur du blog 10lunes évoque dans un récent post la façon dont, au cours des séances de préparation à l’accouchement, elle et le groupe de futurs parents sont parvenus à amadouer un père d’abord récalcitrant et hostile. Quand, ce dernier est venu au lendemain de la naissance de ses jumelles embrasser la maïeuticienne, cette dernière a savouré ce minuscule instant. « A chaque séance, il s’est révélé de plus en plus prolixe, de plus en plus souriant » raconte-t-elle avant de conclure : « Alors oui, ma joue râpée par une barbe mal rasée brûle un peu. Mais ça fait plaisir ! ». 

Ça vaut le coup

Ce ne sont pas nécessairement des exploits médicaux, des prouesses technologiques, mais ce sont des rencontres qui ne peuvent que susciter le sourire. Le médecin généraliste auteur du blog Farfadoc en fait la liste dans un de ses derniers posts, réponse à une de ses consoeurs remplaçantes ayant considéré la médecine générale comme « ennuyeuse » et l’assimilant à de « l’abattage ». Elle raconte les dessins d’enfant accrochés dans son cabinet, les petits garçons voulant être mesurés toutes les semaines, les patients qui évoquent leur fierté d’être parvenus à suivre leur traitement ou à faire les exercices recommandés, l’enthousiasme et la confiance des malades. « Adélaïde, 6 ans, me demande quel bruit fait son cœur. Je lui fais écouter. Elle me regarde en me disant : " c’est trop beau ! ". Elle a raison (…). Jacques 66 ans, qui n’aime pas attendre et prend le premier rendez-vous de la journée, a vu le grand professeur du grand CHU qui lui a ajouté un traitement pour son diabète pourtant parfaitement équilibré. Il ne l’a pas pris, parce qu’il voulait qu’on en discute avant » raconte-t-elle par exemple. Elle finit par conclure sa litanie. « Et c’est comme ça tous les jours. Tous les jours des histoires, des aventures, des discussions, de la vie (…). Alors oui, au milieu de ça, il y a aussi de la rage, et de l’impuissance et de la tristesse, et du ras-le-bol. Les injustices, les imbroglios administratifs, les demandes abusives, les choses qui ne se passent pas comme elles devraient (…). Les délais pour les examens et avis spécialisés qui s’allongent, la souffrance au travail, la souffrance tout court. Mais malgré ça, pour le moment, je trouve toujours que ça vaut le coup. Parce que c’est le contraire d’un métier chiant. Et parce que j’ai l’impression de faire un tout petit peu quelques chose pour aider ».
Une belle façon de voir les choses en cette rentrée.

Pour que pour une fois, tout se passe bien, vous pouvez lire :
La lettre adressée au CHU de Toulouse : http://www.chu-toulouse.fr/merci
Le témoignage de la sage-femme de 10lunes : http://10lunes.com/2018/08/piquant/
Et celui de Farfadoc : https://farfadoc.wordpress.com/2018/08/30/teambisounourse-la-mg-cest-la-vie/

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Joli billet

    Le 15 septembre 2018

    C’est vrai que toutes ces belles histoires continuent à me rendre heureux et fier d’être médecin.
    Difficile de quantifier la satisfaction des patients dans un hôpital : pas d’indicateur!
    DMS et IPDMS sont les seuls regardés par les tutelles.
    Il faut lutter pour garder un ration IDE/Médecin/Patient le plus satisfaisant possible afin de pouvoir toujours avoir un peu de temps pour parler à nos patients.
    Le sens de notre métier ne vient pas uniquement de nos compétences techniques…

    Dr C Bretelle

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