Un post feel good !

Paris, le samedi 26 août 2017 – La citation mille fois répétée de Gide qui assénait qu’ « on ne fait pas de bonne littérature avec des bons sentiments » suffit à expliquer pourquoi les romans « feel good », pour reprendre l’expression en vogue, qui inondent les étals de nos librairies ne demeureront sans doute pas au panthéon des belles lettres. Néanmoins, la tendance est évocatrice d’un besoin de l’époque de cesser de se focaliser sur les désastres et les désespoirs et de se concentrer tout autant sur ce qui fonctionne, se répare, se retient même dans les situations les plus sombres.

Derrière les dénonciations médiatisées…

En médecine, les belles histoires sont légions, mais elles sont enfouies sous l’inévitable fardeau de la peur et de la souffrance, mais aussi de la moins inévitable hostilité. L’ambivalente relation médecin/malade, qui n’est pas uniquement tissée de confiance, mais également empreinte de réticences et d’une certaine tendance à rejeter sur celui qui annonce la responsabilité du verdict, n’échappe pas aujourd’hui à une certaine forme de revendication et de suspicion. On traque chez le praticien les traces de maltraitance, les dérapages non contrôlés, le manque d’attention. Mille fois dénoncés, ces médecins qui ne disent pas bonjour, ces infirmières qui ne vous regardent pas, ces praticiens qui assènent brutalement un diagnostic ne sont pourtant pas l’exact reflet des situations vécues dans les hôpitaux et les cabinets.

Il y a tout autant, voire bien plus, de médecins qui prennent le temps, d’infirmières qui redressent une mèche de cheveux, de praticiens qui rassurent. C’est à ces derniers que le médecin Baptiste Baulieu a voulu rendre hommage en se prêtant à une petite expérience qui devrait mettre du baume au cœur de nos lecteurs en cette rentrée.

Exemples à suivre

Le praticien auteur du blog Alors Voilà où il évoque régulièrement la richesse de son métier de médecin généraliste, en contant les confidences de ses patients et en évoquant différentes anecdotes a lancé sur Facebook un appel aux patients afin qu’ils livrent des «  témoignages montrant comment des soignant.e.s (au sens le plus large du terme) avaient agi positivement sur leurs vies ». Ce 17 août, le praticien a proposé une petite anthologie des premiers témoignages reçus. L’objectif : sortir les soignants du marasme dans lequel ils peuvent se sentir englués face à la difficulté morale de ce métier, face aux entraves administratives et face aux discours médiatiques toujours prompts à insister sur la maltraitance : « Parce que tous les soignant.e.s savent combien ces métiers sont difficiles. On a les mains dans la merde. Merde littérale, merde morale. On console, on annonce des pronostics impossibles, on a mal, parfois. On écoute, on informe. L’autre soir, à 18h, j’écrivais : "J’ai vu 42 patient.e.s et la salle d’attente est encore, toujours, désespérément pleine. Laissez-moi. Allez. Rentrez chez vous, les gens, laissez-moi et cherchez le Bonheur". On est, à tort, assimilé.e.s à des sortes de Saint.es Laïques. Comme si on n’avait jamais envie de lâcher ! Mais non, on tient. Alors parfois on rentre chez soi, on n’a pas envie de parler, ou on engueule la personne avec laquelle on vit parce que l’existence est injuste et qu’on ne comprend pas pourquoi les autres ne peuvent le voir aussi clairement que nous. Aussi : oui, la maltraitance médicale/para-médicale existe. Et oui, je crois beaucoup aux cercles vertueux. Quand je lis tous ces témoignages, je me dis : "Voilà ! C’est ça que je veux être pour mes patients ! C’est cela que je veux représenter dans leur vie au moment où cet événement difficile les frappe" » explique-t-il.

Bienveillances obstétricales

Les témoignages sont souvent émouvants. A l’heure où les polémiques autour des maltraitances obstétricales ont connu un nouvel épisode à la faveur des déclarations du secrétaire d’Etat à l’Egalité femmes/hommes Marlène Schiappa, plusieurs femmes ont tenu à évoquer le soutien qu’elles ont reçu de la part de sages-femmes et de gynécologues au moment de la naissance de leur enfant. C’est une femme qui évoque ainsi avec émotion comment la sage femme s’est éclipsée dans le couloir pour téléphoner à sa baby-sitter et lui dire « J’ai une patiente que je ne peux pas laisser », ou encore comment le gynécologue lui a conseillé pendant l’examen de contrôle « je vais vous faire mal, prenez ma main et serrez là aussi fort que je vous fait mal ». Une autre parle d’un « accouchement dur mais avec une équipe en or ». Ces récits sont à mettre en parallèle avec ceux dénonçant l’absence de dialogue ou réprouvant l’incompréhension du corps médical. De la même manière, plusieurs témoignages évoquent l’empathie certaine des professionnels : c’est par exemple ce médecin, qui huit ans après avoir diagnostiqué un cancer du sein à une jeune femme, la croise dans les couloirs de l’hôpital où elle vient d’accoucher. « Je crois qu’il était aussi ému que moi », affirme la patiente.

Protection vs discrimination

La discrimination de certains types de patients a également été fréquemment évoquée. Elle existe sans doute, mais elle est loin d’être généralisée. Une femme trans écrit à Baptise Beaulieu : « J’ai vécu une agression transphobe, un soir de janvier. Le visage en sang, et ayant mal au ventre, j’ai été pris en charge par un personnel soignant incroyable. (…). Elles/Ils m’ont rassurée. Elles/Ils m’ont bien genrée (ce qui est rare…). Elles/Ils m’ont tout simplement dit que j’étais belle, que je n’avais rien à me reprocher. Elles/Ils ont passé la soirée à me tenir la main parce que je tremblais. C’était la première fois de ma vie, que je voyais des gens me protéger de la transphobie. Elles/ils ont sauvé ma vie, et ont rendu le suivi post-agression moins douloureux ».

Pas tout à fait rien

Enfin, si certains récits racontent une situation où l’intervention du soignant a été décisive (comme l’évocation de cet infirmier psychiatre qui a su trouver les mots auprès d’une femme victime de violence conjugale), d’autres se concentrent sur de menus gestes, apparemment insignifiants, mais qui face à la souffrance ont été salvateurs. Ce sont des sourires, ou le pain que l’aide soignante enlève du plateau de celui qui ne peut plus rien manger de solide, ou les repas que les infirmières donnent en cachette à la femme de celui qui va mourir, où la caresse sur les cheveux de l’enfant qui vient d’être opéré.

Professionnels de santé, vous êtes formidables, écrivent ces patients. Continuez de l’être.

Pour lire plusieurs de ces témoignages en entier : http://www.alorsvoila.com/2017/08/17/anthologie-de-temoignages-positifs/

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Clivage des comportements entre médecins et patients...

    Le 26 août 2017

    Il semble que ce bon article ne distingue pas assez l'empathie ou le rejet envers les patients qui viennent chercher de l'aide et ceux qui la réclament, comme dans d'autres domaines.
    Il y a ceux qui sont résiliants et ceux pour qui tout est un droit. Cela se ressent dans la prise en charge !
    Je n'ai pas besoin d'en dire plus, mes (ex) confrères auront compris. Car je l'ai vécu, comme soignant, pendant plus de 35 ans...

    Dr S. Scapa

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