Faut-il avoir peur du « thigh gap »?

Paris, le samedi 12 octobre 2013 - Si vous n'êtes pas une jeune fille et que vous n'avez pas entre 13 et 20 ans (ce qui est vraisemblable compte tenu de vos diplômes) , il est probable que vous ignoriez ce qu'est un « thigh gap »? La traduction littérale, « écart entre les cuisses », vous informera sans vous éclairer complètement. Il faut se promener sur les blogs de certaines adolescentes, surfer sur leurs comptes Facebook et lire quelques conseils « maigreur » pour comprendre.

Grand écart

Le « thigh gap » s’inscrit dans la lignée des sites « pro anna », dénoncés depuis plusieurs années et qui photos de mannequins très décharnés à l’appui distillent des conseils pour perdre plusieurs dizaines de kilos. S’il est peu probable qu’une jeune fille sans trouble du comportement alimentaire préexistant développe une anorexie mentale en s’intéressant à ces sites, la fréquentation assidue de ces blogs doit alerter l’entourage. Il en est de même avec le « thigh gap ». Désormais, l’obsession de la maigreur ne se nourrit plus seulement de silhouettes entières, mais scrute les moindres détails et notamment l’écart entre les cuisses. Les jeunes filles s’échangent ainsi des photos présentant juste en dessous du pubis des espaces qui dépassent les quelques centimètres et s’extasient de ce résultat.

L’inverse de l’hyper sexualisation

La multiplication des images de « thigh gap » et des commentaires de jeunes filles rêvant de pouvoir exposer leurs « écarts » aux yeux de tous a été fortement médiatisée. Tant et si bien que pour certains, le phénomène relève même de l’effet de mode. Il y en a d’ailleurs eu pour s’inquiéter de cet engouement en redoutant, encore une fois, une « hyper sexualisation » de filles très jeunes, en raison notamment de la localisation du « gap ». Mais pour le psychiatre Xavier Pommereau (Unité médico-psychologique de l’adolescent et du jeune adulte du CHU de Bordeaux) qui s’exprimait sur le site « Le Plus » proposé par le Nouvel Observateur, le danger est très différent. Il rappelle tout d’abord que tenter à tout prix d’avoir un écart important entre les cuisses ne relève pas d’une recherche « classique » d’amaigrissement, mais bien de la volonté de maîtriser son corps, composante au cœur de l’anorexie. Il souligne en outre que l’exhibition de ce gap n’est pas un jeu de séduction, mais le souhait de présenter son exploit. « Dévoiler leur « non formes » n’est pas sexuel. Ce n’est pas une volonté de séduire, mais un désir de maîtriser. Elles cherchent simplement à contrôler le regard des autres comme elles contrôlent leurs corps en le réduisant à sa plus simple expression », analyse-t-il. Ainsi, la recherche du « thigh gap » est un signal dangereux, non pas parce qu’il cacherait une hyper sexualisation, mais parce qu’il est probablement l’une des manifestations d’un trouble du comportement alimentaire. Le « thigh gap » semble ainsi au contraire être la marque d’un rejet de la sexualité et de la sensualité. « Si une jeune fille veut être mince, porter des talons hauts, rentrer dans des vêtements de la taille en dessous, c’est un comportement normal (…). Mais une ado qui (…) perd 20 kilos en six mois et souhaite à tout prix avoir un « thigh gap » c’est le signe d’une anorexie mentale. Il faut alors immédiatement l’emmener voir un spécialiste » prévient Xavier Pommereau.

Aurélie Haroche

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