Faut-il vraiment interdire la sélection du sexe de l’embryon ?

Londres, le samedi 13 juillet 2013 – Fille ou garçon ? A l’heure où nous écrivons ces lignes, le suspens n’est toujours pas levé sur le sexe du « Royal baby » britannique. Mais en Grande-Bretagne, la question du sexe de l’enfant à naître n’a pas uniquement concerné ces derniers jours l’enfant du duc et de la duchesse de Cambridge. Un brillant spécialiste de bioéthique de l’université de Lancaster, le professeur Stephen Wilkinson vient également de publier un rapport où il jette un pavé dans la marre en affirmant : « Nous nous sommes penchés sur les préférences de genre et les techniques de sélection du sexe et nous n’avons trouvé aucune raison pour redouter des dommages pour les enfants ou la société si ces techniques étaient autorisées en Angleterre » écrit-il, cité par le Telegraph. Selon lui, la possibilité de choisir le sexe de son enfant n’entraînerait pas en Grande-Bretagne de déséquilibre entre les hommes et les femmes à la différence de ce qui existe en Inde ou en Chine. Par ailleurs, Stephen Wilkinson considère que pour certains parents l’envie (ou le refus) d’avoir un enfant de tel ou tel sexe s’accompagne d’une réelle souffrance (qui peut parfois conduire à l’avortement une fois le mystère dévoilé), dont on ne comprend pas pourquoi il faudrait l’ignorer. De son côté Jackie Leach Sully, co-directeur du département lié à l’éthique au sein du centre de recherche des sciences du vivant à la Newcastle University cité par le Telegraph observe : « Un des arguments contre cette possibilité est que le fait de manifester une préférence pour l’un ou l’autre sexe serait sexiste. C’est en réalité reprendre les stéréotypes les plus forts associés aux genres qui est sexiste ».

Retarder la divulgation du sexe afin d’éviter les avortements

Si la Grande-Bretagne décidait en s’inspirant des conclusions de Stephen Wilkinson d’ouvrir le débat, il s’inscrirait dans la lignée des Etats-Unis et d’Israël qui sont les seuls pays occidentaux à permettre le choix du sexe de l’enfant par Diagnostic préimplantatoire (si ce n’est qu’en Israël, il faut déjà être parent de quatre enfants du même sexe !). Il est cependant peu probable que se rangeant derrière les arguments du professeur d’éthique de Lancaster, d’autres spécialistes et d’autres pays se lancent dans une telle réflexion. On se souvient en effet comment en janvier 2012 dans le Journal de l’Association médicale canadienne (CMAJ), un médecin d’origine indienne Rajendra Kale avait même appelé à un retardement de la divulgation du sexe de l’enfant à naître avant trente semaines afin d’éviter les avortements provoqués pour cette raison. S’il reconnaissait lui-même que le phénomène demeurait rare au Canada, il estimait qu’il ne devait pas être « ignoré parce qu’il s’agit d’un problème relativement peu répandu circonscrit à certains groupes ethniques ».

Histoire belge

Les conclusions de Stephen Wilkinson, en tout état de cause, ne manquent pas d’interroger. Faut-il vraiment être certain qu’aucun « déséquilibre » entre les sexes ne jaillirait si la sélection sexuelle était autorisée dans les pays occidentaux. L’expérience du docteur Jeffrey Steinbert, responsable à Encino (dans la banlieue de Los Angeles) d’une clinique réalisant (légalement) des sélections d’embryon en fonction du sexe est un peu différente. Dans un reportage que lui consacrait le Monde en 2010 il affirmait : « Aux Etats-Unis, 55 % des familles veulent des garçons mais au Canada, 65 % veulent des filles ». Le docteur Jeffrey Steinbert assurait par ailleurs que des couples du monde entier (y compris de France) venaient bénéficier de ses services et les Britanniques, selon Stephen Wilkinson ne seraient pas épargnées par cette tendance. Il est un autre pays que les Etats-Unis qui ces derniers mois a peut-être pu attirer ces parents rêvant à tout prix d’une fille ou d’un garçon : la Belgique. Là bas en effet un gynécologue vient d’être condamné à une amende de 5 520 euros par le tribunal d’Anvers, parce qu’il proposait à ses patientes nécessitant une FIV de sélectionner les embryons en fonction de leur sexe moyennant 1 100 euros environ ! Cent-soixante cinq femmes auraient accepté ce marchandage. « Je n’ai jamais pensé que je faisais quelque chose de répréhensible » a assuré le docteur Franck Sterckx à la télévision hollandaise.

Aurélie Haroche

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