Ménopause : à qui la faute ?

Hamilton (Canada), le samedi 22 juin 2013 – La femme est un mystère. Ce ne sont pas les poètes de tout temps qui diront le contraire, ni les spécialistes de l'évolution. Ce qui intrigue ces derniers, ce ne sont cependant pas leurs trépidations amoureuses, mais de façon moins romantique, leur ménopause. La femme ne partage en effet cet épuisement de la fertilité qu'avec la baleine pilote et l'orque. Les guenons en seraient également frappées en captivité, en raison d'une longévité rarement égalée à l'état naturel. Comment favoriser la survie et donc la reproduction de l’espèce avec des êtres dont la période de fertilité se révèle restreinte ? La question a alimenté bien des théories. La plus connue et la plus répandue consiste à supposer que l’âge venant, la femme risque de ne plus pouvoir s'occuper suffisamment longtemps de ses enfants. Aussi, vaut-il mieux qu’elle puisse accompagner ses petits-enfants, ce qui lui permet de continuer à contribuer à la bonne survie de l’espèce.

La femme qui est dans mon lit n’a plus vingt ans…

Cette hypothèse, dite de la « grand-mère » est régulièrement malmenée. Dernière salve en date, les calculs de l’équipe de Rama Singh professeur et généticien de l’évolution à l’université McMaster à Hamilton (Canada) qui fait peser le poids de la ménopause sur l’attitude des hommes. La préférence de ces derniers pour des femmes jeunes aurait entraîné au fil des millénaires la sélection de mutations génétiques concourant à l’installation de la ménopause. Cette hypothèse s’appuie sur des modèles informatiques dont les équations sont résumées dans un article publié par le journal PLOS Computational Biology.

Qu’en pensent messieurs les baleines ?

Bien sûr, cette nouvelle thèse est très loin de faire l’unanimité. Plusieurs d’abord ont noté, non sans malice, qu’il est plus aisé de concevoir que c’est parce que les femmes « subissent » la ménopause que les hommes sont attirés vers des femmes plus jeunes et plus fertiles. C’est l’objection qui a été notamment opposée par Maxwell Burton-Chellew (Université d’Oxford) interrogé sur la BBC. Par ailleurs, de nombreux scientifiques ont noté qu’une telle conception de la ménopause relevait d’une appréhension moderne de celle-ci qui veut que grâce aux progrès de la médecine la période d’infertilité d’une femme est très prolongée. « Je ne peux pas être d’accord avec cette théorie. D’autres primates vivent la ménopause, bien que leur espérance de vie après celle-ci soit extrêmement limitée. Ce fut la même chose chez les humains jusqu’aux environs de 1850. En 1850, l’âge moyen de la ménopause était de 46 ans et l’espérance de vie de 50 ans, ce qui se rapproche des estimations pour les chimpanzés et les gorilles. La cessation des capacités reproductives chez les primates est toujours arrivée peu avant la fin de la vie. C’est juste que les progrès de la société moderne font désormais vivre les femmes plus longtemps » analyse Steven Goldstein professeur d’obstétrique et de gynécologie à l’école de médecine de l’Université de New York, cité par le Monde. On le voit, pour convaincre la sphère scientifique de la pertinence de sa théorie, Rama Singh va devoir aller observer de plus près si les baleines et orques mâles ont tendance à convoler avec des baleines et des orques plus jeunes !

Aurélie Haroche

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