Pourquoi ne faut-il pas en avoir rien à cirer des bouchons d’oreille ?

Waco, le samedi 28 septembre 2013 – Chez la baleine tout est (dé)mesuré et les conséquences de cet axiome ne sont parfois pas immédiatement perçues. Si le gigantisme des organes externes et internes se conceptualise sans difficulté, il est possible de ne pas aussi facilement concevoir que chez la baleine, même les bouchons d’oreille prennent des proportions gargantuesques. Ainsi, des chercheurs de l’université Baylor (Waco, Texas) ont-ils pu, sans microscope, découper en tranches les 25,4 centimètres du bouchon d’oreille d’une baleine bleue, victime d’une collision avec un navire aux larges des côtes californiennes. Pourquoi tant d’intérêt pour cet amas formé de cire, kératine et lipides ? Depuis de nombreuses années, les dépôts conservés dans les ouïes des baleines intéressent les chercheurs. Ils ont ainsi mis en évidence que le nombre de couches retrouvées dans chaque bouchon d’oreille permettait d’évaluer avec précision l’âge du cétacée puisque deux couches sont constituées chaque année.

La maturité sexuelle deux ans avant de mourir

Mais les chercheurs de l’université Baylor ont voulu explorer une autre hypothèse : la cire d’oreille pourrait nous en dire plus sur la vie des baleines et sur les polluants auxquels elles ont été exposées. Bien entendu, leurs travaux publiés dans la revue de l’Académie américaine des sciences (PNAS) ont permis de confirmer leur intuition. Ils ont ainsi pu mettre en évidence un pic de testostérone chez cette baleine mâle au cours de sa dixième année, qui coïncide de fait avec l’heure de la maturité sexuelle chez nos amis les cétacés. Pour notre baleine, cette entrée dans la maturité sexuelle fut non seulement de courte durée mais également synonyme de stress puisque bientôt son taux de cortisol augmentait lui aussi rapidement, témoignage possible d’une rivalité exacerbée avec d’autres mâles.

Un héritage toxique

Concernant les polluants, les conclusions des chercheurs texans sont également riches d’enseignement. Elles rappellent notamment que l’efficacité complète d’une mesure d’interdiction d’un produit toxique ne peut être escomptée qu’après de longues années. Ainsi, chez notre baleine on constate que ses premières années ont été marquées par une exposition à des pesticides et des retardateurs de flammes pourtant bannis avant sa naissance. Est-ce à dire que les réglementations sont mal respectées ? Cette explication, qui plaira tant à ceux qui vilipendent l’irrespect des pêcheurs pollueurs et autres industriels peu scrupuleux, ne peut être uniquement invoquée. C’est également probablement la confirmation que l’exposition à nombre de polluants peut être  transmise de la mère à l’enfant lors de l’allaitement. On n’hérite cependant pas aussi facilement de tous les toxiques : le transfert maternel de mercure semble ainsi plutôt limité. Autant de données que beaucoup chercheront sans doute à compléter en décortiquant d’autres bouchons d’oreille de cétacés. Une aubaine puisque les musées de nombreux pays en comptent de multiples exemples.

Aurélie Haroche

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