Quel est le pays d’Europe ou le ratio fille/garçon est le plus en défaveur des petites filles ?

Paris, le 19 octobre 2013 - Régulièrement, dans les grandes revues médicales, telles le Lancet ou le New England Journal of Medicine, le scandale est dénoncé : chaque année des millions de grossesses sont interrompues pour éviter la naissance de petites filles. Un phénomène si répandu en Chine et en Inde que dans ces pays aux populations tentaculaires il manque des dizaines de millions de filles.

Où sont les femmes du Lichtenstein ?

Cette pratique bien connue et régulièrement pointée du doigt ne nous empêche-t-elle pas d'observer les agissements de pays plus proches de nous? L'Europe est-elle parfaitement épargnée par la sélection des fœtus ? Le classement opéré par la CIA des pays en fonction du déséquilibre des naissances fille/garçon ne place pas en premier lieu la Chine, l'Inde ou le Pakistan mais le Lichtenstein où naissent 126 garçons pour 100 filles. Pour le Pacific Standard qui rapporte ces données (et qui regrette que rares aient été les journalistes à s'en être faits l'écho) il n'est pas impossible que cette première place atteinte par le Lichtenstein soit lié â un biais en raison notamment de la taille de la population. Cependant, la revue américaine rappelle que ce micro-état européen présente un certain retard sur le terrain de l'égalité des sexes (les femmes n'ont pu voter qu'en 1984 !). Plus généralement, pour le Pacific Standard, ce résultat nous rappelle que la tentation de la sélection des sexes dans les pays occidentaux n'est probablement pas aussi inexistante qu'on aimerait le croire. Et la revue de citer un sondage mené en 2011 par l'institut Gallup auprès d'Américains montrant que s'ils pouvaient n'avoir qu'un seul enfant, ils seraient une majorité à préférer avoir un garçon !

La modernité au service d'une discrimination vieille comme le monde

Au-delà du cas anecdotique du Lichtenstein et des spéculations concernant les pays occidentaux, le classement de la CIA cite six pays européens tous situés dans les Balkans parmi les dix états où le ratio fille/garçon est le plus déséquilibré. La situation de l'Azerbaïdjan (113 garçons pour 100 filles), de l'Albanie (111/100) de l'Arménie (111/100), de la Géorgie (110/100), de la Macédoine (108/100) et du Kosovo (108/100) n'est pas découverte aujourd'hui. Déjà en 2011, des chiffres témoignaient de cette tendance et de l'utilisation des techniques modernes pour satisfaire une préférence ancestrale pour les garçons.

Interrogé à l'époque par l'AFP, Christophe Guilmoto  démographe au Centre Population et Développement (CEPED) estimait d'ailleurs que la sélection prénatale était sans doute destinée à s'élargir et à gagner "tous les pays où existe une demande latente de naissances masculines", comme au Moyen-Orient, au fur et à mesure de l'implantation des techniques modernes d'exploration anténatale.

Généricide

Ces chiffres appellent donc à la vigilance non pas uniquement en Asie mais partout dans le monde, y compris dans les pays occidentaux d'une part en raison de la diversité des populations qu'ils abritent et d'autre part pour faire œuvre d'exemplarité. Ainsi des propositions telles celle du professeur Stephen Wilkinson qui en Grande-Bretagne cet été défendait la possibilité d'autoriser l'avortement pour satisfaire les préférences des parents pour un sexe ne devraient pas pouvoir voir le jour et ce d'autant plus que le 8 octobre le Parlement européen a adopté une résolution contre le généricide.

Aurélie Haroche

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