Quel trésor centenaire a été réanimé le 22 mars ?

Lille, le samedi 7 avril 2018 – Une telle affluence est rare dans ce laboratoire de l’Institut Pasteur de Lille. Cet empressement est d’autant plus étonnant qu’il ne s’agissait pas d’assister à une conférence de presse sur un quelconque scandale sanitaire ou d’évoquer le lancement d’un nouveau traitement. Tout simplement d’observer, presque religieusement, le docteur Philip Supply à la manœuvre.

Bienfaiteur de l’humanité

Ce jour-là, jeudi 22 mars, Philip Supply ne cache pas son léger stress. Il a même confié au Figaro avoir passé quelques nuits difficiles. Ce n’est pas la présence de journalistes et de plusieurs de ses collègues derrière la vitre qui les sépare de son isolateur, mais bien plus certainement ce qu’il s’apprête à faire. Ouvrir des trésors. Ce sont six petits tubes habituellement présents dans le musée de l’Institut Pasteur de Lille et qui ont été rapatriés, sous bonne escorte, dans le laboratoire P2, tout proche, du docteur Supply. Six petits tubes centenaires qui contiennent les premières souches vivantes de Mycobacterium bovis cultivées par le docteur Albert Calmette et le vétérinaire Camille Guérin. Les souches qui ont permis la mise au point d’un vaccin qui a sauvé des millions de vies dans le monde. « Le vaccin BCG a été administré à plus de trois milliards de personnes dans le monde. Je crois que l’on peut dire que Camille Guérin et Albert Calmette sont des bienfaiteurs de l’humanité. Très peu de chercheurs peuvent se réclamer d’avoir sauvé des millions de vie humaines » rappelle le directeur général de l’Institut Pasteur de Lille, le professeur Patrick Berche. Face à un tel "trésor" pour reprendre l’expression du docteur Supply, l’émotion qu’il a ressentie apparaît plus que compréhensible.

D’hier à demain

Aujourd’hui, le vaccin BCG ne connaît plus la même efficacité qu’auparavant. Mais la tuberculose tue toujours. Aussi, l’espoir des chercheurs est, grâce aux souches originelles, de pouvoir mettre au point un nouveau vaccin. « Au cours de leur culture, les nouvelles souches vaccinales ont accumulé un grand nombre de mutations génétiques qui expliqueraient l’atténuation du pouvoir protecteur (…). Nous souhaitons identifier les modifications responsables et ainsi améliorer l’efficacité du vaccin » détaille Philip Supply. Aussi, l’ouverture il y a dix jours des six tubes historiques ne constituait qu’une première étape symbolique. Désormais, les équipes s’attèlent à revivifier les souches, en espérant que leur état permette d’obtenir des résultats exploitables. Un séquençage du génome des bactéries est également en cours. Viendra ensuite une longue période d’analyse des résultats, avant l’élaboration d’un nouveau vaccin.

Léa Crébat

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Vos réactions (1)

  • Dérives génétiques

    Le 10 avril 2018

    Il est évident que, depuis la création du BCG par Calmette et Guérin, les souches subcultivées de très multiples fois n'ont pu que dériver puisque c'est justement par dérive génétique empirique grace à des subcultures répétées sur milieu artificiel (pomme de terre glycériné, je crois) qu'ils obtinrent la réduction de pathogénicité de M. tuberculosis bovis d'origine.

    Sauf erreur, à partir de leur souche, le BCG est cultivé dans de nombreux pays pour produire des vaccins. Il est donc normal que les pouvoirs protecteur et pathogène aient évolués et ceci, entre autre, pourrait expliquer l'efficacité variable de la protection dans différentes régions du monde.

    Dr Yves Gille, microbiologiste retraité.

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