Qu’est-ce que l’obusite ?

Cimetière de Cadillac où ont été enterrés de nombreux soldats de la Grande guerre atteints de troubles psychiques

Paris, le samedi 10 novembre 2018 – Il est souvent rappelé combien la première guerre mondiale, dont on célèbre demain le centième anniversaire de l'armistice, a contribué à des progrès magistraux dans le domaine de la chirurgie. Dans d’autres disciplines médicales, les avancées n’ont pas toujours été aussi spectaculaires.

Neurasthénies de guerre

La prise en charge des traumatismes psychiques de la première guerre mondiale n’est pas l’histoire d’un succès mais bien plus souvent celle d’un abandon, d’une répression. Des milliers d’hommes (aucun chiffre n’est disponible en France) souffraient de ce qui a été appelé l’hypnose des batailles, de neurasthénies de guerre (des paralysies, surdités ou cécités non provoqués par des lésions physiques) ou encore d’obusite. « Ce syndrome est un trouble psychique apparaissant à la suite des bombardements, reprenant l’ancienne théorie du syndrome du vent du boulet lors des guerres du Premier Empire. Le soldat est choqué avec des paralysies, des hallucinations » expliquait il y a quelques jours Olivier Farret, médecin des hôpitaux des armées et président de l’association des Amis du musée de santé du Val de Grâce.

Simulateurs

Face à ces troubles, la première préoccupation des praticiens est de soigner au plus vite ces hommes valides physiquement afin de les renvoyer au front. Les méthodes sont parfois violentes, tel l’usage fréquent et accru des chocs électriques. Les récalcitrants face à cette méthode sont souvent trainés devant le conseil de guerre et sont parfois même condamnés à mort. Laurent Tatu, chef du service de pathologies neuromusculaires au Centre hospitalier universitaire de Besançon, coauteur du livre La folie au front. La grande bataille des névroses de guerre, également interrogé par France Info estime ainsi que des dizaines de malades, considérés comme de « faux blessés » ont été fusillés.

Avant, après…

Pourtant, à partir de 1917 les pratiques connaissent une inflexion et une autre approche commence à se développer. Ce que l’on appelle la « psychiatrie de l’avant » se développe. Son objectif est de « Traiter le blessé psychique le plus tôt possible, sur le front même, pour ne pas le laisser s’engoncer dans des ruminations solitaires propices à la chronicisation des troubles » détaille le psychiatre des armées Louis Crocq.

Mais concernant la psychiatre de l’après, ce fut principalement l’abandon, dans des asiles ou dans la plus grande précarité, alors que les pensions d’invalidité n’étaient que très rarement allouées aux blessés psychiques. Il faudra attendre les années 70 pour une véritable prise en considération des syndromes post traumatiques contactés sur les champs de bataille.

Aurélie Haroche

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