Qu’est-ce qu’on ne verra plus à la télévision en Inde ?

Bombay, le samedi 16 décembre 2017 – En Inde, les enfants se lèvent tôt et se couchent tard. Et quand ils sont éveillés, ils sont postés devant la télévision. Voilà qui n’est pas nécessairement une bonne nouvelle pour la santé publique. Pas seulement parce qu’à l’instar des autres pays à forte croissance économique, l’Inde est menacée par l’obésité (fortement favorisée par les pratiques sédentaires cathodiques). Mais aussi parce que l’idée d’enfants placés devant le petit écran est pour de nombreux dirigeants indiens incompatible avec une prévention efficace contre le Sida.

Dangereux pour la santé !

Cette semaine, Smriti Irani, ministre chargée de l’Information, membre du gouvernement conservateur de Narendra Modi a édicté une nouvelle règle pour l’audiovisuel : les publicités pour les préservatifs ne pourront plus être diffusées entre six heures et vingt-deux heures. Ces spots, susceptibles à ces heures d’être visionnés par les enfants, véhiculeraient en effet selon le ministère des images « indécentes et inappropriées ». La rhétorique du ministère va plus loin : pour interdire les publicités concernant les préservatifs, il s’appuie en effet sur une législation de 1994 qui empêche la diffusion de spots qui « mettent en danger la sécurité des enfants ou suscitent chez eux un intérêt pour des pratiques sexuelles dangereuses pour la santé ». Bref, le préservatif pourrait être pire que le mal.

Tabou

Cette décision, bien que fortement regrettée par les médecins acteurs de la lutte contre le Sida en Inde, n’est pas totalement une surprise dans un pays encore très conservateur et où les séropositifs sont l’objet de discriminations. Ainsi, en juin 2014, comme le rappelle Courrier International, le ministre de la Santé Harsh Vardhan avait considéré que la promotion du préservatif banalisait « les relations sexuelles hors mariage ». Ces tabous persistants sur la sexualité contribuent à une attitude de rejet vis-à-vis des séropositifs : selon un sondage réalisé il y a quelques années, 36 % des Indiens jugent que les séropositifs méritent leur sort.

Préservatif aux abonnés absents

Une telle situation ne facilite pas la lutte contre le Sida. A cet égard, la prévention est le parent pauvre du combat mené par les praticiens en Inde. Ainsi, cet été, présentant lors du congrès de l’AIDS Society les mesures déployées dans son pays face au VIH, Ishwar Gilada avait insisté sur le dépistage, le meilleur suivi du traitement et la précocité de la prise en charge. La promotion du préservatif pour sa part ne figurait pas parmi les priorités du spécialiste. Cette frilosité explique qu’aujourd’hui moins de 6 % des Indiens indiquent utiliser régulièrement des préservatifs, dans un pays qui comptait plus de 5 millions de séropositifs il y a dix ans.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (2)

  • Préjugés ?

    Le 16 décembre 2017

    Ce que vous appelez "tabous persistants sur la sexualité", d'autres l'appellent fidélité, morale ou sentiments. Attention aux préjugés sur les "pays sous-développés".

    Julien Métais (IDE)

  • L'Inde n'est pas un pays sous-développé!

    Le 16 décembre 2017

    Assez d'accord avec votre réaction, autre pays autre mœurs, en même temps l'Inde n'est pas un pays sous-développé!

    Dr Ghanshyam Jepaul

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