Qui a dit : « Je ne vois pas au nom de quelle valeur on interdit la GPA? »

Paris, le samedi 16 novembre 2013 - Régulièrement, des faits divers mettant en scène des mères porteuses sont portés devant la scène médiatique. Les histoires rapportées sont souvent très différentes quant au type de couple concerné, au pays d'origine de la mère porteuse et aux conditions d'adoption de l'enfant. Il existe cependant presque systématiquement un doute (voire une certitude !) sur l'existence d'une transaction économique entre la femme ayant porté l'enfant et les "parents". Ce versement peut se faire de manière encadrée quand le pays où a lieu la grossesse le permet, mais il intervient également souvent de façon occulte quand il ne s'accompagne pas de pression ou de chantage. Que les choses se passent le moins mal possible ou sous des auspices très défavorables, difficile de nier qu'en dépit des interdictions il existe un véritable marché de la mère porteuse, marché que le professeur Israel Nisand (CHU de Strasbourg), invité le 7 novembre de l'émission « Un monde d'idées » sur France Info qualifie même de "florissant". Pour le spécialiste, force est donc de constater que les très sévères peines qu'encourent les couples ayant recours à une mère porteuse n'empêchent pas la prolifération d'un trafic. Il considère même qu'en n'ouvrant pas la possibilité d'une voie autorisée, le marché à été « privilégié ». « Le tout est interdit a des conséquences éthiques négatives » analyse-t-il.

Un exemple (unique?) de générosité extrême

Fort de cette constatation et riche de sa propre expérience, Israel Nisand qui n'a pas toujours conçu sur le sujet la même opinion, interroge : « Je ne vois pas au nom de quelle valeur on interdit la GPA ». Pour lui, dès lors qu'il existe une véritable solidarité entre femmes, solidarité dont il affirme avoir été témoin, la GPA doit pouvoir être autorisée. Il a ainsi de nouveau cité sur France Info l'exemple d'une de ses patientes qui a souhaité porter l'enfant de son employée, privée d'utérus par un « accident obstétrical ».

La pertinence du cas par cas

L'appréciation du consentement éclairé de la mère porteuse et de l'absence de pression de la part du couple pourrait selon le spécialiste se faire "au cas par cas" par des comités régionaux de parentalité. Pour lui, la pertinence du "cas par cas" à déjà pu être appréciée à travers l'exemple du Diagnostic pré implantatoire ou de la vérification du caractère éthique des recherches sur l'embryon. Enfin, quand on lui oppose l'argument de la dangerosité pour la mère, il rappelle que les greffes entre vivants, autorisées, présentent elles aussi un risque. Si, on le voit, l'argumentation est étayée (et n'est pas isolée) pas sûr qu'elle parvienne à convaincre ceux qui mettent en avant l'importance du lien entre la mère et l'enfant pendant la grossesse, importance que le professeur Nisand invite pourtant à ne pas surestimer.

Aurélie Haroche

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