Qui a peur de la guérison ?

Paris, le samedi 19 mai 2018 – Cela confortera ceux qui considèrent que les appétits financiers de l'industrie pharmaceutique peuvent potentiellement nuire aux patients. Il y a quelques semaines, dans un rapport intitulé The Genome Revolution, Goldman Sachs s’adresse aux compagnies de biotechnologie, afin d’évoquer les stratégies les plus prometteuses.

Effets secondaires attendus du "one shot"

Cela ne pouvait échapper au leader de l’analyse financière : « le potentiel d’offrir des traitements "one shot" est l’un des aspects les plus attrayants de la thérapie génique, de la thérapie cellulaire génétiquement modifiée et de l’édition de gènes ». Attrayant scientifiquement et pour les patients, mais est-ce bon pour les affaires ? La logique et les exemples conduisent à répondre plutôt négativement à cette question que beaucoup bien sûr jugeront cynique. « Ces traitements offrent des perspectives très différentes en ce qui concerne les revenus récurrents par rapport aux thérapies chroniques … Bien que ces techniques aient une valeur énorme pour les patients et la société, elles pourraient représenter un défi pour les développeurs génomique cherchant des flux de trésorerie soutenus » observe Goldman Sachs. Pour finir de convaincre leurs lecteurs, les auteurs du rapport donnent l’exemple de Gilead. Les laboratoires qui ont été parmi les premiers à commercialiser les antiviraux à action directe (AAD), qui permettent de guérir l’hépatite C, ont connu des résultats spectaculaires. Cependant, le nombre de patients est par définition destiné à diminuer et déjà les profits de Gilead s’amoindrissent ! Dès lors Goldman Sachs invite plutôt les entreprises de biotechnologie à privilégier les grands marchés (telle l’hémophilie), à se concentrer sur les pathologies dont l’incidence est élevée et encore à doper constamment leur innovation.

Cynique mais pas dénué de sens ?

La révélation à un cercle élargi de ces prescriptions de Goldman Sachs a évidemment suscité des grincements de dents. Cependant, certains ont fait remarquer que la banque ne faisait que poursuivre un but qu’elle n’a jamais caché : assurer la bonne santé financière des entreprises qu’elle conseille et ce dans un marché répondant à des monopoles et des brevets qui entravent la libre concurrence. Avec une telle analyse de la situation, Goldman Sachs mettrait en évidence certaines limites du système, nécessitant toujours plus d’argent pour permettre de nouvelles innovations ce qui conduit à des cercles potentiellement vicieux.

Aurélie Haroche

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