Qui est de nouveau l’objet d’un boycott ?

Los Angeles, le vendredi 8 mars 2019 – Ce n’est pas réellement un coup de théâtre, tant la fronde couve depuis plusieurs années, mais c’est néanmoins la manifestation de la pérennisation du conflit qui oppose les chercheurs du monde entier et les éditeurs scientifiques. L’université de Californie et ses dix campus n’a pas pu trouver d’accord acceptable avec Elsevier, un des quatre plus importants éditeurs scientifiques du monde. Aussi, a-t-elle choisi de renoncer au renouvellement de son abonnement aux nombreuses et prestigieuses revues du groupe.

Transformer les frais d’accès en frais de publication

« Malgré des mois de négociation contractuelle, Elsevier n’a pas souhaité accéder aux demandes de l’université : garantir un accès ouvert aux recherches de l’université de Californie tout en limitant la hausse continue des coûts des revues à but lucratif » indique un communiqué de l’université de Californie. Symbolique en raison de l’importance de l’université californienne dans le monde de la recherche, cette rupture n’est qu’un exemple parmi d’autres des tensions qui existent depuis plusieurs années entre les éditeurs scientifiques et les centres de recherche. Dans un monde soumis au diktat du « publish or perish » et face à la concurrence de l’open access, les revues pratiquent des hausses régulières de leurs tarifs, proposant des « bouquets » qui ne sont pas toujours aussi intéressants qu’annoncé. « On se retrouve à devoir acheter 1.500 titres alors qu'on en a peut-être besoin de 400, et si on en prenait moins, le coût serait quasiment le même », expliquait l’année dernière dans Les Echos, Jean-Pierre Finance, chez Couperin, consortium mandaté par des dizaines d'établissements d'enseignement supérieur et de recherche pour négocier avec les éditeurs. Parallèlement, pour répondre à la demande de plus en plus pressante des chercheurs d’un accès plus libre au savoir, les éditeurs proposent désormais des revues totalement ouvertes en contrepartie de frais de publication parfois prohibitifs, qui révoltent tout autant les scientifiques.

L’intelligence artificielle se passera de Nature

Cette situation fait le lit de dérives, avec la multiplication sur internet de revues en open access, dont les frais de publication restent élevés et dont les pratiques éditoriales sont souvent épinglées pour leur manque de rigueur. Aussi, certains centres de recherche ont pris le parti de renoncer à leurs abonnements aux revues scientifiques, tentant d’utiliser ce moyen de pression pour obtenir des baisses de prix substantielles. Dans d’autres cas, ce sont des disciplines entières qui essayent de s’affranchir d’un modèle dont les limites économiques et scientifiques (le critère du nombre de publication est aujourd’hui de plus en plus critiqué) semblent avoir été atteintes. Ainsi, dans le domaine de l’intelligence artificielle, de nombreux spécialistes (plus de 3 000) dont quelques stars ont signé une pétition lancée par Thomas Dietterich, professeur d’informatique de l’Oregon State University visant à boycotter le journal Nature Machine Intelligence lancé en janvier par la revue Nature.

Léa Crébat

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