Qui n’a pas suscité l’unanimité en recommandant un vaccin ?

Osler, un professeur de médecine non contesté
Paris, le samedi 9 janvier 2022 – Non, il n’est pas anti vaccin et il le prouve. « N'oubliez pas de vous faire vacciner contre le pneumocoque, qui revient actuellement, qui donne des pneumonies mortelles. Ce vaccin, lui, marche pendant 10 ans » a préconisé très récemment sur Twitter le Pr Didier Raoult. On s’en doute, loin d’y voir une déclaration rassurante quant à la position du célèbre médecin vis-à-vis de la vaccination, beaucoup y ont lu et sans doute de façon assez pertinente une énième provocation. La comparaison en filigrane entre le vaccin contre le pneumocoque et les vaccins contre la Covid en a effet fait sursauter plus d’un.

Comparaison n’est pas raison

D’abord, il a été rappelé que comme beaucoup d’autres, le vaccin contre le pneumocoque (obligatoire pour les nouveau-nés depuis 2018 et recommandé pour certaines populations vulnérables adultes) nécessite des injections de rappel : deux en ce qui concerne les nourrissons. Par ailleurs, le petit tacle concernant l’efficacité prolongée omet une différence de taille entre les pathogènes en cause. Le scientifique Eric Billy, cofondateur du groupe Côté Science rappelle ainsi sur Twitter : « Comparer la durée de d’efficacité d'un vaccin contre une bactérie a très faible taux de mutation sans pression de sélection et un virus à pouvoir de mutation bien plus élevé n'a pas de sens. Si la bactérie mutait dans chaque organisme infecté au même rythme que le SARS-CoV-2, on devrait également mettre à jour régulièrement le vaccin. Par ailleurs ce sont deux pathogènes radicalement différent et la réponse immunitaire est également différente ». De plus, beaucoup ont signalé que l’incidence du pneumocoque et celle du SARS-CoV-2 sont totalement incomparables. De fait, il y a plus de cas d’infection par SARS-CoV-2 identifiés quotidiennement qu’en un an par pneumocoques.

Rappeler la nécessité de la vaccination contre le pneumocoque est-ce seulement de la provocation ?

Cependant, tout à leur colère contre Didier Raoult et cette volonté assez claire de décrédibiliser une nouvelle fois la campagne de vaccination contre la Covid, ses détracteurs ont peut-être omis de signaler certains des éléments pertinents de son message. De fait, les pneumocoques, qualifiés de capitaine des armées de la mort par William Osler, entrainent une létalité importante (bien plus élevée que SARS-CoV-2) : « La mortalité des infections invasives à pneumocoques varie de 10 % à 30 % selon les études et augmente avec l’âge et la présence de comorbidités. En France, les pneumocoques sont la première cause de pneumopathie bactérienne communautaire et de méningite bactérienne chez l’adulte » rappelle par exemple Santé publique France. Selon des données publiées en 2017 par SPF : « En France, les pneumocoques occasionnent environ 6 000 cas d'infections invasives (IIP) et 130 000 cas de pneumopathies chaque année. La létalité est estimée entre 10 % et 30 % au cours des pneumonies graves ». Il apparaît également que les personnes les plus touchées, outre les enfants sont les adultes âgés de plus de 65 ans et ceux atteints de comorbidités et d’immunodépression. Dès lors, si l’on peut se féliciter de l’obligation vaccinale concernant les enfants, comment ne peut-on pas à l’aune de ces chiffres et face à l’efficacité du vaccin ne pas recommander plus largement et plus activement la vaccination contre le pneumocoque des plus de 65 ans et des plus fragiles ? Un message fondé quelle que soit la personne qui l’émet et les intentions que l’on peut supposer reste un message fondé.

A.H.

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