120 battements par minute: jusqu'à l'asystolie

Paris, le samedi 2 septembre 2017 – Film événement qui avait retenu l’attention de la croisette au printemps à Cannes, 120 battements par minute, de Romain Campillo, sorti il y a dix jours, tient ses promesses. Cette immersion dans le combat d’Act up au tout début des années quatre-vingt dix est une œuvre haletante, qui laisse le spectateur dans un mélange d’hébétude et de malaise. La réalisation de Romain Campillo et son jeu avec la musique house (à laquelle le titre est une allusion) permet de rendre parfaitement compte de l’urgence des militants, de leur solitude et de la confusion constante entre action, vie, sexualité et maladie.

Faire du spectateur un acteur

La force du film tient notamment dans sa capacité à faire du spectateur un militant lui-même, pris à partie, et sommé de décider ce qu’il aurait fait et pensé s’il avait compté lui aussi, parmi ces hommes et ces femmes, malades ou pas, désireux de lever les silences et l’indifférence. Les scènes d’assemblée générale, filmées dans un petit amphithéâtre, offrent ainsi une bonne représentation des débats constants qui animent l’association, des désaccords entre les plus ultras, les idéologues et ceux qui espèrent mettre quelques caresses d’humour dans une vie d’angoisse. Ainsi, le film n’est pas, contrairement à ce qu’auraient pu redouter certains, une ode à Act up. Tout est plus complexe, enchevêtré (comme les actions qui se transforment en danse jusqu’au bout de l’épuisement) et même les représentants d’un laboratoire pharmaceutique malmenés, qui acceptent l’invitation d’Act up à une assemblée générale, ne sont pas montrés comme des bourreaux sans âme, mais comme de tristes technocrates incapables de déciller leurs yeux.

Une solitude abyssale

Enfin, d’une façon plus cruelle, plus désarmante encore que la plupart des films sur le sida, 120 battements par minute montre la déchéance de la maladie, la façon dont elle a terrassé des hommes jeunes, à peine sortis de l’enfance, contaminés aux premières heures de leur sexualité (Nahuel Pérez Biscayar est d’une parfaite justesse, maîtrisant l’émotion et la douleur sans ostentation macabre). Le film, crument, son caractère implacable et la manière surtout dont elle transforme les corps. Il n’y a pas de messages d’espoir, pas de fenêtre ouverte sur la guérison.  Les militants sont seuls, sans aucun contact avec le monde politique qu’ils dénoncent, sans parvenir à faire accélérer la publication de résultats par les laboratoires. Et la mort les rend plus seuls encore.

Aurélie Haroche

Référence
120 battements par minute, de Romain Campillo, sortie le 23 août, 2h20

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